Séance finale (décembre 2016) | Ecriture d’une note de lecture (travail individuel, noté)

Que lire d’un livre, qu’écrire de ce Lire ?

(Les textes des étudiants sont à lire à suivre, entrée par la rubrique)

Principe annoncé

Se documenter, et documenter en retour. Venez avec un livre. Nous tenterons, ensemble, d’en écrire quelque chose qui soit : documenté, tissé du Monde, du réseau, et des autres ; et qui soit en même temps : de vous, pleinement personnel (et verrons comme c’est, sans doute, indissociable).

Déroulement de l’atelier

Il ne s’agit pas d’une méthode ou d’un cours de journalisme, d’un guide de «  bien-écrire  », d’un manuel d’usage de communication (tout ceci se trouve aisément sur le web, chartes éditoriales de site et  : il s’agit, se penchant sur un livre qu’on a lu,  de traverser cette expérience fondamentale et nécessairement productrice, de la relecture, attentive, scrutative, réflexive. Et de passer, pour ce faire, par l’écriture.

1/ Tout est en vous, tout est dans le livre.
A —

« Attaquer le livre par son dehors : sans l’ouvrir, noter tout ce qui s’en dégage, toutes les informations données par sa couverture (première, quatrième, tranche…), titre-auteur-éditeur, résumés, exergues, design… »

B —

«  Isolez-vous et posez vous des questions durant 3 minutes, yeux fermés, sans rien écrire manuellement :
Quel souvenir vous vient de ce livre ? Quelle phrase, même imparfaitement ? Quelles images ? Quels dialogues ? Quelles idées ? Quelles sensations ? Ne notez rien.  »

C —

«  Tout ce qu´il y a à dire du livre est d’abord, déjà, là. Posez des questions au livre, dépliez l’objet, questionnez-le :
qu’est-ce qu’il y a dedans ? Structurellement : organisation, titre, sous-titres, exergue, dédicaces, parties sous-parties, quelle mode d’énonciation, quelle structure ? Quelles phrases, quelles accroches, quels incipits, quels excipits ? Quelles phrases vous ont marqué ? Quelles phrases sous restent, quelles phrases vous semblent déterminantes ? Notez, recopier. Une phrase, deux, trois.  »

D —

«  Relisez et reposez-vous les question d’origine, 5 minutes, avec ce matériel sous les yeux. Faites des rapports, mentaux puis écrits.  »

Retour collectif.

  • 2/ Tout est ailleurs, rien n’est pareil.

A — La documentation

– Cherchez, maintenant que vous disposez de vos souvenirs et d’éléments objectivement tirés du livre, cherchez tout ce que vous pouvez trouver sur ce livre sur le web, avec et sans méthode. Ramassez des citations, usez du copier-coller (en insérant un lien à chaque fois, pour ne pas perdre vos sources de vue, et pour citer en bonne et due forme.  //
N’intervenez pas autrement qu’en redisposant, et laisser des blancs.  »

B — La recopie

On constate, ensemble, lors du retour collectif, que dès lors un point de vue se constitue, on se positionne face à l’information reçue, abondante, on peut la citer ou la compléter ou contredire, depuis ses propres observations. Le but est, échappant au tout-venant, au marketing, à l’air du temps, de reprendre position d’énonciation, d’auteur de sa propre lecture (et de ses propres lectures documentaires, ensuite), car chaque lecture est unique et permet d’énoncer un propos singulier.  Les matières s’affrontent, se frottent : le su et le lu, le vu et le lu, l’objet documente mon point de vue qui le documente et re-documente avec et contre et depuis les informations autres, une spirale est en marche, l’écriture est lancée.

Le reste est affaire de temps, de sédimentation puis percolation, de tri, d’allers et retours vers le texte… et de contrainte de format, selon l’espace de publication où publier cette notice.

C — Retours collectifs

a — réponse à deux questions : « Où j’en suis ? Qu’est-ce qui manque ? »

b — observation du brouillon dans le back office du wordpress.

