Marc Perrin (lecture-rencontre, textes, entretien)

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  1. Lecture-rencontre : Marc Perrin et Benoit Cancoin, Spinoza in China : un voyage en chine, lecture-performance au grand R, jeudi 12 novembre 2015

 

Un extrait du livre, Spinoza in China, sur mon tumblr : http://guenaelboutouillet.tumblr.com/post/133051215412/je-peux-vous-raconter-ce-qui-mest-arriv%C3%A9-hier

L’annonce de parution sur le site de l’éditeur, dernier télégramme : http://www.derniertelegramme.fr/_Marc-Perrin_

L’annonce du spectacle sur le site du Grand R : http://www.legrandr.com/?un-voyage-en-chine-par-marc-perrin

  1. Ecriture : Choses vues, choses lues (à propos de Spinoza in China, de Marc Perrin – avec Benoit Cancoin)

La consigne préalable était d’écoute : j’ai proposé aux étudiants de noter, au moins mentalement, et directement sur feuille s’ils le souhaitent, des choses lues et des choses entendues. La nuance se situant ici : choses lues = mots et phrases effectivement lus et dits par Marc Perrin durant la perf ; choses vues = ce qui en fut interprété par leur esprit d’auditeur, les idées attachées, mais également ce qu’ils virent sur scène, ce qu’ils virent se passer, ce qu’ils entendirent de la musique de Benoit, de l’échange entre les deux artistes.

L’ensemble des textes est disponible en pdf  ici

Choses lues

Et à suivre :

Choses lues, choses entendues (retour d’un voyage en Chine) (à propos d’une lecture de Marc Perrin avec Benoît Cancoin)
Textes écrits le vendredi 13 novembre au matin, en cours de médiation littéraire et numérique avec Guénaël Boutouillet, à La roche-sur-Yon
(IUT info comm option métiers du livre)

Travail d’écriture

Durant cette lecture-performance, j’ai entendu des âges différents. Passant de dix ans et quelques siècles à quatorze ans et quelques siècles, le temps n’a pourtant pas de prises sur les idées d’Ernesto, qui continuent d’évoluer au fil du récit.
Après un changement du sujet d’une conférence, j’ai entendu un changement de ton. De Beijing, Pékin, de la vision d’Ernesto au milieu de ce peuple et de cette culture qui nous sont étrangers, nous voilà ramener au souvenir de ce 7 janvier 2015.
J’ai entendu la douleur, la frustration, la colère et l’incompréhension.
J’ai entendu ces sentiments renforcés par un haussement de ton, par une rapidité de lecture, appuyés par une musique parfois lente, basse, parfois rapide, forte.
Durant cette lecture-performance, j’ai vu un homme donnant la vie à une histoire, à un roman, à des lignes, à des mots.
J’ai vu un homme prendre différents rôles.
J’ai vu un autre homme donnant une voix aux sentiments, aux paroles, aux mots.
J’ai vu un homme se mouvoir en rythme avec sa musique, avec ses sentiments.
J’ai vu une connexion entre ces deux hommes, ces deux arts. J’ai vu une connexion entre les mots et la musique pour donner naissance à une forme de lecture unique.


Un Voyage en Chine, avec Marc Perrin  Benoît Cancoin

-Lecture performance.
-Mélange de deux arts.
-Voix d’un côté,et contrebasse de l’autre.
-La lecture de Spinoza in China. Une lecture de Spinoza in China.
-Ernesto, 10 ans et quelques secondes ou 10 ans et quelques siècles.
-Différents thèmes apparaissent, différents sujets sont abordés, comme de l’actualité avec Charlie Hebdo.
-Ernesto parle de « popo »,  de « peupeu ». On lui pose une question, il jongle avec des œufs. Des œufs qu’il laisse tomber, des œufs durs qu’il va pouvoir manger.

-En accompagnement de la voix, la contrebasse.
-Une multitude de sonorités, de manières de jouer.
-Il se déplace, accompagne la lecture.
-Il s’adapte à son rythme, ou l’inverse.
-Il s’interrompt de jouer un moment.
-Il pose, fait rouler, laisse tomber des objets.
-Puis reprend la musique.
-Il ne s’arrête que lorsque la lecture est finie. Ou alors la lecture se termine parce qu’il a fini de jouer.

Pour moi une alchimie étonnante, spéciale, mais un mélange envoûtant.

Debarre Lucas


De l’encre à la contrebasse : chose vue chose entendue
Hier soir nous avons fait la rencontre de Marc, de Benoît, d’Ernesto et de la musicalité des mots. Marc Perrin, avec Spinoza in China, nous permet de rentrer dans l’univers poétique d’Ernesto, 10 ans et quelques secondes, ou 10 ans et quelques siècles.
Benoît : un artiste capable de transformer les mots en une litanie de sons poétiques, un performeur.
Marc Perrin : à confondre absolument avec Ernesto, théâtral.
Le public : attentif, parfois ému, une femme bouleversée, un homme apeuré.
La scène : éclairant les deux performeurs d’un halo de calme.
Chose vue : Shangaï, la colère, une vague d’émotion, l’osmose entre Marc et Benoît.
Chose entendue : la réunion de deux arts,  la danse des mots avec les notes, le rythme, un texte qui n’en était plus un, le silence.
La contrebasse : à confondre absolument avec Benoît, rythmant la lecture, actrice d’une liaison entre l’encre et la musique.
Chose ressentie : l’envie de continuer à imaginer Ernesto, une reconnaissance.
Au départ : une incompréhension face à mon impossibilité à défaire le texte de la contrebasse.
A la fin : une impression d’avoir laissé mon imagination dominer, toujours cette impossibilité, le silence.
Ca ne devait être qu’une lecture. Ca aurait pu n’être qu’une lecture.

– La contrebasse rythme l’ambiance. Le rythme de la lecture change en suivant la musique.

– Il nous raconte deux récits, se déroulant dans deux périodes distinctes : d’abord en novembre 2011, puis en janvier 2015.

– Arrogance, humiliation, humilité

– Ernesto jongle avec douze œufs.

– Il nous parle des attentats de Charlie Hebdo.

– Contrebassiste joue avec des balles, des saladiers
– Les sons de la contrebasse sont angoissants.

– On a l’impression que le narrateur change entre ces deux récits. Le premier est Ernesto, mais ensuite, il s’efface et c’est l’auteur lui-même qui nous parle

– Il jongle avec douze idées. Il joue avec elles.

