Séances 1 et 2 (octobre novembre 2016) – médiation littéraire, numérique, identité et écriture connectée (plan de cours)

Plan de cours

Séance 1

Lundi 3 octobre  4h (8h-12h)

  1. Médiation littéraire ? – Présentation d’un itinéraire, depuis le site (1h)

materiaucomposite.wordpress.com

Me posant la
question des contenus de ces séances, tentant de faire le tri dans
mes activités constellées et liées pour tenir un propos clair, je choisis le
contre-pied à cette idée de clarté (ou de linéarité) et prends le parti de
partir de l’œil de mon cyclone, de dire un peu de cette réalité d’actions qui
est la mienne, depuis un de ses lieux de sédimentation, de traces – à savoir,
le réseau social. Je choisis twitter, où je constate privilégier les infos
strictement littéraires (alors que facebook se mêle pour ma part d’une autre
forme de sociabilité : de ceci je parle également).

Les actus toute récente : une semaine
de réseaux sociaux (défilement
du fil twitter de la semaine précédente, sur https://twitter.com/GuenaelB)
– pour faire
le récit au jour le jour d’un « métier » : médiateur littéraire
connecté.

Cela
signifie : plein de choses, dont le fil rouge demeure le lirécrire,
le lien entre écriture et lecture : écrire et lire sont liés et ce lien est
sans
cesse relancé dans notre interface de travail, le terminal (qu’il soit
ordinateur ou téléphone) : au-delà de la question de la connection
(excessive,
intempestive), réelle mais majorée symboliquement, c’est celle de cette
intrication entre la table de travail et celle de lecture, entre le téléphone
et le carnet de notes, qui relance et questionne ce rapport entre lire et
écrire.

idées maîtresse :

–DIY
les engagements personnels s’ils sont fondés, effectifs, en
rapport, génèrent, à long terme, un gain, symbolique et de connaissance – mais
pas seulement, ce gain se convertit parfois en emploi(s) rémunéré(s).

–Identité numérique

j’évoque les
recherches d’Olivier Ertzscheid et son site
affordance, je fais le récit de cet
exercice « classique » d’atelier d’écriture (que j’ai nommé « hyperportrait »,
contrainte de récit de soi / curriculum fondée sur les traces qu’on laisse de
soi sur le web).

–écrire
l’écriture est au centre, qu’il s’agisse d’être écrivain (tous
ceux que je connais vivent aussi d’autre chose, notamment de médiations,
résidences, ateliers, etc / à précarisation grandissante,
diversification
grandissante) ou « seulement » auteur – la médiation en sera
améliorée, l’animation d’ateliers d’écriture en sera bonifiée.<!– [if mso & !supportInlineShapes & supportFields]> SHAPE \* MERGEFORMAT <![endif]–>

–atelier
et web – le numérique et la présence réseaux, la publication,
sont des endroits de coopération), sont des extensions de l’atelier – et il y a
un enjeu à cet endroit : lier les deux, le numérique et la littérature, selon
des modalités variables : nous sommes si peu à animer des ateliers d’écriture
dans cet environnement, c’est trop peu (pour rappel, cet article)

  1. La question de l’écriture en atelier et de ses rapports au numérique (30 min) / identités numériques (15 min)-historique ateliers d’écriture, quatre grands principes, avec lesquels
    j’ai travaillé sous la férule de Cathie Barreau

-de l’intérêt du contexte numérique, de sa difficulté de mise en place, du changement des dits «
principes
»

-de la littérature comme ressource et moyen (autant que comme objectif – i.e :
objectif de la découvrir plus que d’en écrire).

Présentation atelier poieo exercice hyperportrait

Hyperportrait flash ( y revenir pour la prochaine fois)

(PAUSE)

3 –Cécile Portier, auteure numérique

http://livre.ciclic.fr/actualites/cecile-portier-une-auteure-en-presence-sur-ciclicfr

Une auteure numérique

C’est quoi, un auteur numérique ? Et, de surcroît, est-ce que ça existe vraiment ? La question se pose, en ces temps de mutation, de basculement (au moins) partiel et (largement) prédit d’une culture du livre vers une culture de l’écran, de ce que la numérisation accrue de nos vies y change. Elle se pose, redoublée, à l’écrivain, affecté, comme tout individu, dans ses faits et gestes quotidiens, mais aussi au cœur de son activité : l’atelier de production, les canaux de diffusion, comme les lieux de destination, d’usage, de ses textes ont déjà changé et continuent de muter. Tout écrivain, dès lors, ainsi numérisé, serait devenu écrivain numérique ? Certes non, et ce changement de paradigme global semble, dans une majorité de cas, ne pas atteindre aussi globalement l’œuvre en cours – comme si le « dehors » ne jouait pas, ou très peu, sur le « dedans », comme si l’écriture pouvait se couper du monde en son état du jour.

Or il revient sans doute, pour partie, aux poètes et romanciers de s’emparer des bouleversements du dehors, de penser l’époque, de questionner le réel – réel immédiat dont les impacts numériques modifient au moins la texture, sinon la structure. Ces façons qu’ont nos vies et leur représentation d’être simultanément altérées par cette massification de notre « mise en données » passionnent, questionnent et agissent Cécile Portier. Laquelle, usant de moyens numériques pour interroger le numérique et ses moyens, semble pouvoir être considérée, en plusieurs endroits, comme une auteure numérique.

Numériques sont en effet ses lieux de production, diffusion, de lecture. Son seul livre « imprimé », Contact, le fut dans la défunte et trop brève collection Déplacements des éditions du Seuil, repris ensuite en livrel aux éditions publie.net. Saphir Antalgos, son deuxième ouvrage, est paru directement chez publie.net. Et la majorité de ses projets sont à lire en ligne : Dans le viseur, À mains nues ou Compléments d’objets, séries ouvertes sur son blog Petiteracine.net ; dialogues (avec Juliette Mézenc, Pierre Ménard ou Philippe Aigrain) en Vases communicants (une série dialogique ouverte, d’auteurs s’invitant mutuellement, chaque mois, à publier chacun sur le site de l’autre) ; Traque traces, livre-site (réalisé avec Joachim Séné), témoignant d’une résidence d’intervention et création en région Ile-de-France.

Une auteure du numérique

L’œuvre en cours d’édification se compulse dans cet environnement – manière significative de faire d’un blog un espace éditorial autogéré et littéraire, bien loin d’un simple journal intime devenu extime. Elle ne se contente pas de s’y inscrire : elle s’y conçoit, s’y invente. Le réseau, les données, les « nuages », sont des thématiques pour Cécile Portier, autant que des moteurs, des modules voire des personnages de fiction.