(Les textes des étudiants sont à lire à suivre, entrée par la rubrique)

Leurs crimes ont commencé quand ils se sont attribués le nom de médecin

1389.8 Holocaust I

Hippocrate aux enfers, les médecins de la mort

Michel Cymes

Éditions Stock en 2015

Collection Le Livre de Poche (réédition) en 2016

Michel Cymes, né en 1957, est animateur sur France Télévision et médecin dans un hôpital parisien. Ses deux grands-pères, polonais et juif ont fini leur vie à Auschwitz. Il a dernièrement écrit Vivez mieux et plus longtemps (aux éditions Stock).

Le noir de la couverture expose cette facette de l’histoire qui n’est pas étudiée dans les programmes scolaires et qui se retranche dans l’ombre de cette période de la Shoah : les expériences médicales qui ont été infligées aux déportés dans les camps de concentration. De chaque côté du titre, des barbelés inspirent l’oppression des condamnés.

« Que fait donc ce petit bout de femme mal à l’aise sur cette chaise d’accusée ?
Herta Oberheuser essaie de se défendre.
Comme elle peut.
Elle doit répondre aux accusations de celles qu’elle a accompagnées vers les mains des chirurgiens nazis. Tous les Kaninchen, les « petites lapins », n’ont pas succombé aux traitements odieux qui leur ont été infligés. Quelques victimes sont là pour raconter, Vladislawa Karolewska, Maria Broel-Plater, Sofia Maczka, que des femmes, parce que le camp de concentration de Ravensbrück a pour particularité d’être réservé aux femmes.
 »

Ces médecins de la mort n’ont pas de faciès : ils sont des hommes, des femmes, ont une famille ou non et n’ont aucunement un physique qui laisserait à penser toutes les horreurs qu’ils ont fait subir.

Michel Cymes nous fait découvrir les expériences médicales qui ont été infligées aux déportés, sans leur accord. Entre les personnages marquants de cette période et leurs essais sur des êtres vivants qu’ils ne considéraient plus comme tels, les lettres de ces derniers et le procès de Nuremberg, un engrenage s’articule liant ces différents éléments.

Il n’est pas nécessaire pour le lecteur d’avoir des connaissances spécifiques sur cette période de l’histoire pour s’y intéresser, cela relève du devoir de mémoire. Expliquer comment les « médecins » ont procédé durant leurs expériences ? Comment ils l’ont fait ? Pourquoi / Dans quel but ? Quelle justice a été rendue ? Car si certaines de ces expériences ont fait avancer la science et la médecine, à quel prix était-ce ?

La documentation est fournie : constituée d’une bibliographie complète et enrichie par un auteur qui est allé sur les lieux. C’est cette même documentation qui amène une ambiance lourde où l’on prend conscience de la souffrance qui a était infligée à un être humain tout en restant spectateur de l’amusement des bourreaux. Un sentiment de révolte et d’indignation naît en nous, tout en nous ramenant à notre statut de simple de lecteur.

Lien externe :
http://www.editions-stock.fr/hippocrate-aux-enfers-9782234078031
http://www.livredepoche.com/hippocrate-aux-enfers-michel-cymes-9782253185741

Image :
https://www.ushmm.org/wlc/fr/media_ph.php?ModuleId=10&MediaId=1237
« Le banc de la défense et les avocats de la défense se consultent pendant le procès du docteur. Nuremberg, Allemagne, du 9 décembre 1946 au 20 août 1947.
US Holocaust Memorial Museum »

Julia CAILLAULT

Revival, ou une histoire de morts ressuscités

 En septembre, j’ai acheté Revival. Comics des éditions Delcourt paru en 2013 en France, celui-ci était très attendu puisque suivant la très célèbre série Walking dead des mêmes éditions.