– On ressent la colère, la panique

– Comme Ernesto avec ses œufs.


J’entends une voix qui s’élève dans le noir et une musique étrange qui suit. J’entends surtout des bruits plus qu’une « musique », mon ouïe n’apprécie pas vraiment le froissement des cordes et j’y vois un désagrément à la lecture qui s’y mêlent. Mais plus que d’entendre, je vois un homme assuré qui prononce mots. Phrases. Fiction. Imaginaire. Passion. Emotion. Fierté ?
J’entends une voix qui monte et descend, tonne et murmure, fait trembler et ennuie, déclare et propose… Mais pour l’instant les minutes défilent et j’entends plus que je ne vois. Obsédée par la musique, je ne perçois qu’un ensemble que je ne peux mêler : deux arts. Un rythme. Deux personnes. Un livre. Étrangeté.
Pause.
Déclique.
Pause.
Vision.
Je vois une voix qui s’élève dans le noir et une musique puissante qui suit. Je vois surtout une colère plus qu’une élévation, ma vue s’agrandit, et ce sont mes oreilles qui voient.
C’est entre colère, tristesse et mots, que j’entends « Je suis Charlie ». J’y vois indignation, larmes et colère. J’entends cette colère. Je vois cette colère. Je suis énervée de cette colère.
J’entends voix et sons se compléter, je vois une voix animée, passionnée, comblée par le texte, transportée par la musique qui s’accélère, résonne, s’infiltre dans le creux de nos oreilles mais aussi nous explose à la vue. Mon ouïs apprécie la résonnance des cordes qui valse et danse avec la voix. Mais mes yeux eux, mon esprit, ma pensée, mon cerveau. N’apprécie pas cette vue des mots, les phrases, la réalité, la passion, l’émotion.
Minute première : j’entends sans aimer mais je vois en appréciant le sens que je donne aux mots.
Minute dernière : j’entends en aimant les deux arts, mais je n’apprécie pas ce que je vois.

Choses vues
Choses entendues
– J’entends instrument et lecture liés, rythme

– J’entends Ernesto, à la fois enfant et vieux sage
– J’entends 2 phases : 10 novembre 2011 / 7 janvier 2015

– L’auteur ne suit pas toujours le même rythme, il énumère, ces textes sont parfois saccadés

Phase 1 :  Ernesto différent de l’auteur, conférence Terminales Shanghai
– J’entends 3 sentiments: arrogance, humilité, humiliation
– J’entends un émancipateur en formation et un cirquacien amateur : jongle avec 12 œufs, 12 idées

Phase 2 : Ernesto est l’auteur, raconte son ressenti face à Charlie Hebdo

– l’auteur fait un parallèle entre la « vraie » vie qui continue : ses chats sur une branche. Et le monde qui s’arrête : réseaux sociaux qui se mobilisent
– L’auteur cite chacun des morts du 7 janvier, les tueurs sont insérés dans cette liste sans distinction
– Le personnage introduit cet événement dans son poème
– l’un calque sur l’autre, l’un impose son rythme à l’autre
– le contrabassiste impose et créé l’ambiance

– Il vit son texte, la contrebasse suit toujours. Avec ce rythme, il impose des sentiments, des émotions : panique, colère, déception

– Plus de barrière entre le personnage et l’auteur, ils ressentent la même chose face à l’événement, d’ailleurs on ne sait plus qui parle

– L’auteur est touché par l’événement, on ressent sa déception.

? Si on ne connaissait par l’événement, on pourrait croire que ce sont des victimes

– L’auteur introduit cet événement dans son roman


Pierre-Marie Le Lu :

Absurde omniprésent : Marc Perrin joue avec et s’appuie sur cet absurde pour diverger du journal d’Ernesto mais aussi pour y revenir. Rythme l’œuvre, la ponctue, donne à ce journal une touche d’humour.
Remise en contexte historique : le journal s’inscrit dans des événements marquants, qui ont eu lieu, qui mettent le journal dans notre réalité.

Spinoza in china, c’est un voyage
un voyage inattendu, une très agréable surprise pour un spectateur qui ne connaît pas Marc Perrin.
Cette histoire, c’est le voyage d’Ernesto en Chine en Novembre 2011. Ernesto a 10 ans, 10 ans et quelques secondes les secondes paires, et 10 ans et quelques siècles les secondes impaires.
Une lecture doublée d’un accompagnement, d’un discours avec une contrebasse, celle de Benoit Cancoin. Le point commun entre ces deux hommes, ce point commun qui rend leur dialogue intéressant, inédit, c’est l’improvisation. Au travers d’une lecture improvisée, Marc Perrin raconte une histoire d’Ernesto, pas seulement celle de l’Ernesto du journal, mais une histoire exclusive. Peut être l’Ernesto d’hier était l’Ernesto des secondes impaires alors que l’Ernesto du journal est l’Ernesto des secondes paires. Personne ne sait. L’intrigue demeure, Ernesto ressemble à Marc Perrin, et Marc Perrin ressemble à Ernesto. Qui donc est Ernesto ?
A la fois banal et à la fois original, jeune et vieux, Ernesto est unique, mais Ernesto peut être tout le monde.
D’où vient ce personnage ? Quelle est donc cette performance ? 2 hommes passionnés d’improvisation proposent une lecture improvisée, une performance où Ernesto est une base, un moyen d’emmener l’autre ailleurs. Mais cette performance n’a duré que le temps d’hier, elle était unique, dans cette salle, avec ce public.
Accompagné d’une contrebasse qui rythme, ponctue, transporte le spectateur.
On est emmené ailleurs, dans un imaginaire mené par les artistes. La lecture est notre barque, la contrebasse notre passeur.
Ce que j’ai vu, entendu, ressenti, c’est une critique de la société, un élan, un voyage. Une démarche où la lecture se mèle et s’entremèle avec une contrebasse, une démarche où le journal n’est que prétexte à recréer mais est aussi la finalité de cette performance. Cette histoire, c’est une des histoires d’Ernesto, une parmi d’autres. Marc Perrin est en fait une sorte de marionnettiste qui réinvente un personnage, avec une touche d’absurde qui perd, fait rire, récupère l’auditeur.