Traque Traces, une fiction, en est un des plus significatifs exemples : ce site, sous-titré tous taggés, tous localisés, s’ouvre par une carte de l’Ile-de-France marques d’épingles de géolocalisation, lesquelles une fois cliquées ouvrent de courts fragments d’un texte collectif. Cette histoire variable peut se lire transversalement, en y cheminant, tel qu’en un livre numérique, selon différentes directions : on peut y suivre des personnages, des tags, ou « tracer » au hasard au cœur de cette intrigue.

Le texte, et le site, sont le fruit des ateliers menés avec les jeunes lycéens de la région. Objet de création en environnement numérique, influencé dans sa forme par cet environnement, Traque traces est le fruit d’une réflexion menée coopérativement avec ces jeunes, à propos, depuis et avec les données qui nous signalent, identifient, classent quotidiennement :

« (…) Chaque jour nous sommes, nous, êtres de chair, mis en données. Chaque jour nous produisons, en nous déplaçant, en communicant entre nous, un nombre incalculable de traces qui sont stockées, analysées, réutilisées. Chaque jour nos faits et gestes sont traduits en données, dont l’agrégation et le sens final nous échappent. Nous sommes identifiés, catégorisés, sondés, profilés, pilotés. Notre vie s’écrit ainsi toute seule, comme de l’extérieur.

C’est un constat. Il serait angoissant, désespérant, si nous n’avions pas toujours nous aussi la possibilité d’écrire notre vie. De reprendre la main sur les catégories. D’en jouer. Cette fiction a ce but. Jouer avec les données au petit jeu de l’arroseur arrosé. Écrire les données qui nous écrivent.»

Il y a, lisibles, dans ce projet, une volonté politique et interventionniste, mais également une esthétique, forgée dans les données, dessinée et non simplement décorée par elles. Y apparaît, nettement, cette autre marque de fabrique du travail de Cécile Portier : une volonté de renversement et de reversement. Une fabrique volontariste de relation entre le sensible et la machine, entre la chair et le signe : traquant sur celle-ci les effets de sa transformation en ceux-ci, elle importe simultanément en ceux-ci des émanations, des interférences sensibles, corporelles. En témoigne cette magistrale réponse à une question (« Qu’est-ce qu’Internet change à votre écriture ? ») que je lui posais, ainsi qu’à quelques autres auteurs du web, lors d’une série d’entretiens consignés sur remue.net :

« Disons qu’écrire Internet, j’aimerais que ça signifie écrire dans un espace public. Un espace ou se réunir, sans avoir à montrer patte blanche sur qui on est et ce qu’on veut. Pas de transparence. Un espace ou les individus soudain se rapprochent, se reconnaissent comme personnes. Pas de distance. Ou cette proximité neuve n’est pas aussitôt dévoyée en décryptage, ciblage, vente. Pas d’atteinte. Dit comme cela, peut-être qu’on voit mieux que c’est aussi une question politique. Et que cette question, c’est : ce que l’écriture change à Internet. »

Ré-incarnations par jeu de renversements

Enchâssée dans l’idée numérique, d’où elle s’exprime et où elle s’imprime, l’écriture de Cécile Portier ne néglige pas de prendre corps, de multiples façons. L’auteure a le goût des formes innovantes : en lectures, PeChaKuChas, mises en espaces et expérimentations scéniques (telle cette aventure partagée avec Juliette Mézenc, en résidence à La Charteuse de Villeneuve-léz-Avignon), Cécile Portier porte ces formes courtes au public, les conte, joue voire pianote (comme lors d’une performance twittée pour remue.net, en 2011).

Mais le corps est aussi au cœur de sa série Dans le viseur, suite de questions posées à des photographies trouvées : ces anonymes qui prennent la pose, que nous disent-ils en cette posture, figée par la patine du temps ? Mais aussi (toujours cette façon de renversement), qu’en est-il du photographe, corps absent de l’image ? Comment se tenait-il, et avec lui, quel hors-champ, quel dehors voisinait cette image ? Et cette question, d’incarnation imaginaire, fait fiction :

« Celui qui a caché un trésor : il n’avait pas toujours conscience de son acte, du fait qu’il soustrayait au monde quelque chose. Mais c’est son acte qui a constitué les choses en trésor. Son acte, c’était seulement un regard, sa fixation. Le déclic de l’appareil photo. Quand nous regardons ces images, il arrive que nous fassions coïncider, pour un court instant, notre propre regard avec celui qui a regardé et fixé cette scène pour la première fois. Et c’est cela, la continuité, le trésor à inventer. » (in résidence numérique, voir le billet intitulé « Quel fil pour recoudre des passés disloqués ? »)

Restituer ce mouvement fantôme, rendre cette absence, ce hors-champ, même lorsqu’il est le motif central, est ce qui l’a guidée dans cette observation réflexive sur le site de Ciclic. Face aux images d’archives animées, elle continue d’affronter le paradoxe du corps devenu trace. Un amas de vestiges, réifiés en données. Puis se questionne, en un nouveau renversement de l’ordinaire logique, sur cette « abstraction qu’est la vie ».

suite et fin

Voir aussi

Lien(s) utile(s)

 

  1. Etude de cas : la rentrée littéraire

 

Cette séquence
commence par une
interrogation, orale, non notée en deux temps. Comme nous sommes en septembre,
c’est-à-dire, pour le « monde du livre », en pleine « rentrée
littéraire »,
jusqu’à la « semaine des prix début novembre) : un phénomène à la
fois éditorial, médiatique et économique : tentons de l’observer ensemble.

Question 1
(sans documentation
extérieure, non connectée) : « Pouvez-vous citer des titres de la
« rentrée littéraire » dont vous avez eu connaissance, et
combien ?

Question
2 : « Usant du
web et de ses ressources, documentez-vous et voyez combien de titres vous
parvenez à citer, en quelques minutes ».

Le
dépouillement des titres, de leur
récurrence, et l’observation des médias utilisés pour trouver ces titres, de la
méthode usée par chacun, chacune, pour se documenter, est la base d’une
interrogation collective. Comment l’information nous parvient-elle ?
Comment allons-nous la chercher ? Que faire, comment traiter, en position
de médiateur, d’une information qui me concerne peu et dont pourtant je
ne peux pas être totalement coupé (du fait de cette fonction)?