 Avec Revival, oubliez tout ce que vous savez sur les zombies. Ici, on a affaire à des vrais ressuscités ; pas de personnes évidées de tout neurone ou de corps en décomposition donc. On entre dans l’histoire avec le point de vue de Dana Cypress, femme trentenaire qui doit jongler entre son travail de policière et son rôle de mère. Depuis peu dans la ville américaine de Wausau, un étrange phénomène se produit: des personnes mortes reviennent à la vie. Dana est alors affectée de force par son père dans une nouvelle unité créée pour surveiller ces « revitalisés ». Mais les fanatiques et les médias de plus en plus nombreux ne lui facilitent pas la tâche. Et la ville déjà agitée commence à avoir peur lorsqu’un cadavre est retrouvé. Dans cette petite ville où tout le monde se connaît, chacun est suspect, même les revitalisés au comportement de plus en plus violent.

 Pour tout dire, je suis tombée un peu par hasard sur ce comics. Tout d’abord parce que je ne lis pas beaucoup ce genre de livre D’autre part parce que je cherchais un cadeau pour mon frère et ne pensais pas acheter quelque chose. Mais en fouillant dans les pages web d’internet, je suis tombée sur Revival. Intriguée par la couverture puis par le résumé, j’ai sauté sur l’occasion lorsque je l’ai vu en librairie et me le suis offert. Et je ne regrette pas mon choix.

 Premièrement, les dessins de Mike Norton sont vraiment très beaux, ils restent assez simples dans le genre réaliste mais sont efficaces. D’ailleurs, mieux vaut ce réalisme pour coller à l’histoire assez sombre et glauque du comics. Le travail de Mark Engleret sur la colorisation est aussi très bien réussi.
Deuxièmement, l’histoire est vraiment originale et s’éloigne des histoires de zombies auxquelles je suis habituée. En effet, le comics parle de « revitalisés » ici ; des personnes qui reprennent littéralement vie et qui redeviennent comme avant tout simplement. Par ailleurs, Tim Seeley ne tombe pas dans cet écueil de faire de Revival une histoire d’horreur. Quelques planches sont un peu repoussantes mais ce genre ne prend pas le pas sur l’enquête que j’ai pu alors suivre sans problèmes.
Troisièmement, l’auteur prend le temps de raconter l’histoire de ses personnages ; j’ai eu le temps de m’attacher à eux. Cela est également dû au changement continuel de point de vue entre Dana, la sœur de cette dernière, mais également d’autres personnages qui, pour le moment, restent secondaires.
Et enfin, le comics est très bien construit. Son court format est semblable à une série et convient bien à l’intrigue de l’histoire. Il est aussi également découpé par des chapitres, prévenant d’un changement de point de vue ou me laissant sur un élément important de l’intrigue.

En bref, un très bon début de série que je recommande pour lire du nouveau.

Bois Klara

Ça, Stephen King

Stephen King, Ça, éditions Albin Michel, 1986

 

« On peut vivre avec la peur, aurait dit Stan, s’il l’avait pu. Peut-être pas toujours, mais en tout cas longtemps, très longtemps. Mais c’est ce scandale offensant avec lequel on ne peut vivre, parce qu’il ouvre une brèche dans votre rationalité; si l’on se penche dessus, on s’aperçoit qu’il existe là au fond des créatures vivantes dont les yeux jaunes ne cillent jamais, qu’il en monte une puanteur innommable et on finit par se dire que c’est tout un univers qui se tapit au cœur de ces ténèbres, avec une lune carrée dans le ciel, des étoiles au rire glacial, des triangles à quatre cotés, sinon cinq, voir encore cinq à la puissance cinq. »

La peur. L’horreur. Mais aussi l’amitié, l’enfance. Ces quatre thèmes sont rassemblés dans le roman de Stephen King. Ça.

Ça, c’est l’histoire d’une petite ville hantée aux Etats-Unis, Derry. C’est aussi l’histoire d’une bande qui se forme, d’amis qui vont lutter ensemble contre le mal.

Ça, c’est un clown avec des pompons oranges et des ballons multicolores à la main, coincé dans une bouche d’égout. Ça, c’est un loup-garou, un lépreux, des voix dans la tuyauterie ou un frère décédé.