Spinoza in China, de Marc Perrin

Choses vues :
– un auteur lit son livre
– un musicien joue de la contrebasse en rythme avec les mots de l’auteur
– improvisation totale entre l’auteur et le musicien
– l’auteur est habité par son oeuvre
– le personnage et l’auteur finissent par ne faire plus qu’un

Choses entendues :
– l’histoire d’Ernesto, un homme de 10 ans et quelques secondes, ou de 10 ans et quelques siècles
– le journal d’un voyage
– une conférence dans un lycée francais à Shanghai
– l’écriture d’un poème le 7 janvier 2015
– je suis charlie

Choses entendues
Il Lit :

Spinoza

Chine

Ernesto
10 ans, 1 seconde, quelques siècles

Shanghai
Conférence classe terminale
Parterre d’élèves

Je crois à l’être non fini
Danger de mort
J’aimerai être détendu, à l’aise

Peuple, pauvre, expulsion
« Monsieur, vous parlez de peuple pauvre ? »
Les peupeu et les poupou

Charlie Hebdo

« Nous tous modifions le monde, nous tous modifions le poème »
Panique

À Paris, Mickaël et Angela

 »Jugement de Dieu » n’est-ce pas un pléonasme ?

Rassemblement à Nantes
Liberté d’expression

Choses vues
J’y vois :

Chine, décor asiatique, lanterne chinoise

Un petit garçon, puis un homme plus vieux

Grande classe, beaucoup d’élèves

Accélération du rythme + contrebasse ? ressent son malaise

Actualité
Il se lève, joue l’élève ; on ne le voit plus ; on voit l’élève
Allitération en  »P »

Revois le jour du 7 janvier 2015

Le monde est un poème

Phrases lues vite

Paris, tour Eiffel

Soutien, communauté, gens rassemblés

À la lecture-performance de Marc PERRIN, jeudi 12 novembre de 19h08 à 20h14 au Manège de la Roche-sur-Yon.
Choses entendues
– À gauche : Marc PERRIN, à droite Benoît CANCOIN accompagné de sa contre-basse
– L’un statique, l’autre en déplacement
– Un besoin du conteur de ménager sa gorge de la parole par un verre d’eau qu’il rempli deux fois.
– Un jeu du musicien avec son instrument (tapotements, vibrations, claquement,…)
– un rapport fort à l’actualité, un engagement, mais avec du recul sur les événements
– beaucoup de références
– un homme bouleversé par les réactions de son public
Choses vues
– une musique cadencée, oppressante
– Une parole rythmée, tantôt rapide, tantôt lente
– un lien entre cette musique et cette parole : improvisation ou coordination ?
– un univers incompréhensible dans l’esprit du personnage, dans ses pensées
– un mélange, une fusion entre le conteur et son personnage, au point de ne plus savoir qui nous parle

Un texte théâtral
Vue
Entendu
• Concentrer sur le livre, Ernesto est en colère contre la société
• Il se lève et parle sans micro
• boire de l’eau
• Verre en fer : journalistes de Charlie Hebdo ?
• Balle de ping-pong : balle de kalachnikov ?
• Jonglage des œufs : mélanger philosophie et enfance
• la contrebasse joue plus fort et recule
• infantilise son interlocuteur

• Est-ce qu’il est triste pour Charlie Hebdo ou en colère contre les gens ?
• Une moquerie sur les riches patrons. Mets tout le monde sur un pied d’égalité en infantilisant tout le monde. Il infantilise son jeune interlocuteur
• Il ne donne pas d’âge à Ernesto, Il est immortel, chacun s’imagine ce qu’il veut. Ernesto apprend tout les jours comme un enfant
• Ernesto : une voix calme mais qui s’accélère par moment
• élève, personne autre qu’Ernesto
• changer de personne

• voix qui s’accélère + contrebasse

• « Humiliation, humilité, arrogance »
• « les carambards », « la vodka avec des pétales tagada »
• « Je ressens une certaine colère ou de la tristesse … ? »
• « rikiki », « peupeu », « paupo », « blanc-bec »

• « 10 ans et quelques secondes ou 10 ans et quelques siècles »


Marc Perrin Spinoza in China

Je suis perdue.

Je crois à l’être non fini. Émancipateur en formation. Paupau et Peupeu ?

Je suis perdue. Paupau et Peupeu ? Poésie et Charlie Hebdo ? Amour et Marketing ? Des mots simples qui mis bout à bout n’ont plus de sens. Langage oral et répétitions. Accélérations et ralentissements. Musique. Stress. Mêmes mots répétées à différentes places dans la phrase. Incompréhension. Cris. Rapidité. Musique incessante. Folie. Stop. C’est fini. La vie reprend son cours laissant Ernesto entre les pages.


Marc Perrin, voyage en Chine avec une contrebasse portée par Benoît Cancoin.
L’histoire d’Ernesto, 10 ans ou 10 siècles. Vibration, percussions sur le bois.
A Shanghai, le monde est captivé par une conférence sur les « paupau » et les « peupeu ». Un jeune homme se lève , les cordes sont frottées, pincées, le rythme s’emballe puis redescend. Le calme revient. Les esprits sont brouillés. « L’émancipateur en formation » et non pas le « formateur en émancipation. » Le port de cravates semble nécessaire à Shanghai.
La contrebasse bouge, avance, recule, se cache dans l’ombre de la scène puis revient sur le devant. Elle est abandonnée… Le temps s’égrène, suivant le cours de ses maîtres.
Puis, une bribe de souvenir. Les gens descendent dans la rue et brandissent un stylo. « Je suis en colère ». Ernesto est en colère. Des instruments improvisés sur le devant de la scène. Des boules de polystyrène produisent, en retombant sur des bols d’acier tournés, le bruit sourd et calme du « gong » a.sia.ti.que… A cette image, des moments sombres, lourds puis limpides et simples dansent devant nous sur la scène. Les chorégraphes s’effacent pour laisser place à l’œuvre en elle-même.

J’ai vu deux hommes. J’ai entendu deux hommes. J’ai entendu une histoire et des sons. Même de la musique ! J’ai entendu l’histoire d’un garçon entre deux âges. Peut-être l’histoire d’un monde entre deux âges. J’ai entendu une histoire d’amour, une histoire de guerre et même une recette de cuisine.
J’ai vu la sensibilité prendre le dessus sur la pudeur.
« Je crois à l’être non finit », Marc Perrin.