 

 

Master 1, octobre 2016

(Les textes des étudiants sont à lire à suivre, entrée par la rubrique)

Cours Limès année 1 (octobre 2016)

SEANCE 1 – 7h, lundi 20/09/2016

  1. Médiation littéraire ? – Présentation d’un itinéraire et d’un écosystème, depuis le site materiaucomposite.wordpress.com

Twitter comme unité de mesure : la coupe sagittale – une semaine d’éctivités résumée par le réseau social.

Me posant la question des contenus de ces séances, tentant de faire le tri dans mes activités constellées et liées pour tenir un propos clair, je choisis le contre-pied à cette idée de clarté (ou de linéarité) et prends le parti de l’œil de mon cyclone, de dire un peu de cette réalité d’actions qui est la mienne, depuis un de ses lieux de sédimentation, de traces – à savoir,
le réseau social. Je choisis twitter, où je constate privilégier les infos strictement littéraires, quand mon usage de facebook est un peu plus hybride.

 

Les actus toute récente : une semaine de réseaux sociaux (défilement
du fil twitter de la semaine précédente, sur https://twitter.com/GuenaelB)
– pour faire le récit au jour le jour d’un « métier » : médiateur littéraire connecté.

 

Cela signifie : plein de choses, dont le fil rouge demeure le lirécrire, le lien entre écriture et lecture : écrire et lire sont liés et ce lien est sans cesse relancé dans notre interface de travail, le terminal (qu’il soit ordinateur ou téléphone) : au-delà de la question de la connection
(énergisante autant qu’excessive, voire intempestive), réelle mais majorée symboliquement, c’est celle de cette intrication entre la table de travail et celle de lecture, entre le téléphone
et le carnet de notes, qui relance et questionne ce rapport entre lire et écrire.

 

Passage par le site (reprendre pied, s’éditorialiser spatialement).

Mon récit
passe donc par (notamment) :

la maison gueffier
remue.net
les résidences ile-de-France
poieo numérique
Mobilis
faire(800)signes, mon récent tumblr (journal quotidien de lectures)
ma chaine mixcloud
(Et on peut en le
refaire
antéchronologiquement depuis cet endroit : https://materiaucomposite.wordpress.com/a-propos/

idées maîtresses :

DIY
les engagements personnels s’ils sont fondés, effectifs, en rapport, génèrent, à long terme, un gain, symbolique et de connaissance – maispas seulement, ce gain se convertit parfois en emploi(s) rémunéré(s).

 

Identité numérique

J’évoque les recherches d’Olivier Ertzscheid et son site affordance, je fais le récit de cet exercice « classique » d’atelier d’écriture (que j’ai nommé « hyperportrait », contrainte de récit de soi / curriculum fondée sur les traces qu’on laisse de
soi sur le web).

–Ecrire
L’écriture est au centre, qu’il s’agisse d’être écrivain (tous ceux que je connais vivent aussi d’autre chose, notamment de médiations, résidences, ateliers, etc / à précarisation grandissante, diversification grandissante) ou « seulement » auteur – la médiation en sera
améliorée, l’animation d’ateliers d’écriture en sera bonifiée.

atelier et web
Le numérique et la présence réseaux, la publication, sont des endroits de coopération), sont des extensions de l’atelier – et il y a un enjeu à cet endroit : lier les deux, le numérique et la littérature, selon des modalités variables : nous sommes si peu à animer des ateliers d’écriture
dans cet environnement, c’est trop peu (pour rappel, cet article)

 

  1. 2. La question de l’écriture en atelier et de ses rapports au numérique
    -historique ateliers d’écriture, quatre grands principes, avec lesquels j’ai travaillé sous la férule de Cathie Barreau
    -de l’intérêt du contexte numérique, de sa difficulté de mise en place, du changement des dits «principes »

-de la littérature comme ressource et moyen (autant que comme objectif – i.e : objectif de la découvrir plus que d’en écrire).

 

Ecriture

 

« S’écrire soir sur ce mode, en 30 mots, publiés quelque part en ligne – à vous de décider de l’endroit, du mode : il faut que la publication soit atteignable que vous puissiez m’en communiquer l’adresse/emplacement par courriel»

 

résultats

https://www.facebook.com/marjorie.vinel
https://fr.pinterest.com/bertleniv/
https://lesbellesmutationslittraires.wordpress.com/2016/09/19/lautobio-secrete-de-lea-gourves/
http://www.manga-news.com/index.php/membre/MikanDori
https://lesbellesmutationslittraires.wordpress.com/2016/09/19/lautobio-secrete-de-lea-gourves/
https://twitter.com/PoppiiMoore
https://fr.pinterest.com/marinegros24/
https://lesbellesmutationslittraires.wordpress.com/2016/09/19/mini-moi-anais-indart-2/
http://maxthing.tumblr.com/post/150636469932/30-mots-une-bio
https://www.facebook.com/profile.php?id=100012369432163
https://www.twitch.tv/joolsfr
https://www.facebook.com/profile.php?id=100012843640014&fref=nf
https://lesbellesmutationslittraires.wordpress.com/
https://twitter.com/Violaine992
https://www.facebook.com/Anonymaude-563541230512555/
http://pastebin.com/jj9UW6ZX
elicéC elicuL commented on Toujours Lire vers (de ma sélection Rentrez ! et d’autres merveilleuses lectures)
Un hyperportrait en version wordpress à lire : ici.

 

 

  1. 3. Etude de cas : la rentrée littéraire

 

Cette séance commence par une interrogation, orale, non notée en deux temps. Comme nous sommes en septembre, c’est-à-dire, pour le « monde du livre », en pleine « rentrée littéraire »,
jusqu’à la « semaine des prix début novembre) : un phénomène à la fois éditorial, médiatique et économique : tentons de l’observer ensemble.

 

Question 1
(sans documentation extérieure, non connectée) : « Pouvez-vous citer des titres de la
« rentrée littéraire » dont vous avez eu connaissance, et combien ?

 

Question 2 : « Usant du web et de ses ressources, documentez-vous et voyez combien de titres vous parvenez à citer, en quelques minutes ».

Le dépouillement des titres, de leur récurrence, et l’observation des médias utilisés pour trouver ces titres, de la méthode usée par chacun, chacune, pour se documenter, est la base d’une interrogation collective. Comment l’information nous parvient-elle ?
Comment allons-nous la chercher ? Que faire, comment traiter, en position de médiateur, d’une information qui me concerne peu et dont pourtant je ne peux pas être totalement coupé (du fait de cette fonction)?

 

Exemple d’une parole informée et improvisée : ma sélection rentrez !