La peur du clown. De cette tête grotesque, de ce nez rouge comme un ballon. Un clown, c’est faux, c’est un masque peint qui cache la vraie personne en dessous. Stephen King met en scène un clown monstrueux, qui appâte les enfants avec des ballons.

« Ils flottent, gronda la voix, ils flottent, Georgie, et quand tu seras en bas avec moi, tu flotteras aussi.. »

A l’aide de flash-back, on retrace le passé des personnages dans une Amérique naturellement raciste, homophobe et indifférente.

La force du roman repose sur la psychologie des personnages : ils ont chacun leurs idées propres, leur caractère distinct. Un prend des voix différentes : en fonction des situations, il devient le colonel allemand autoritaire ou le nègre Jim. Une autre est totalement dépendante des hommes, de leurs coups sur son corps. Ils sont unis. Tous. Leurs espoirs et leurs peurs les rendent attachants, humains.

L’écriture du maître de l’épouvante est efficace: ses longues phrases décrivent parfaitement les différents types de peur et les réactions qu’ils provoquent, de manière psychologique et physique. L’angoisse du lecteur survint la nuit, lorsque, après avoir déposé son livre sur sa table de chevet, il y pense encore, et se resserre dans les couvertures.

La question est simple : l’amitié peut-elle venir à bout du mal ?

 

Cassandre Dumoulin

 

La forêt des Non-Nés – Jean Christophe Grangé

Jeanne Korowa est juge d’instruction à Paris. Des femmes sont sauvagement assassinés à Paris. Après avoir enquêté en France dans le cadre judiciaire, Jeanne Korowa va finir par enquêter seule, dans l’illégalité, jusqu’en Amérique du Sud sur les traces du tueur.

La forêt des Mânes est le troisième roman d’une trilogie sur le mal, commencé par La ligne noire et suivie par Le serment des limbes. Il a été édité une première fois en 2009 par Albin Michel et ré-édité par Le livre de poche en 2011.

Je l’ai lu une première fois il y a longtemps, peu après sa sortie en une traite, en empiétant à de nombreuses reprises sur mes heures de sommeil pour avancer dans l’histoire. Je l’ai relu récemment et ai trouvé la deuxième partie un peu longue, et certaines explications rapidement lassantes. Cependant, le fait que les chapitres soient courts, et certaines phrases également donne un rythme à l’histoire. Et permet de dépasser les longueurs.

« […] un rai de lumière vint frapper les yeux du monstre. Ils étaient baissés, vibrants, criblés de tics. Ces yeux ne la regardaient pas.
[…]
Ces yeux étaient tournés vers l’intérieur.
Vers le Moi de l’assassin.
Vers la forêt qui lui ordonnait de tuer. Et de tuer encore.
 »

Le graphisme de la couverture est très simple, des feuilles font office de cadre à un centre rouge et noir flou. La description du livre en quatrième de couverture est très rapide, écrite en lettres capitales, elle apporte des éléments sur le livre mais sans trop en dire, on en sait peu sur l’histoire. Comme nous l’indique le graphisme de la couverture, on devine que la forêt sera un élément central du livre. Et les dernières phrases de la quatrième de couverture sont énigmatiques au premier abord, et ne seront comprises qu’à la fin du livre. Comme tous les Grangé, l’ouvrage est très documenté et on en apprend beaucoup sur l’autisme, la génétique, la préhistoire, les dictatures d’Amérique du sud et tout ce qui s’en suit (enlèvements, vols de la mort, viol, torture, etc).

La forêt des mânes est décrit par certains lecteurs comme un mauvais Grangé, avec des incohérences dans l’histoire et quelques longueurs. La violence des descriptions des scènes de crimes a aussi choqué certains lecteurs, mais c’est ce qui fait le style de l’auteur et contribue à l’ambiance général du livre.