Charlotte Lemaître


Lecture de Spinoza in China
Entre entente et vision
La lecture du nouveau roman de Marc PERRIN Spinoza in China n’est pas seulement une lecture. En effet, cette représentation était non seulement réaliser avec un audio mais aussi un visuel assez inattendu.
La mise en scène était un élément surprenant de cette lecture. Elle était, en outre, spécifique pour différentes raisons. Tout d’abord, une ambiance tamisé qui met seulement en valeur deux personnes sur scène : l’auteur et un homme avec une contre-basse. Ainsi, on réalise dès le début que la lecture sera accompagnée de musique. Mais l’auteur aussi fait partie de la mise en scène, il n’est pas laissé pour compte. Sa gestuelle est importante, tant au niveau des mains qui suivent sont débit de parole que son déplacement, son utilisation de la « scène ».
Mais la partie la plus importante est tout de même la lecture en elle même. En effet, l’auteur a utilisé différents timbres de voix, pour caractériser différents personnages ou pour mettre en avant certaines émotions. La musique était également en accord avec le texte ce qui donne une nouvelle impression à la lecture. Même si, de temps en temps, l’auteur lui-même donne un nouveau rythme, une nouvelle émotion à la lecture grâce à certaines accélérations.

Maina GERNIGON.

J’ai vu un homme, Marc Perrin. Et un autre homme, Benoît Cancoin. J’ai vu un auteur et un musicien. J’ai vu cet auteur lire des extraits de son livre, je l’ai vu tourner les pages et les vivre. À son côté, son ami vivait aussi l’histoire, à sa manière, différemment de Marc Perrin, mais tout aussi profondément. J’ai vu une harmonie entre deux artistes.

J’ai entendu des choses similaires et des choses différentes. J’ai entendu cette harmonie entre les deux artistes : lorsque le premier accélère de rythme de lecture, son ami le suit.
J’ai entendu l’histoire d’un garçon, Ernesto, âgé de 10 ans et quelques minutes les secondes paires, ou de 10 ans et quelques siècles les secondes impaires.
J’ai entendu son discours sur les « popos » et le « peupeu ».
J’ai écouté ses longs discours, en perdant, parfois, un peu le fil. J’ai entendu la vision d’Ernesto, de Marc sur des faits récents qui ont fait parler, beaucoup.
J’ai entendu une partie de cette histoire avec ce fond musical, qui n’est pas qu’un accompagnement, mais est complémentaire au texte.

Florentine SURLEAU


« Arrogance, Humiliation, Humilité »
Peupeu et Paupau. Intellectuel et Marchand. Un œuf puis deux. Puis trois, […] puis douze. Un à un, à terre.
« Colère, Nausée, Honte ? »
Assassins et assassinés. Acteurs et poème altéré. Violence, tension. Sécheresse puis déchirure…
Charline G.

Pierre-Marie Le Lu :

Voyage : voyage d’Ernesto, voyage lyrique, voyage ailleurs
improvisation qui donne un travail inédit, exclusif, dans ce contexte, dans cette salle seulement.
personnage d’Ernesto étrange et banal, assez paradoxal en fait. A la fois jeune, à la fois vieux, il est unique, mais il est tout le monde.
contrebasse : donne un écho, une réponse au texte, une sorte de bruit mais bruit constructif.
Absurde omniprésent : Marc Perrin joue avec et s’appuie sur cet absurde pour diverger du journal d’Ernesto mais aussi pour y revenir. Rythme l’œuvre, la ponctue, donne à ce journal une touche d’humour.
Ernesto, 10 ans et quelques secondes les secondes paires, et 10 ans et quelques siècles les secondes impaires. Ernesto qui mène une vie a priori banale mais en fait très originale. Ernesto qui aime les cocktails vodka-pétales de roses-tagada et les carambars.
Gros travail sur métaphores, sur l’imaginaire. Il faut faire travailler l’imagination du spectateur. Le texte créé un univers, la contrebasse nous en ouvre les portes. Le texte est une barque sur le Styx, lla contrebasse, le passeur.
Choses vues et choses entendues : journal d’un côté et ressenti, prestation de l’autre.
Atmosphère qui nous aspire : on sort de la salle de danse du manège et on part avec les artistes quelque part.
Remise en contexte historique : le journal s’inscrit dans des événements marquants, qui ont eu lieu, qui mettent le journal dans notre réalité.

[    Spinoza in china, c’est un voyage
un voyage inattendu, une très agréable surprise pour un spectateur qui ne connaît pas Marc Perrin.
Cette histoire, c’est le voyage d’Ernesto en Chine en Novembre 2011. Ernesto a 10 ans, 10 ans et quelques secondes les secondes paires, et 10 ans et quelques siècles les secondes impaires.
Une lecture doublée d’un accompagnement, d’un discours avec une contrebasse, celle de Benoit Cancoin. Le point commun entre ces deux hommes, ce point commun qui rend leur dialogue intéressant, inédit, c’est l’improvisation. Au travers d’une lecture improvisée, Marc Perrin raconte une histoire d’Ernesto, pas seulement celle de l’Ernesto du journal, mais une histoire exclusive. Peut être l’Ernesto d’hier était l’Ernesto des secondes impaires alors que l’Ernesto du journal est l’Ernesto des secondes paires. Personne ne sait. L’intrigue demeure, Ernesto ressemble à Marc Perrin, et Marc Perrin ressemble à Ernesto. Qui donc est Ernesto ?      ]


Marc Perrin, pendant environ une heure et accompagné à la contrebasse de son ami Benoît Cancoin, nous lit un extrait de son ouvrage Spinoza in China. L’action de l’extrait se passe en 2011. Le personnage principal, Ernesto, est à Shanghai et donne une conférence à de jeunes français, issus d’une classe aisée.
Mais peu à peu, on perd vite ses repères car l’auteur inclut des éléments de l’actualité (les attentats de Charlie Hebdo notamment). Il est difficile de s’y retrouver dans toutes ces informations, mais la performance que nous livrent les deux artistes ainsi que leur complicité nous obligent à rester attentifs. On a l’impression qu’Ernesto est devant nous, surtout quand l’auteur se met à accélérer le rythme de sa lecture et qu’à côté de lui, la contrebasse fait résonner ses mots.