Présentation du projet et du blog rentrez.wordpress.com

 

Une heure trente de présentation en l’état : j’ouvre la valise des 48 titres, en présente une dizaine, par le biais de lectures à voix haute.

 

Travail à faire pour la fois suivante (10-11 octobre): une parole. Enregistrez-vous : avec un téléphone, en mp3, 10 minutes de parole autour de quatre titres au moins de la rentrée littéraire, lus ou non lus.

Séance 2 — 7h, lundi 10 octobre 2016

 

1 — retour organisé sur les enregistrements produits et reçus

2 — Note de lecture : approches de « l’écriture de la lecture »

 

Un livre a étéchoisi.

Il va falloir le lire et écrire cette lecture, la documenter et documenter un lecteur sur le livre, tout en énonçant un point de vue personnel.

La spirale de Claudette Oriol-Boyer est présentée, pour explication de quelqus aspects du processus d’écriture

http://tsoubrie.free.fr/La%20spirale.htm

 

Plan de déroulement de l’exercice-atelier «écriture et publication en ligne d’une note de lecture ».

 

Que lire d’un livre, qu’écrire de ce Lire ?

 

Principe annoncé

Se documenter, et documenter en retour. Venez avec un livre. Nous tenterons, ensemble, d’en écrire quelque chose qui soit : documenté, tissé du Monde, du réseau, et des autres ; et qui soit en même temps : de vous, pleinement personnel (et verrons comme c’est, sans doute, indissociable).

 

Déroulement de l’atelier

Il ne s’agit pas d’une méthode ou d’un cours de journalisme, d’un guide de «  bien-écrire  », d’un manuel d’usage de communication (tout ceci se trouve aisément sur le web, chartes éditoriales de site et  : il s’agit, se penchant sur un livre qu’on a lu,  de traverser cette expérience fondamentale et nécessairement productrice, de la relecture, attentive, scrutative, réflexive. Et de passer, pour ce faire, par l’écriture.

 

1/ Tout est en vous, tout est dans le livre.

 
A —

 

« Attaquer le livre par son dehors : sans l’ouvrir, noter tout ce qui s’en dégage, toutes les informations données par sa couverture (première, quatrième, tranche…), titre-auteur-éditeur, résumés, exergues, design… »

 

B —

 

«  Isolez-vous et posez vous des questions durant 3 minutes, yeux fermés, sans rien écrire manuellement :
Quel souvenir vous vient de ce livre ? Quelle phrase, même imparfaitement ? Quelles images ? Quels dialogues ? Quelles idées ? Quelles sensations ? Ne notez rien.  »

 

C —

 

«  Tout ce qu´il y a à dire du livre est d’abord, déjà, là. Posez des questions au livre, dépliez l’objet, questionnez-le :
qu’est-ce qu’il y a dedans ? Structurellement : organisation, titre, sous-titres, exergue, dédicaces, parties sous-parties, quelle mode d’énonciation, quelle structure ? Quelles phrases, quelles accroches, quels incipits, quels excipits ? Quelles phrases vous ont marqué ? Quelles phrases sous restent, quelles phrases vous semblent déterminantes ? Notez, recopier. Une phrase, deux, trois.  »

 

D —

«  Relisez et reposez-vous les question d’origine, 5 minutes, avec ce matériel sous les yeux. Faites des rapports, mentaux puis écrits.  »

Retour collectif.

 

  • 2/ Tout est ailleurs, rien n’est pareil.

A — La documentation

– Cherchez, maintenant que vous disposez de vos souvenirs et d’éléments objectivement tirés du livre, cherchez tout ce que vous pouvez trouver sur ce livre sur le web, avec et sans méthode. Ramassez des citations, usez du copier-coller (en insérant un lien à chaque fois, pour ne pas perdre vos sources de vue, et pour citer en bonne et due forme.  //
N’intervenez pas autrement qu’en redisposant, et laisser des blancs.  »

 

B — La recopie

 

On constate, ensemble, lors du retour collectif, que dès lors un point de vue se constitue, on se positionne face à l’information reçue, abondante, on peut la citer ou la compléter ou contredire, depuis ses propres observations. Le but est, échappant au tout-venant, au marketing, à l’air du temps, de reprendre position d’énonciation, d’auteur de sa propre lecture (et de ses propres lectures documentaires, ensuite), car chaque lecture est unique et permet d’énoncer un propos singulier.  Les matières s’affrontent, se frottent : le su et le lu, le vu et le lu, l’objet documente mon point de vue qui le documente et re-documente avec et contre et depuis les informations autres, une spirale est en marche, l’écriture est lancée.

Le reste est affaire de temps, de sédimentation puis percolation, de tri, d’allers et retours vers le texte… et de contrainte de format, selon l’espace de publication où publier cette notice.

 

C — Retours collectifs

a — réponse à deux questions : « Où j’en suis ? Qu’est-ce qui manque ? »

 

b — observation du brouillon dans le back office du wordpress.

(Les textes des étudiants sont à lire à suivre, entrée par la rubrique)

 

 

Iouri et Kurt à l’assaut de la Bulgarie

Les cosmonautes ne font que passer – Elitza Gueorguieva

rosz-charlotte-couverture-cosmonautes-2
Source : Couverture du livre illustré par Philippe Bretelle, (photo de Charlotte Rosz)

Avant de vous parler du roman en lui-même, il me semble nécessaire de vous présenter Elitza Gueorguieva. Cette jeune femme est née en 1982 en Bulgarie, plus précisément à Sofia. De plus elle est francophone (cocorico !!!) puisqu’elle travaille à Paris depuis quinze ans. Le monde du livre ne la connaît que très peu voire pas du tout. Ceci est normal car avant d’être auteure, elle est avant tout cinéaste et performeuse. Elle a ainsi produit deux documentaires de création, son dernier film étant Chaque mur est une porte écrit en 2013. Elle fait également de la performance textuelle pour des manifestations telles que la Manifesta. Elle a aussi écrit de courts textes pour Dyonisies (publication dans le cadre du festival Hors-Limite 2015), Jef Klak et Vue sur cour (recueil de textes sur la BNF). Elle est aussi co-fondatrice du collectif de performance chôSe.

Revenons en à l’auteure et donc au livre puisque c’est tout l’objet de cet article subjectivement critique. Ainsi Les cosmonautes ne font que passer a été publié aux éditions Verticales en cette rentrée littéraire 2016. Ce roman assez court (184 pages) se précise comme le premier roman de l’auteure. Malgré sa jeune carrière littéraire, Elitza a vu son roman être nominé pour le prix de la page 111 (mais n’a pas remporté le prix). Ce prix assez délirant s’inscrit parfaitement dans le ton parfois humoristique de ce roman.