Même si je ne peux pas totalement donner tort à ces critiques, le livre fonctionne et j’ai été happé par l’histoire. Si la fin est un peu téléphonée quand on connaît les mécanismes d’écriture précédemment énoncés de Jean-Christophe Grangé (efficaces, tenant en haleine, répondant aux règles des thrillers, grande documentation), j’ai apprécié de me laisser mener dans l’histoire bien que j’ai préféré les précédents opus de la trilogie.

Lehy Maëlle

Ma raison de vivre de Rebecca Donovan. Coline Gautier

“J’ai cherché les souvenirs qui méritaient un sacrifice.La chaleur,les palpitations de mon cœur,la vérité dans ses yeux. La vie était-elle un choix ?L’amour ou la perte ?” pages 534

Ma raison de vivre, de Rebecca Donovan est un roman publié chez PKJ en 2015. Il est le premier tome d’une saga comportant deux autres romans. Le second se nomme Ma raison d’espérer et le troisième est Ma raison de respirer. Le titre original est Reason to breathe. Ce roman est accessible à partir de l’âge de quinze ans.

Ma raison de vivre est l’histoire d’une jeune lycéenne, Emma. Sa vie se résume au sport, aux études et à sa meilleure amie Sara. Ce train de vie banal lui permet de se forger des barrières, afin que personne ne soit au courant du calvaire qu’elle vit chez son oncle et sa tante. Mais l’arrivée de Evan dans sa vie chamboule tous ses plans.

L’année dernière, j’ai acheté ce livre au départ grâce à l’avis d’une booktubeuse. Mais dès que j’ai vu la couverture, j’ai eu un coup de cœur pour ce roman au simple coup d’œil. J’adore le choix de la couleur argenté et l’image de couverture qui est aussi présente sur le dos du livre. Le titre, l’image et la couleur sont le départ du fil conducteur de cette saga. Par contre, la quatrième de couverture reste assez vague concernant le secret de Emma. C’est elle la narratrice. Ce livre m’a tellement bouleversé que par la suite j’ai lu un livre beaucoup plus léger afin de m’en remettre. Je ne suis pas prête de l’oublier.

C’est en lisant chacun des mots de l’auteure que le choix des titres de chacun des livres de cette saga m’a paru inévitable. Pour Ma raison de vivre, les premiers mots sont « Inspirer. Souffler ». Ils font partie du fil conducteur de ce roman. Si vous aimez les lectures aux émotions ascensionnelles, alors lisez l’œuvre de Rebecca Donovan. Elle arrive à aborder des sujets sensibles, comme l’alcoolisme et la violence, avec justesse. Les faits semblent si réels et la description des personnages est remarquable. Les émotions des personnages sont très bien relatées. On s’attache à eux et on a du mal à les quitter quand on referme le roman. Chacun des personnages ont leurs failles, leurs qualités et leurs défauts. Ils ne cherchent pas à être parfait car après tout ce sont des êtres ordinaires.

L’auteure nous fait ressentir un tas d’émotions différentes à travers ses mots. J’ai littéralement mangé ce livre pour savoir comment allait se terminer le calvaire que vit Emma. Mais en même temps, plus on avance dans notre lecture plus les émotions que nous ressentons se font plus fortes. Ce roman m’a prit aux tripes. Il est terriblement addictif et poignant. J’ai pleuré. J’ai été en colère. Et j’ai été tellement émue aussi par la relation amoureuse de Emma et Evan. Ce n’est pas qu’une simple histoire d’amour, et c’est ce qui m’a plu dans cette œuvre. Il s’agit aussi des valeurs de l’amitié, dont celle qu’entretiennent Sara et Emma, et l’évocation de la famille. Ici, Evan est le souffle de vie de Emma. C’est grâce à lui qu’elle va réussir à s’en sortir. Il est sa raison de vivre.

La citation à la page 534, “Dans ma vie instable, c’est l’amour qui, finalement, m’a poussée à me battre. Qui m’a convaincue de… Respirer.” relate clairement l’importance de la relation qu’ont Emma et Evan. Sans lui, elle ne serait pas celle qu’elle est.  