Le personnage principal est Ernesto. Trois sentiments à l’égard de l’élève qui l’interrompt (l’arrogance, l’humiliation, l’humilité). Il cite « il y a un seul monde » ; « l’amour doit être réinventé et tout simplement défendu » Il y a rassemblement à Nantes dû au 7 janvier 2015, il se sent en colère, honteux. Il y a un levé de stylo, il ne comprend pas les applaudissements, cela nourri sa colère. Le Jeu d’acteur. La liaison entre la lecture et la musique.
Anonyme

Billet d’un soir, ruban rouge

Des mots en désordre, inspiration, images…Lecture. Contre-basse.
Spinoza in China. Aventure. Ernesto. Minutes paires-impaires, secondes et siècles. L’éthique. 10 novembre 2011.

Note. Note.
Shanghai.

Note.
Anthropologie. 17 ans, un mois et quelques siècles.

Notes. Basse. Parole ? Parole. Rythme.
Ernesto. L’Émancipateur est un paquet de machins. Pile ou face.

Rythme. Notes dures-douces.
Différence. Danger de mort, ici. Shanghai ? Détente ? Pas ici.

Accéléré, répétition, répétition, accéléré, répétition. Refrain, rythme. Temps mort.

Beijing. Peuple et pauvre.
Distingo.

Expulsion du peu-peuple. Circulation parole et intelligence. Peu-peu.
Accélération.
Pau-pau circulation de l’argent.
Hésitation.
Carambars ?
A-t-il dit Carambars ?
Notes, Notes, Notes, Notes… Temps mort. Reprise.

17h43. Blanc-bec et colons ce sont les pau-pau.
Production d’un autoportrait.

Les mots vibrent, vous entendez ?
Cœur vibre à fond.
Il répond à ma question, les mots font vibrer le coeur.
Coeur vivant peu-peu, cœur mort pau-pau.
Rythme.

Exposition. Combat éternel. Les colons sont toujours. Esclaves du jour. Maîtres et maîtresses d’hier. Là n’est pas la donnée majeure.
Carambars.
Il répond à ma question.

On ne jouit que de jouir, pau-pau de l’éternité. Jouissance ne dure qu’un temps.
Fraise Tagada.
A t-il dit fraise Tagada ?
Temps mort. Données majeures ?
Vodka et pétales de rose Tagada.
Il répond à ma question.

3 sentiments, Arrogance, Humiliation, Humilité.
Il ressent la même chose.

Ernesto, cravate vert fluo et circassien amateur. Mots qui résonnent. Une phrase sur un œuf ? Lancés. Virevoltent. Peu-peu, pau-pau.
Jeux sonores. Rythme. Refrain. Voyage. On virevolte. Vitesse, incompréhension. Course éperdue ?

Je ne crains pas de jouer avec les racines des arbres. Œuf un, œuf deux, œuf trois, œuf quatre, œuf cinq, œuf six, œuf sept, œuf huit.
Course, course, course.

Qui est rikiki ?
Le cousin qui quand il mange des abricots mûrs…
Il répond à ma question.

Les mots virevoltent, vous comprenez ? Comme de petites bulles qui éclatent autour de nous et qui, quand elles heurtent notre peau, explosent et nous donnent des coups au coeur.
Temps mort.

11h07. 7 Janvier 2015. 14 ans 16 secondes. Compter les siècles. Poésie. Spectatrices-spectateurs. 11H10. Kalachnikov. Attention.
Si les phrases, les images, les paroles… Si l’inexprimé inexprimable. Silence décidé.  Action, inaction, in-production.

Si 2 gars, 1 filles et 11 gars pénètrent et font partie du poème.
Tension.
Modifient le poème. Tous et toutes plus ou moins attentifs attentives. Nous modifions le poème.
Rythme.

Mots imbéciles. Mots aimables. Bons en acte, mauvais en acte.
Stop. Parole. Stop. Parole. Bug. Indignation. Zig. Zag.

Manque de conséquences. Panique. Pensée. Défaire la panique.  Panique ? Ralentissement.
Temps mort. Reprise.
Je m’appelle Ernesto.

Triste ? Colère. Non les mots énoncés mais les lettres mortes.  Lettres mortes des mots qui peuvent vivre. Lettres morts. Une telle colère. Honte ? Honte ? Honte des vies ? Colères ? Nausée ?
Un moment de panique. Je panique.

La honte est un rêve pourri de gloire.

Pour en finir avec le jugement de Dieu. Jugement. Le mot jugement. Pléonasme ? 4h du matin. En équilibre sur les branches de l’arbre du jardin de la maison d’en face.
Réseaux dissociaux.
Je suis Charlie. Image produite par un designer. Tendance. Boutique de mode. Dits sociaux. On peut jouer aux cartes dans la tranchée.
Équilibre. « Providence ». 11h45. Noms.
Méchanceté.
Méchanceté en moi qui attend la méchanceté adverse.

« Il y a un seul monde » « l’amour doit être réinventé ». Des exemples de points à tenir. Sur ces points nous ne céderons pas. Sauver les mots. Exemples de points à tenir. Colère. Salopage de l’amour, de l’intelligence et de la pensée.

Kalachnikov.

Honte. Colère. Chagrin. Passion meurtrie. Stylos brandis. Ces applaudissements nourrissent ma colère.

Tout ceci me dérange. Me met en colère.  Est-ce que je ressens ce qu’il ressent ? Est-ce qu’il ressent ce que je ressens ?

Pagnoux Enora


Choses entendues

J’entends une voix grave qui démarre la lecture et des sons de basse un peu grinçants qui se mêlent à cette voix.
J’entends une lecture très basée sur le changement de rythme, comme la musique. Accélération, ralentissement, changement de ton de l’auteur ou de partie de la basse.
J’entends Ernesto qui prend vie, interprété avec passion.
J’entends une conférence dans une classe, dans un lycée de Shanghai. J’entends un élève qui lie le peuple aux pauvres, et Ernesto qui répond étrangement. J’entends « peu-peu » et « po-po ». Le musicien produit des bruits via une boule en papier qu’il jette sur je ne sais quoi.
J’entends les bruits de la basse qui m’empêchent de tout saisir de la lecture, puisque l’auteur parle parfois sans micro.
J’entends un accès de colère à la fin, sur Charlie Hebdo.

Choses vues

Je vois un auteur animé par son texte et sa lecture, un musicien concentré et le visage impassible lorsqu’il jette ses boules de papier ou joue de la basse. Il est pieds-nus.
Je vois une personne bouleversée par les attentas de janvier. Qui cherche à justifier, à comprendre.
Je ne vois pas une harmonie entre musicien et auteur, les bruits sont assez perturbants, tout autant que ses déplacements. Les idées sont plus difficiles à comprendre avec du bruit à côté, surtout les phrases longues et complexes ou Ernesto reprend ses débuts de phrase.
Je vois un monde consumériste qui gâche la vie d’Ernesto, peut-être celle de l’auteur aussi.