Et voici le moment que vous attendiez tous ! Que ce passe-t-il dans ce roman ? Beaucoup de choses :

a) on est en Bulgarie,
b) dans les années de l’état soviétique puis dans l’ère post-soviétique,
c) et l’on suit une jeune fille âgée de sept ans.

Vous vous demandez pourquoi une telle forme stylistique pour vous donner le gros de l’histoire. C’est de cette façon que cette jeune fille décompose le monde qu’elle perçoit. Et le lecteur assiste durant l’histoire tout d’abord à l’évolution de cette fille à travers sa jeunesse jusqu’à la fin de son adolescence, mais aussi au changement du monde qui l’entoure. Que ce soit dans l’aspect culturel, politique ou encore dans la vie de la ville.
Elle vit donc dans une époque communiste où elle rêve de devenir cosmonaute comme Iouri Gargarine puis connaît l’importation de la culture américaine notamment à travers la musique rock et Kurt Cobain. Cette transition se retrouve par ailleurs très symboliquement sur l’illustration de la couverture du livre. En parlant de cette couverture, elle fonctionne assez bien pour attirer l’attention du lecteur sur l’objet.

C’est donc une histoire très personnelle puisque le traitement du point de vue de cette fille se traduit par l’utilisation de la seconde personne du singulier, autrement-dit par « Tu ». Au contraire de cette personne qui a posté son avis sur Senscritique, il ne faudrait pas voir cette approche stylistique comme un défaut mais plutôt comme une force. Une force car elle implique fortement le lecteur dans l’expérience que se fait cette jeune fille par rapport au monde qui l’entoure. Mais tout cela se fait dans une naïveté apparente afin adoucir toutes les situations sérieuses que la fille rencontre dans ce roman. Cette innocence est aussi mise en avant par des situations hilarantes et bienvenues.

Ainsi l’auteure aborde plusieurs choses dans ce livre. La plus évidente étant la jeunesse et ce regard particulier sur l’environnement selon l’âge. Elle traite aussi de cette vie vécue en Bulgarie (n’oublions pas que Elitza Gueorguieva a aussi vécue dans ce pays) et dont le roman pourrait alors s’apparenter à un mélange de fiction et d’archives. Mais le thème le plus révélateur semble être la façon dont la politique et sa culture (communiste ou américaine) influence la vie d’une personne et ses rêves. Par ailleurs, une fois lu le livre dans son intégralité, on peut voir que le titre Les cosmonautes ne font que passer reflète bien ces thématiques et correspond tout à fait à ce qu’à voulu raconter l’auteure.

En bref, c’est un superbe premier roman où l’on peut découvrir une certaine idée de la vie en Bulgarie s’inscrivant dans l’Histoire européenne connue de tous. De plus, ce livre est très facile à lire et surtout le plaisir de la lecture est là ! On espère donc qu’elle continuera son travail d’écriture et si possible y retrouver la fraîcheur et le caractère désopilant de ce texte.

« Quelques jours plus tard c’est officiel : le Père Noël, en fait, n’existe pas. Tu apprends cela à l’école, en manifestant ton indignation face aux nouveaux changements, à la suite de quoi plusieurs camarades de classe te confirment la chose. Tu paniques et tu cours vers Constantza pour lui annoncer la nouvelle, qu’elle n’a pas l’air d’entendre pour la première fois. Tu es affectée d’apprendre qu’elle s’en doutait depuis longtemps et qu’il n’y a que toi pour croire encore au Père Noël à l’âge de huit ans, te dit-elle avec condescendance. Ayant pisté la trace des colis, elle s’était aperçue que ceux du nouvel an n’arrivaient ni de Sibérie, ni de Laponie mais de Grèce comme tous les autres ; te le dire aurait brisé tes rêves, te dit-elle en te prenant dans ses bras et tu te rappelles sur-le-champ que c’est ton amie éternelle à qui tu pardonnes tout. »

À retrouver le livre sur le site de l’éditeur ou plus directement ici.

Une très courte interview de l’auteure est également disponible sur ce lien, un article intéressant s’y trouve aussi sur le site de l’Humanité. Retrouvez-la aussi dans l’émission Danse des mots sur RFI.

Auteur : Pannetier Maxime

L’art de revenir à la vie de Martin Page

Le roman de Martin Page L’art de revenir à la vie, paru chez Seuil en 2015, se laisse découvrir par une couverture lisse, douce à toucher. Visuellement, on remarque le design bien reconnaissable de la collection Cadre Rouge du Seuil. Jusqu’à présent, rien de particulier ne se dégage de ce roman. Cependant, cette première impression disparaît rapidement après avoir entame la lecture de L’art de revenir à la vie. En effet le vide de la couverture tranche de manière surprenante avec la richesse et l’abondance d’images que procure le récit de Martin Page au lecteur.

Le style de Martin Page est sobre, très imagé. La langue est vivante, suscite des images accompagnées de phrases rythmées, dynamiques. L’histoire, quant à elle, est prenante. Ce récit à la première personne s’apparente à une autofiction. Le narrateur nous invite dans son quotidien d’écrivain en galère, qui peine à joindre les deux bouts. Il reçoit une proposition d’une productrice qui lui propose d’adapter un de ses romans au cinéma. Hésitant à accepter, il revient temporairement à Paris pour mener à bien le projet. Dans la capitale qu’il connaît bien, il loge chez un couple d’amis : Joachim et Farah. Joachim est un artiste sculpteur, qui a façonné une œuvre curieuse nommée « Machine à remonter le temps ». Cette œuvre porte bien son nom, puisqu’elle permet miraculeusement à Martin de revenir dans le passé, et de rencontrer son moi de douze ans.