Ce roman est un hymne à la vie.

Coline Gautier

 

LEPAGE Louise, La Horde du contrevent ( A. Damasio)

« Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les vents » (Première page).

Quand la poésie et la littérature rencontrent la science-fiction, en émerge un roman comme celui dont nous allons parler aujourd’hui : La Horde du contrevent, de Alain Damasio. Roman de science-fiction, publié en 2004 aux éditions La Volte, il a été récompensé en 2006 par le Grand Prix de l’Imaginaire. En réalité, nous pouvons hésiter à le qualifier de roman de fantasy, fantastique, merveilleux ou poétique tant il est complexe et développé.

« A l’origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le « vent-foudre ».

Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu’aux lenteurs habitables, jusqu’au vivant, jusqu’à vous.

Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur des vitesses. »

Nous sommes face à un roman dont on ne se lasse pas, un roman dont l’univers nous reste en tête, nous continuons à y penser, à l’imaginer, à imaginer les personnages évoluer par nous-même, même bien après l’avoir refermé ou l’avoir fini. La Horde du contrevent possède une force dans son histoire et son imaginaire rare, celui-ci étant extrêmement développé par l’auteur.

Le roman nous plonge dans un monde fictif, un monde dans lequel un vent perpétuel souffle incessamment toujours dans la même direction. D’où vient-il ? Pourquoi un tel climat si difficile à vivre pour les habitants de cette terre ? Des questions auxquelles sont censés répondre les membres de la 34eHorde du contrevent dans leur quête qui paraît sans fin vers l’Extrême-Amont, la possible source du vent. Cette Horde représente un espoir pour les gens de répondre aux mystères des sciences de ce monde, et de, pourquoi pas, faire cesser les intempéries parfois invivables. Elle se compose de 22 membres parmi lesquels un traceur, un prince, un scribe, un troubadour, un combattant, une aéromaître, une cueilleuse…

Dans ce roman, le vent est un concept, une légende largement développée et alimentée par l’auteur au fil de l’histoire. Alain Damasio présente le vent comme une entité à part entière, comprenant sa mythologie, sa mécanique, faisait partie entièrement de la culture et l’imaginaire collectif de la population de cet univers. Il peut être étudié, retranscris manuellement, codé, anticipé, classé en catégories…

La force de ce roman est aussi présente dans sa narration : sa structure polyphonique permet à chacun des 22 personnages constituant la Horde de prendre la parole à un moment donné, et de raconter les faits depuis leur point de vue. Et c’est une véritable prouesse littéraire de la part de l’auteur, car ce dernier met en valeur la multiplicité des points de vues et les différentes narrations, les différents langages selon les personnages. Par exemple, le scribe (Sov), parle avec un langage et vocabulaire courants, et retranscrit les dialogues entre les autres personnages, essentiels à la compréhension du récit. Le troubadour (Caracole), lui va plutôt parler avec beaucoup de phrases exclamatives, un vocabulaire moins courant, des mots complexes, des figures de style, il va beaucoup jurer car il exprime souvent son ressenti immédiat face à une situation. Le combattant-protecteur (Erg) va utiliser des phrases courtes et efficaces, sans jamais extrapoler, toujours dans l’action rapide et factuelle.

« Qu’importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu’importe ce qu’il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n’est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants. N’est pas l’emplacement où nous finirons par planter notre oriflamme, au milieu d’un champ de neige ou au sommet d’un dernier pic dont on ne pourra plus jamais redescendre. N’est plus de savoir combien de kilomètres en amont du drapeau de nos parents nous nous écroulerons ! Je m’en fiche ! (…)

Pour finir, Alain Damasio nous offre un roman complet, alliant poésie, aventure, science-fiction. Un roman prenant dont on ne ressort pas indemne.