Spinoza in China
Travail sur l’inventaire: choses vues, choses entendues
Ernesto, « 10 ans quelques secondes et quelques siècles ». « Emancipateur en formation ». « Croit en un être non finit ». Un premier voyage, un apprentissage. L’ethic de Spinoza en poche, « un choc, un beau choc, un bon gros choc ».

Un jour de novembre 2011. Le 10. Shanghai.
Une conférence. Un lycée Français.
Des décompositions de mots, des ré-interprétation, de nouveaux sens, des sens plus explicites « les pau-pau, les peu-peu », un désir de « sauver les mots ». Un « combat ».
Des données majeures, d’autres mineures. « 3 sentiments: l’arrogance, l’humiliation et l’humilité ».
Illustré par une sonorité, une mise en scène, une alchimie, une osmose. Parfois peu compréhensible, mais beau.

Un matin de Janvier 2015. Le 7. Entre Nantes et Paris.
Les attentats de Charlie Hebdo.
De nombreux sentiments, « la haine, la colère, la honte », une « intelligence de l’émotion », « l’amour doit être réinventé mais aussi tout simplement défendu », « une passion meurtrie ».
Quelque chose qui monte. En crescendo. Subtilement, surement.
Un univers à part, suspendu par le temps, sous nos yeux.

« Un choc, un beau choc, un bon gros choc »

Ecriture d’une note de lecture (travail individuel, noté)

 

Que lire d’un livre, qu’écrire de ce Lire ?

Principe annoncé

Se documenter, et documenter en retour. Venez avec un livre. Nous tenterons, ensemble, d’en écrire quelque chose qui soit : documenté, tissé du Monde, du réseau, et des autres ; et qui soit en même temps : de vous, pleinement personnel (et verrons comme c’est, sans doute, indissociable).

Déroulement de l’atelier

Il ne s’agit pas de procéder comme pour un cours de journalisme, d’un guide de « bien-écrire », d’un manuel d’usage de communication (tout ceci se trouve aisément sur le web, chartes éditoriales de site)  : il s’agit, se penchant sur un livre qu’on a lu,  de traverser cette expérience fondamentale et nécessairement productrice, de la relecture, attentive, scrutative, réflexive. Et de passer, pour ce faire, par l’écriture.

1/ Tout est en vous, tout est dans le livre.

Première consigne donnée :

« Isolez-vous et posez vous des questions durant 3 minutes, yeux fermés, sans rien écrire manuellement :
Quel souvenir vous vient de ce livre ? Quelle phrase, même imparfaitement ? Quelles images ? Quels dialogues ? Quelles idées ? Quelles sensations ? Ne notez rien. »

Seconde consigne donnée :

« Tout ce qu´il y a à dire du livre est d’abord, déjà, là. Posez des questions au livre, dépliez l’objet, questionnez-le :
qu’est-ce qu’il y a dedans ? Structurellement : organisation, titre, sous-titres, exergue, dédicaces, parties sous-parties, quelle mode d’énonciation, quelle structure ? Quelles phrases, quelles accroches, quels incipits, quels excipits ? Quelles phrases vous ont marqué ? Quelles phrases sous restent, quelles phrases vous semblent déterminantes ? Notez, recopier. Une phrase, deux, trois. »

Troisième consigne donnée :

« Relisez et reposez-vous les question d’origine, 5 minutes, avec ce matériel sous les yeux. Faites des rapports, mentaux puis écrits. »


2/ Tout est ailleurs, rien n’est pareil.

Première consigne :

« La documentation – Cherchez, maintenant que vous disposez de vos souvenirs et d’éléments objectivement tirés du livre, cherchez tout ce que vous pouvez trouver sur ce livre sur le web, avec et sans méthode. Ramassez des citations, usez du copier-coller (en insérant un lien à chaque fois, pour ne pas perdre vos sources de vue, et pour citer en bonne et due forme.  //
N’intervenez pas autrement qu’en redisposant, et laisser des blancs. »

On constate, ensemble, lors du retour collectif, que dès lors un point de vue se constitue, on se positionne face à l’information reçue, abondante, on peut la citer ou la compléter ou contredire, depuis ses propres observations. Le but est, échappant au tout-venant, au marketing, à l’air du temps, de reprendre position d’énonciation, d’auteur de sa propre lecture (et de ses propres lectures documentaires, ensuite), car chaque lecture est unique et permet d’énoncer un propos singulier.  Les matières s’affrontent, se frottent : le su et le lu, le vu et le lu, l’objet documente mon point de vue qui le documente et re-documente avec et contre et depuis les informations autres, une spirale est en marche, l’écriture est lancée.

Le reste est affaire de temps, de sédimentation puis percolation, de tri, d’allers et retours vers le texte… et de contrainte de format, selon l’espace de publication où publier cette notice.

3. quel format – vers une rédaction orientée publication

La troisième partie de l’exercice, celle qui mène au travail de rédaction puis de publication (qui sera évalué), est de tri, de calibrage : il s’agit de faire 2000 / 2500 signes pour une publication  en ligne (incluant des liens, publiée sur ce blog).

Les textes seront déposés ici.