Afficher l'image d'origine

Le roman de Martin Page narre ainsi la rencontre entre son moi adulte et son moi adolescent, et plonge le lecteur dans une certaine nostalgie. En effet, lors de la lecture de L’art de revenir à la vie, je me revois assise dans mon lit dans la maison familiale, munie d’une tasse de café dans la main. Je me souviens de manière précise dans quel état j’étais lors de cette lecture, et à quel point la nostalgie de mon enfance m’a rattrapée. D’un coup, je me suis retrouvée quelques années en arrière dans ma chambre d’adolescente à Paris en train de dévorer mes livres de chevet. Une nostalgie s’est emparée de moi, et je me suis complètement identifiée au narrateur, il n’y avait plus de barrière entre lui ou moi. Tout était confondu, les barrières du réel et de la fiction se sont complètement effacées. Avec le recul, je me rends compte que c’est cette expérience de la lecture que je préfère. C’est celle qui me permet un retour à moi, une introspection, et qui me plonge dans une autre dimension où le temps et l’espace sont suspendus. L’Art de revenir à la vie traite de cette nostalgie, et de ce dialogue avec soi-même. Les passages les plus marquants, pour moi, sont ceux où le narrateur retrouve son double de douze ans. Une certaine poésie s’échappe de ces lignes. Puis, cela me fait réfléchir. Et moi, que dirais-je à la petite fille que j’étais ? Serait-elle fière de moi, de nous ? Le roman de Martin Page montre à quel point l’enfance est un moment fondamental de notre existence, et à quel point la nostalgie a parfois un poids trop lourd sur nous, et comment on se raccroche sans cesse au passé.

« Le passé frappe souvent à la porte. Il n’est pas seul responsable de mes crises d’angoisse et de ma collection de névroses (hypocondrie, phobie sociale, cyclothymie, peur de finir à la rue, de mourir de faim et de froid, défaitisme narcissique), mais il n’arrange pas les choses. L’enfouissement a échoué. L’homme que je suis est constitué par les expériences de l’enfance et de l’adolescence, et il est contrôlé par elles. J’ai trop souvent l’impression d’être le golem de mon passé. Chacun de mes actes et chacune de mes pensées est sous l’influence des peurs et des douleurs de mon enfance et de mon adolescence. Chacun de mes actes et chacune de mes pensées est aussi sous l’influence des joies, des plaisirs et des forces de mon enfance -mais évidemment le négatif sait mieux se faire entendre. Je peux d’autant moins m’en débarrasser que je tiens à être fidèle à ce passé. Je tiens à ne pas l’abandonner. Je veux me réchauffer et le guérir. »

Les pouvoirs de la machine à voyager de Joachim dans l’Art de revenir à la vie permettent cette rétrospection, et le roman de Martin Page possède cette même fonction.

Les dialogues entre le moi jeune et le moi permettent de faire avancer les réflexions de l’auteur. Cette dialectique ressemble à s’y méprendre à celle du maître et de l’élève, mais on voit bien que tout est chamboulé. On se rend compte très vite que l’adulte a beaucoup plus à apprendre de l’enfant, et que ce dialogue apporte un profond changement de son regard. Ce roman pose la question de la dualité, de la nostalgie et l’enfance. Ainsi, l’Art de revenir à la vie de Martin Page est un roman sincère, à la fois léger et riche, qui suscite des émotions fortes grâce à des thématiques qui me touchent particulièrement.

Léa Gourvès

Kent Haruf – Nos âmes la nuit (fini)

« Et puis il y eut le jour où Addie Moore rendit visite à Louis Waters. C’était un soir de mai juste avant qu’il fasse complètement nuit ».

Afficher l'image d'origine

Nos âmes la nuit, c’est l’histoire d’un lent renouveau, d’un amour naissant entre deux veufs septuagénaires remuant la paisible petite ville de Holt, au Colorado.

Addie Moore vient trouver Louis Waters pour lui faire une proposition déroutante : passer leurs nuits ensemble, côte à côte dans le même lit, à discuter.

« Soudain le noir se fit, avec seulement l’éclairage de la rue qui baignait la chambre d’une lueur pâle. Ils parlèrent de choses anodines, histoire de faire connaissance, évoquant les menus événements ordinaires de la ville, la santé de Ruth, la vieille dame qui habitait entre leurs deux maisons, le pavage de Birch Street. Puis ils se turent. « 

Dépassés les tâtonnements timides, naît une relation intime et platonique qui quant elle se fait savoir agite le quartier : les habitants sont déroutés, cancanent, n’admettent pas qu’une rencontre amoureuse soit possible quand il est l’âge de mourir confortablement. Lorsque Jamie, le petit-fils d’Addie, vient habiter chez sa grand-mère pour être protégé du divorce de ses parents, les propres enfants des deux veufs, indignés, s’en mêlent à leur tour : l’amour est  comme empêché, puis interdit. Cependant, bien que constamment perturbé par la bien-pensance et l’égoïsme des autres, l’amour de Louis et Addie saura trouver les ressources nécessaires pour ne pas faiblir.

Après Le chant des plaines, Colorado blues et Les gens de Holt County, Nos âmes la nuit est l’ultime roman de Kent Haruf, publié aux Etats-Unis quelques mois après sa mort en 2014. Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, le livre est imprimé à Paris en août 2016 aux éditions Robert Laffont. Là encore, il propose une intrigue rapprochant des personnages secoués par des grandes peines et des petits bonheurs simples. L’écriture est franche, sans fard ; la phrase est courte et percutante. Les dialogues ne sont pas introduits, pour rester au plus près des dires des personnages; qui ne sont d’ailleurs appelés que par leurs noms, ne sont pris que pour leur essence. L’auteur ne pénètre pas les pensées intimes des protagonistes ; il s’attache à retranscrire de manière factuelle leurs échanges oraux, leurs doutes, leurs émois, leurs chagrins et le partage de leurs souvenirs. Le livre fonctionne comme une sorte de huit-clos, intimiste et à la fois détaché, pudique.

L’expérience de lecture m’a été agréable : le mince roman (180 p.) se lit d’une traite, non sans bousculer et émouvoir. La douceur est perceptible depuis l’apparence-même du livre : Robert Laffont a opté ,pour ce huitième roman de l’auteur édité au sein de leur maison, pour une couverture lisse affichant une photographie d’une longue route américaine, fendant un paysage crépusculaire aux couleurs chatoyantes. L’objet est agréable au toucher, l’écriture aérée par des vides équivoques, qui font entièrement partie du récit puisqu’ils fonctionnent tantôt comme des respirations, tantôt comme des sauts narratifs, des ruptures.

Kent Haruf livre en somme un récit attendrissant, qui pose un regard profondément optimiste sur le renouveau possible qu’offre la vieillesse, qui n’est plus seulement synonyme de solitude et de dégradation du corps. Je l’ai perçu comme une notice d’humanité, emplie de délicatesse. Un livre qui montre les tentatives maladroites d’apprivoisement de l’autre, l’allègement du poids du passé quand il s’agit de s’autoriser à aimer à nouveau.