(…) Ce qui restera est une certaine qualité d’amitié, architecturée par l’estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu’on aura su s’offrir les uns aux autres. Pour tout ça, les filles et les gars, je vous dis merci. Merci. »

Louise Lepage

« Les Piliers de la Terre » Claire GODET

Les Piliers de la Terre est un roman écrit par Ken FOLLETT, auteur britannique, et paru aux éditions Stock en 1990 pour la traduction française, au format poche.

A sa commercialisation, il connut un succès phénoménal et fut vendu à plus de quinze millions d’exemplaires à travers le monde.

Frédérique, libraire au sein de L’Esperluète à Chartres, nous le décrit en ces termes : « Il y a dans Les Piliers de la Terre du souffle, de l’érudition, de l’aventure, de l’intrigue, de l’amour et de la haine. Avec cette fabuleuse épopée moyenâgeuse, vous avez à chaque instant envie de tout abandonner pour poursuivre votre lecture… Que demander de plus à un livre ? »

 

Bien que ne l’ayant découvert que cette année grâce à son adaptation en série en partie orchestrée par Ridley Scott, je l’ai dévoré en moins d’une semaine et comprends les excellentes critiques dont il fut l’objet.
Si son millier de pages peut tout d’abord rebuter, le style d’écriture de Ken FOLLET en fait un roman complexe sans que nous ressentions, en tant que lecteurs, le besoin impérieux de sortir un dictionnaire ou une encyclopédie pour une compréhension optimale.
Cela étant dit, à l’image de l’histoire s’étalant sur des décennies, il convient de prendre son temps pour en apprécier toutes les subtilités, présentes au sein de l’intrigue sans oublier les personnages tous aussi variés que bien écrits.

Nous nous retrouvons plongés dans l’Angleterre du XIIème siècle, dans la ville fictive de Kingsridge, en pleine guerre de succession après la mort du fils légitime du roi Henry Ier dans des circonstances douteuses.
Comme durant tout conflit, chaque tranche de la société en expérimente les dures répercussions, des vagabons au clergé en passant par les comtes et les honnêtes travailleurs.

 

Nous suivons par conséquent les émois et les malheurs de toute une palette de personnages. Le roman s’ouvre sur Tom le bâtisseur et sa famille, guidés vers Kingsbridge après un drame qui nous plonge directement dans la violence de cette époque.
Les rencontrent s’enchaînent ensuite avec l’attachant Jack et sa mère Elen, une femme indépendante qui choisit de vivre dans la forêt afin d’échapper aux persécutions de la société. Puis viennent le prieur Philip de Gwynedd, l’antipathique mais pourtant noble famille Hamleigh, l’intriguant archidiacre Waleran Bigod ou encore l’intrépide Aliena, passée d’une vie de faste à la rude existence des sans-le-sous au terme de sombres péripéties.

Tous se battent pour une vie meilleure ou l’obtention de titres nobiliers toujours plus prestigieux. Les tensions s’étoffent au fil du livre et nous proposent de suivre des conflits d’ordre profondément moraux.
Sur fond de construction d’une nouvelle église à Kingsbridge se développent de nombreux conflits entre politique et religion, la véritable foi se trouvant régulièrement bafouée au profit d’intérêts personnels. L’orgueil pousse certains hommes à nier l’intérêt divin qu’ils sont censés défendre, à l’image d’une menace proférée par Waleran Bigod à l’intention du prieur Philip « Je jure par tout ce qui est saint que vous ne construirez jamais votre église » (partie II, chapitre 2, page 360). Mais envers et contre tout, l’amour ainsi que l’espoir perdurent, une petite flamme dans ce monde noirci par la guerre et où meurtres, manipulation et injustice règnent en maître.

 

Tous ces éléments font de ce roman une œuvre complète. Ken FOLLETT a su nouer avec efficacité son travail de recherche historique avec le soin apporté aux personnages issus de son imagination.

Le tout est ainsi rendu fascinant et instructif pour tout lecteur désireux de plonger dans le temps, dans une époque qui peut nous surprendre de par les liens que nous pouvons tisser avec notre société actuelle.