On a tiré sur le Président de Phillipe Labro

« Où étiez-vous le jour où l’on a tiré sur Kennedy ? » comme nous le demande Philippe Labro.
Toute une génération se souvient de l’endroit précis où elle se trouvait en ce 22 novembre 1963. Cette question est, encore aujourd’hui, l’une des plus posée en Amérique. Un moment, un instant dans une vie, qui fascine encore de nos jours.
Philippe Labro, lui, ne l’oubliera jamais. Il fut l’un des seuls journalistes étrangers présents ce jour-là, pour raconter au reste du monde ces quelques jours sombres de l’histoire américaine. De l’assassinat du Président au meurtre de Lee Harvey Oswald, par l’étrange Jack Ruby.
Sur place, il va vivre ces événements à l’intérieur même du quartier général de la police de Dallas. Il verra Oswald, mais également Jack Ruby, la veille où il assassinera le meurtrier du Président. Autant d’événements qui ont marqué un peuple, un pays, le monde.
Grâce aux notes prises, à ces articles pour France-Soir, et ses souvenirs, Philippe Labro nous retranscrit, avec un style sobre, la réaction consternée de nombreux américains, mais également celle de certains Texans qui n’ont pas hésité à applaudir cet assassinat. Il nous fait part de cette cohue dans les couloirs du quartier général, mais aussi les allées et venues en toute tranquillité de Ruby.
Il permet au lecteur de se rendre compte de la dimension incroyable de l’événement, de ces texans qui souhaitaient à tout prix réussir leur enquête pour montrer leur domination.
Il donne son propre avis quand à toutes ces théories conspirationnistes : pour lui il n’y a qu’un seul assassin, Lee Harvey Oswald, et il l’a croisé dans les couloirs du quartier général de la police. Malgré cela, son honnêteté narrative pousse le lecteur à s’interroger, à chercher lui-même une explication.
Son récit nous imprègne de l’ambiance des rues de Dallas, de l’odeur du sang, de tous ces rebondissements.
Néanmoins, ce n’est pas dans ce livre que l’on apprend de nouveaux faits, de nouveaux éléments d’enquête. Philippe Labro s’en tient à ce qu’il a vécu, à son ressenti, à son histoire, à « son » Kennedy, et son destin fauché en plein mandat présidentiel alors qu’il prenait pleinement conscience de son rôle, qu’il « devenait un vrai président ».
Le livre est plus une comparaison entre ces deux personnages que le destin a réuni. On peut le définir avec cette phrase, issu de son livre : « Oswald était la nuit. Kennedy était le jour. Seule la mort pouvait se charger de faire rencontrer ces deux éléments, en principe irréconciliables ».

L’homme qui voulait vivre sa vie, Douglas Kennedy

Éditions Pocket, Belfond

« Nous ne cessons pas de rêver d’une existence plus libre tout en nous enferrant de plus en plus dans les obligations, dans les pièges domestiques. »

Ben Bradford a une vie qui fait rêver : la trentaine, avocat compétent, une femme, deux enfants. Mais Ben ne supporte plus cette vie. Elle l’emprisonne. Son plus grand regret est de ne pas être devenu photographe. Son regret s’accroît lorsqu’il découvre que l’amant de sa femme est son idéal, celui qu’il devait être, celui qu’elle voulait qu’il soit. Jusqu’au jour où, par un concours de circonstances, le destin lui offre la chance de repartir à zéro.

Ce roman peut-être divisible en deux parties, Kassad, du blog Krinein, perçoit d’ailleurs ce récit comme « celui d’une mort suivie d’une renaissance ».
La première partie du roman résonne comme une dénonciation du rêve américain. Une manière de dire que non, l’argent ne fait pas le bonheur, la preuve. Bolcho, de Critiques Libres voit cet épisode comme une « description de l’écart entre les rêves de l’adolescence et les réalités de l’âge adulte ». Cette partie est à la fois fascinante et effrayante. On voit le héros sombrer dans son mal-être et on ne peut s’empêcher de vouloir savoir jusqu’où il ira. Mais, paradoxalement, on est terrorisé à l’idée de finir comme lui.
La seconde partie sonne davantage comme une rébellion. Nous ne devons pas nous soustraire aux obligations imposées par la vie. Selon Douglas Kennedy, il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves. Cependant, cette partie tient plus d’un scénario de film que d’un récit s’inspirant de la vie réelle. Alors, bien que cela nous tienne en haleine, pendant plus de la moitié du livre, cet extrait semble irréaliste.

Pour la qualité de son écriture, Douglas Kennedy est fidèle à lui-même. Comme dans ses autres œuvres, on découvre un style simple qui permet une concentration totale sur le fond. Le récit est constitué de trois rythmes différents, un par partie : la première montre la lassitude du personnage, son envie de s’enfuir. L’écriture est lente, répétitive, à l’image du quotidien du héros. La rupture est rapide, digne d’un thriller, tout est calculé. La troisième partie est plus lente, mais cette fois-ci, elle fait écho à une respiration, comme un « je suis libre, enfin ». Cette liberté se ressent d’autant plus lorsque l’auteur nous décrit la pureté des paysages du Montana. La neige s’impose alors comme une page blanche, comme si le héros avait enfin le droit d’écrire sa propre histoire. « Un pays esseulé, qui renforçait l’impression d’avoir atteint à la géographie incommensurable, où les termes de limites, de frontières n’avaient plus de sens. »

Lucille Josse

Sources :
Critiques Libres : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/2529
Krinein : http://livres.krinein.com/homme-voulait-vivre-vie-l-/

Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin

Hygiène de l’assassin est un roman presque exclusivement composé de phases de dialogue. La version poche fait 222 pages constituées d’une écriture moyenne.

Pas de chapitre, le livre est morcelé suivant les différents dialogues que sont les quatre interviews. La partie la plus essentielle de ce roman est la rhétorique, celui-ci interroge également la façon dont la parole peut influencer le sens critique.

Le texte est créé de telle façon qu’il devient proche de la pièce de théâtre, avec, au début, une mise en contexte, puis le premier dialogue, suivi d’un deuxième dialogue, puis d’un troisième et ce n’est qu’après le quatrième dialogue qu’une dernière description du contexte est envisagée.

Prétextat Tach apprend qu’il ne lui reste que deux mois à vivre : s’ensuit une période durant laquelle il va rencontrer quatre journalistes, trois hommes et une femme, Nina. Son prénom sera d’ailleurs le seul connu parmi les journalistes, car c’est la seule qui réussira à marquer des points dans cet exercice de rhétorique.

Même si la description est relativement absente, la temporalité reste présente, ainsi, à chaque visite d’un journaliste, Amélie Nothomb nous rappelle la date, comme un double compte à rebours. Double ? Nous sommes plongés au coeur de la fin de vie de Prétextat Tach, mais aussi dans l’annonce d’une guerre imminente. Cela renforce l’attente de la fin, sera-t-elle celle du monde ou de Prétextat Tach ? Nous avons vu que ce roman traitait également de la manipulation, et, Prétextat Tach, dans cet « art », excelle : il n’est presque jamais sorti de chez lui et pourtant son aura est énorme. Tellement énorme qu’à chaque fois qu’un journaliste sort de chez lui, complètement abattu, ses collègues ne le soutiennent pas et se rangent du côté de Prétextat. Le lecteur lui-même n’arrive pas à cerner ce personnage qui oscille entre misogynie, méchanceté, réalisme presque fataliste, mépris et innocence.