Ce roman bénéficie d’une relative visibilité et la critique s’enthousiasme : son succès est relayé par des articles de rubriques spécialisées ou non, tels que le mot d’Alexandre Fillon, journaliste à l’Express, parlant d’un « roman déchirant, un pur bijou ». D’autres, comme la rédactrice Mélanie Talcott du blog Lacauselitteraire, reconnaissent les qualités littéraires du roman tout en partageant leur scepticisme face à l’espoir naïf que pourrait apporter la vieillesse :

Il y a quelque chose d’éminemment pathétique à vouloir en jouir aussi tardivement, comme si cela suffisait à effacer l’ardoise de nos compromis. La vieillesse n’est nullement synonyme d’éveil à soi-même par on ne sait quel sursaut rédempteur d’appétit de vivre. On s’y conforme ne pouvant faire autrement, tout en arguant que l’âge extasié par son expérience accumulée fait le lit de la sagesse, même la plus imbécile. Pour la plupart, vieillir signifie additionner les regrets et courtiser cette nostalgie particulière qui, sous les paupières flétries de multiples assoupissements, s’invente déjà d’autres vies. Sans doute est-il plus facile de renoncer à ce que l’on imagine plutôt qu’à ce que l’on a connu. Mue par une ambiguïté sacrificielle, Addie optera pour les menus tristes d’une « résidence médicalisée » nous laissant en bouche le goût amer de la complicité éphémère de deux misères.

L’Homme ne vieillit pas, il triche. Il devient adulte, croit en ceci ou en cela, se bat pour ceci ou cela, en meurt même, mais il garde toujours son âme d’enfant.

Cependant, tous sont unanimes sur un fait : Kent Haruf, pour son ultime roman, livre avec une grâce infinie l’histoire d’un amour entre deux solitudes dans ce qu’il peut avoir de plus doux comme de plus amer, un amour tardif qui sait surpasser les ratages jalonnant l’existence, le tout composé avec une écriture juste et bouleversante.

 

 

 

 

 

Anaïs INDART

Nos âmes la nuit de Kent Haruf, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff, éd. Robert Laffont, 18 €.

Où trouver le livre : http://www.laffont.fr/site/nos_ames_la_nuit_&100&9782221187845.html

Nina Yargekov, Double Nationalité

Nina Yargekov « écrit dans l’espoir de devenir espionne, même si elle ne se fait guère d’illusions sur la crise structurelle qui frappe les services secrets depuis la chute du mur de Berlin », elle adore les boîtes de rangement et le Code civil est son œuvre de fiction préférée. C’est du moins ce qu’on peut lire de sa biographie sur le site de POL, maison d’édition qui a publié tous ses livres, et notamment Double Nationalité, son troisième roman, paru en Septembre 2016.

Double Nationalité raconte l’histoire d’une jeune amnésique en quête de réponses quant à son passé. Elle se réveille dans un aéroport, et commence une « autoperquisition » : elle remarque qu’elle est « maquillée comme une voiture voilée », qu’elle porte un diadème et part du postulat qu’elle est sûrement une prostituée. Dans son sac à main, se trouvent deux passeports, l’un français, l’autre yazige (ne cherchez pas, à savoir quel est ce pays, de toute façon personne ne sait où c’est). Née à Lyon de parents yaziges, elle est une « immigrée de deuxième génération ». A partir de là, se pose la question de l’identité nationale : se sent-elle plutôt française, ou plutôt yazige ?

En découvrant son appartement, et après avoir secrètement espéré être une espionne plutôt qu’une prostituée, elle découvre finalement qu’elle est traductrice-interprète. Beaucoup moins fun. Elle n’a même pas de mari, elle qui s’apprêtait à lui passer un savon parce qu’il n’a pas daigné aller la chercher à l’aéroport…

Dans sa correspondance, elle annonce à sa famille restée en Yazigie qu’elle ne supporte pas la vie en France, et à son amie française qu’elle déteste la vie yazige. Mais à qui ment-elle?

C’est à partir de cette trame, complètement loufoque, que la narratrice part dans un questionnement intérieur sans cesse renouvelé par de nouvelles hypothèses, qu’elle affirme et infirme de nombreuses fois, en quête de son identité propre, aidée par ses deux compagnons, la peluche Petitetaupe et le basilic polonais.

Nina Yargekov déclare sur le site des inrocks:

La charge autobiographique est bien sûr forte dans ce livre. C’est lors d’un voyage en train en Transylvanie que, voyant mes deux passeports, français et hongrois, posés devant moi, je me suis dit qu’il me faudrait écrire un livre qui questionne plus qu’il n’apporte de réponses.”

L’auteure pose, en effet, la question de l’immigration et de l’intégration en toile de fond de son roman. Sur un ton impertinent, la narratrice, Rkvaa Nnoyeig tente de déconstruire le discours politique sur la migration, et de questionner le lecteur sur les notions de nationalisme et d’intégration. D’ailleurs, qu’est-ce que ça signifie « immigré de deuxième génération » ?

« 1. Immigré veut dire: qui a quitté sa terre natale A pour s’installer dans un pays d’accueil B. De deuxième génération suppose: même condition, mode de vie ou profession que les parents. Petit problème: l’enfant d’immigré se trouve dans l’incapacité absolue de quitter le pays A pour le pays B.

2. A la rigueur, immigré de deuxième génération pourrait signifier né dans un pays B de parents originaires d’un pays A et parti s’installer dans un pays C. Donc il faudrait le réserver aux dynasties de grands voyageurs, papa maman pratiquaient le camping en yourte modulable et j’ai le même mode de vie, c’est un tour familial accompli sur plusieurs générations.

3. Immigré de deuxième génération est utilisé par opposition aux primo-arrivants. L’enfant serait un secondo-arrivant : il est né dans un pays B mais attention, sa naissance est en soi un voyage, un franchissement des frontières. L’utérus de cette femme au gros ventre qui hurle avec un fort accent serait le pays A. La table d’accouchement serait le pays B. Quand la tête du bébé paraît, c’est l’émigration: il n’est pas encore né mais il est déjà en train de quitter sa terre natale, c’est qu’il est très fort ce bébé. Quand on le pose sur la table d’accouchement, c’est l’immigration : il vient d’arriver dans sa nouvelle patrie, salut à toi petit étranger.

4. Est-ce qu’on dirait Sourd de deuxième génération pour un enfant né entendant de parents Sourds ? Pourtant lui aussi a des parents bizarres et différents, avec une langue culture qui ne sont pas celles de la majorité, et qui la lui transmettent, partiellement ou intégralement.