Très peu de description dans ce roman, ce qui est habituel dans les œuvres d’Amélie Nothomb, et flagrant ici : la dialogue prend toute la place, même lorsque la narration par la description semblait inévitable. « Écrivain, assassin : deux aspects d’un même métier, deux conjugaisons d’un même verbe. » (p.142)

Livre composé d’une joute verbale vacillant entre manipulation, mauvaise foi et enquête policière.

Le titre de ce roman est également le titre du seul livre autobiographique et inachevé du personnage principal.

Ysé RAOUX

Liens externes :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hygi%C3%A8ne_de_l’assassin#Adaptation_au_cin.C3.A9ma

Diverses critiques :

http://www.senscritique.com/livre/Hygiene_de_l_assassin/critique/2447389

http://www.senscritique.com/livre/Hygiene_de_l_assassin/critique/42021534

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/1021

Au coeur de l’Alaska

« Le véritable sens réside dans les expériences, les souvenirs, la grande joie de vivre pleinement ». Avril 1992 : Chris McCandless part pour l’Alaska en auto-stop. Il y trouvera la mort quatre mois plus tard à l’âge de vingt-quatre ans, dans un autobus abandonné où il avait élu domicile.
C’est son histoire que le journaliste Jon Krakauer décide de nous narrer dans son roman Into The Wild : Voyage au bout de la solitude. Qu’est ce qui a poussé ce jeune homme tout juste diplômé, issu d’une famille aisé de Washington à tout quitter pour une nouvelle vie d’errance sur les routes ? Qu’était-il parti chercher au cœur des forêts d’Alaska ? Construit comme un reportage, l’auteur nous invite à enquêter avec lui sur la vie tragique et hors du commun du mystérieux Christopher McCandless. Était-il un génie incompris ? Un idéaliste naïf ? Un complet inconscient ? Le roman ne porte pas de jugement et, dans la pure tradition de l’écriture journalistique, se veut le plus objectif possible. À travers des témoignages de sa famille ou de ceux qui l’ont croisé pendant son périple vers le Grand Nord, et d’extraits de son journal, Krakauer cherche à dresser le portrait le plus fidèle possible de celui qui s’était rebaptisé lui-même « Alexandre Supertramp », ce « voyageur esthète dont le domicile est la route ».
Into The Wild emmène le lecteur dans un voyage magique à travers l’Amérique sauvage et les paysages glacés impitoyables de l’Alaska. Le récit est ponctué de citations, d’extraits d’œuvres que Chris a lu lors de son périple et qui l’ont marqué, comme celles de Jack London ou de Tolstoï. Quelque soit l’opinion que l’on ait sur McCandless, il n’empêche que ce personnage fascine et impressionne, par sa détermination et même une certaine forme de courage. Son expérience dramatique nous appelle à remettre en cause notre propre vie et nos convictions : seriez vous, comme lui, prêt à tout quitter pour vivre votre vie pleinement, jusqu’au bout ? Et qui vous en empêche ?

Into The Wild : Voyage au bout de la solitude, Jon Krakauer, éditions 10/18

Solène MARTEAU

Différentes saisons de Stephen King

Quatre saisons, quatre histoires, quatre ambiances. Le maître de l’horreur et du fantastique nous livre ici un recueil de nouvelles très différentes les unes des autres. À chaque histoire correspond une atmosphère. Espoir, éternel printemps ; Été de corruption ; L’automne de l’innocence ; Un conte d’hiver.
Si l’auteur a laissé de côté le fantastique pour les trois premières histoires, l’horreur et le suspens sont présents tout au long du roman. La réalité dans laquelle se déroule ces nouvelles est effrayante et n’est pourtant pas inconnue. Dans Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank Stephen King s’attaque à la justice américaine et dénonce, plus particulièrement, le système carcéral de son pays.
La nouvelle Un élève doué nous ramène 25 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. L’histoire d’un ancien soldat nazi y est racontée très crûment. Si le jeune adolescent à qui est destiné le récit écoute attentivement tous ses propos, le lecteur peut vite être choqué par ce qu’il lit. Mais n’en attendions-nous pas moins du maître de l’horreur ?
Après un été étouffant, l’automne nous semble bien innocent. Le corps est l’histoire de quatre garçons qui partent à l’aventure pour voir un cadavre. Le trajet sera synonyme d’apprentissage (de soi et des autres) pour les garçons et signe également le passage de l’enfance à l’âge adulte.
Le quatrième et dernier récit a valu à son auteur le prix British Fantasy de la meilleure nouvelle en 1983. Stephen King écrit sur un étrange club de lecture dont les membres aiment se raconter des histoires souvent macabres. L’un d’eux, ancien médecin, décrit sa rencontre avec une jeune patiente prête à accoucher dans n’importe quelles circonstances. Le côté surnaturel de La méthode respiratoire ne représente qu’une petite partie de l’histoire. Le reste se concentre sur le récit du personnage principal et du mystérieux club.
Plusieurs de ces nouvelles ont été adaptées au cinéma. Frank Darabont, grand fan du travail de King, a adapté la première histoire au cinéma sous le titre Les évadés (1994). Le malaise éprouvé en lisant Un élève doué se ressent également dans le film éponyme de Bryan Singer sorti en 1998. Le voyage initiatique de la troisième nouvelle a été retranscrit au cinéma par Rob Reiner sous le nom de Stand by Me en 1986.
La différence entre les histoires, très éloignées les unes des autres, peut parfois décontenancer le lecteur qui préférera, peut-être, la douceur du printemps à la chaleur pesante de l’été, ou encore la naïveté de l’automne à la froideur de l’hiver.
Comme dans la plupart de ses romans, Stephen King arrive à nous horrifier. Mais ce que j’apprécie dans Différentes saisons, c’est que l’auteur nous ramène également à nos propres peurs avec des histoires psychologiques ainsi que des personnes ordinaires aux aventures réalistes.

Camille Choloux

Sitographie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Diff%C3%A9rentes_Saisons
http://livre.fnac.com/a1590648/Stephen-King-Differentes-saisons
http://www.amazon.fr/Diff%C3%A9rentes-saisons-Stephen-King/dp/2253151491/ref=cm_cr_pr_product_top?ie=UTF8
http://www.babelio.com/livres/King-Differentes-saisons/7031
http://stephenking.com/library/story_collection/different_seasons.html
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=2495.html
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=11736.html
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=15561.html