5. Conclusion : immigré de deuxième génération, au vide-ordures discursif. Il convient d’utiliser enfant d’immigré ou personne d’origine étrangère. Ouais, tout ça pour ça. Javelot étincelant »

 

C’est en adoptant ce ton décalé que la narratrice nous fait part de sa quête identitaire.  Écrit à la deuxième personne du pluriel, manière de s’adresser autant au lecteur qu’à elle-même, il ne faut pas se laisser décourager par le style de l’auteure : phrases (très) longues, peu de ponctuation; et parfois, phrases courtes, averbales. C’est tout le génie de Nina Yargekov, qui représente la dualité de son roman jusque dans l’écriture. Dualité qui renvoie au titre du roman, bien sûr, mais aussi au discours complètement schizophrène de Rkvaa et même à la structure du roman : une partie se déroule en France, une autre en Yazigie.

Bref, trop difficile à résumer, ce roman gagne à être lu. Complètement désopilant (on vous parlera d’alcoolisme des plantes d’intérieur, un phénomène trop mal connu, pour tous les racistes intelligents qui souhaiteraient agresser des étrangers, on vous conseillera efficacement quelles victimes choisir…), ce roman est à lire absolument !

Violaine Piquet

 

Les deux pigeons, une fable contemporaine

https://i0.wp.com/www.blog-des-arts.com/sites/default/files/imagecache/photo/photos/deux_pigeons.jpg

Une couverture simple pour une histoire simple.

Dans son troisième roman Alexandre Postel expose la vie de Dorothée et de Théodore, un couple de moins de trente ans qui vient d’emménager ensemble. On suit au fil des pages les petits tracas quotidiens de ces deux jeunes adultes qui expérimentent ensemble et à leur rythme la vie de couple et la vie en général. Ici pas de grande aventure ni de rencontres loufoques, rien que leur vie ordinaire dont ils tentent de ne pas se lasser et de s’accommoder. Seulement si leur vie est si simple en apparence elle l’est beaucoup moins à leur échelle et rapidement tout un tas de question les assaillent. Ont-ils fait les bons choix ? Leur nouvel appartement est-il vraiment celui qui leur correspond ? Pourquoi faire le ménage alors que la poussière revient inlassablement ? On fait quoi à manger ? Faut-il fonder une famille ? De toute façon c’est ce que tout le monde attend d’eux, non ?

Et puis n’étaient-ils pas censés vivre ensemble ? N’étais-ce pas ce qu’on attendait d’eux, ce qu’il désiraient eux-même confusément depuis qu’ils rêvaient à l’amour – une vie à deux, un grand lit, un havre de paix et de tendresse, un nid où ils pourraient se reposer des tracas de l’existence ? Un lieu où la lumière serait plus fine qu’au-dehors, où la musique des jours serait plus gaie et le sommeil plus profond ?

Le ton léger utilisé par Alexandre Postel fait de son roman Les Deux Pigeons une fable des temps modernes sans pour autant être moralisateur, il dresse le portrait d’un couple ordinaire appartenant à une génération considérée comme « pigeonnée », adepte de la consommation rapide, qui se lasse de tout et en perpétuelle recherche de nouveauté. Comme la plupart des jeunes des « années 2000 », Dorothée et Théodore

Mais les jeunes d’aujourd’hui ne savaient plus ce que c’était que l’amour, l’engagement, les responsabilités : narcissiques et connectés, ils changeaient de partenaire comme on change de chemise.

Pour autant, sous la plume de l’auteur il devient difficile de juger ces deux jeunes adultes, perdus dans le tumulte de la vie, on les prend en pitié, on les regarde avec un air tendre et on se met à leur espérer une vie plus douce et plus calme.
Au fil des pages défilent les années et les questions mais pour autant l’amour que se portent Dorothée et Timothée reste aussi fort, chacun avance à son rythme, le but du couple étant de rester souder et d’être heureux ensemble. Et quand les moments de doute deviennent trop forts, il suffit alors d’un petit détail, un petit événement qui vienne à leur rescousse, leur rappelant pourquoi ils s’aiment et pourquoi ils continuent d’évoluer ensemble, à leur rythme, sans se soucier de l’avis de leurs familles et amis. Un peu comme des escargots, nos deux amoureux poursuivent leur route inlassablement.

Était-ce là qu’il allait demeurer ? Se serait-il trompé ? Un gouffre se creusait dans sa conscience : était-ce vraiment ce qu’il désirait, se mettre avec une fille, s’installer, bourgeoisement ? N’avait-il pas d’autres rêves – partir pour l’Amérique du Sud, s’engager dans la Marine ? Ne connaîtrait-il jamais d’Iraniennes aux yeux verts et de Mexicaines qui, après l’amour, lui caresseraient le torse en l’appelant Papi ?
L’agent immobilier leur ayant précisé que les précédents occupants étaient un jeune couple, Théodore en avait spontanément déduit qu’ils s’étaient séparés. Pourquoi, parmi toutes les explications possibles, privilégier celle-ci plutôt que l’hypothèse d’une mutation, d’un héritage ou d’une grossesse, sinon parce qu’il redoutait cet emménagement ?
Ses jambes vacillaient, il dut s’adosser au chambranle de la porte. Alors il entendit dans l’escalier le pas de Dorothée ; elle portait un carton de livres ; il la vit arriver, essoufflée, souriante, le regard animé, une mèche de cheveux collée au front : elle ne lui avait jamais paru si belle ni si heureuse. Il respirait de nouveau. Elle n’avait pas de doutes, elle. C’était son avis qui comptait désormais, pas celui de sa vieille mère ; et il était bien content d’avoir en quelque sorte quitté l’une pour l’autre.
Alors il crut deviner ce qu’éprouvait sa mère, un sentiment d’abandon, de frustration, d’impuissance, et le désir lui vint de prendre les deux femmes entre ses bras, en un geste viril et doux. Mais il restait encore des cartons à monter.

Si vous recherchez un livre simple et à la fois tendre et touchant alors je vous conseille vivement de lire Les Deux Pigeons. Les deux héros de cette fable contemporaine ne vous apprendront pas forcément des vérités de la vie et vous n’aurez pas de révélation par rapport à ce que vous pouvez attendre du futur mais suivre leur vie tranquille nous apporte un lâcher-prise intéressant et instructif ; même en n’étant pas d’accord avec nos deux héros, leur histoire nous enrichit et peut-être qu’elle pourra nous éviter les mêmes doutes et questionnements face à l’avenir.

 

Bertille Vinel