Séance 1 – (faire connaissance) : se lire soi en train de lire.

(Lire, écrire, en numérique)

Séance 1 – (faire connaissance) : se lire soi en train de lire.

Séance inaugurale d’un cycle de trois : présentation de notions : médiation littéraire (par le détail des activités de médiateur littéraire de Guénaël Boutouillet), liens serrés entre lecture et écriture, nécessité de penser par l’écriture son rapport à l’écriture et à la lecture, et plus largement, son énonciation de soi dans un contexte professionnel (l’écosystème du livre), et dans un environnement numérique mouvant.

1 – présentation(s)

… de chacun, de l’endroit d’où se formule ce cours, et de ses problématiques.
Appel, inscription par adresses courriel, invitation au blog formationslirecrire.wordpress.com/ , tour de table ouvert pendant les inscriptions : il est demandé aux étudiant(e)s

2- Comment c’est commencer (un livre) ?

Nous travaillons avec la question de que Jasmine Viguier s’est posée dans le cadre d’un dossier qu’elle prépare pour Mobilisons, revue de Mobilis, autour du mot « commencer ». Me disant que de parler de sa lecture, de son rapport à la lecture peut- être une bonne entrée en matière, d’écriture, d’énonciation, de publication, je soumets sa question, en version improvisée, changée, aux étudiants :

« – Quel état d’esprit vous habite alors que la première page n’est pas encore tournée, alors que vous prenez l’objet dans vos mains ? Qu’est-ce que vous en attendez ?
– Qu’est-ce qui retient votre attention (poids, la taille, le nombre de page, le graphisme de couverture, rien de tout ça…) ?
– Dans quelle situation/position aimez-vous commencer un livre : au calme chez vous, en transport, le soir, le matin etc… ?»

C’est donc l’exercice d’écriture, d’une écriture envisagée comme exploratoire et énonciative, pour poser des faits et des représentations d’où seront bâties les réflexions à venir.
Les textes sont à lire ici (en dessous).

 

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Les livres tombent du ciel

Une pile de lives trône sur mon bureau. Un marque-page est glissé dans la moitié d’entre eux. Ils sont arrivés au fur et à mesure sans que je m’en aperçoive.

Tout a commencé dans une petite brocante, endroit idéal pour trouver des ouvrages d’occasion. Je parcours des yeux les étagères remplies d’histoires plus ou moins passionnantes, prend le temps de regarder la couverture et le titre de chaque livre. Je fais le tour une fois. J’ai en déjà repéré quelques uns. J’en prends deux et les compare : la couverture, l’état, la quatrième de couverture, l’auteur… J’y passe un temps fou sans même m’en rendre compte. Je souhaite me détourner du fantastique pour découvrir de nouveaux genre. Enrichir mes lectures par des auteurs moins abordables au premier abord. Je finis par choisir Anna Karénine de Tolstoï et le Seigneur des anneaux de Tolkien. J’ai donc encore craqué pour le genre fantastique mais j’ai une excuse : mon auteur préféré s’est inspiré de l’univers de la Terre du milieu pour écrire ses romans. J’aime l’aspect de la vieille édition poche et me sent revigorée par la promesse de ces lectures. La couverture d’Anna Karénine est très élégante et j’espère réussir à achever le récit, ce qui est, aujourd’hui encore, incertain.

Une fois rentrée, je ne peux m’empêcher de m’installer sur le canapé pour commencer ma plongée dans l’univers des mots. C’est plus fort que moi : que je revienne de la bibliothèque ou de la librairie avec un roman, une BD ou un manga, il faut que je le lise, le feuillette, que je m’assure que je l’ai bien choisi ! Ainsi, j’inspecte une dernière fois la couverture d’Anne Karenine, essayant de deviner à l’avance l’ensemble de l’histoire. Je fais tourner les 500 pages et retourne à la page 1. J’y suis.

Bien qu’absorbée dans l’univers mondain russe, une voix me souffle que Tolkien m’attend et qu’il est surement aussi intéressant que Tolstoï. Arrivée à 20 pages, je n’y tiens plus. Je comprends à présent l’atmosphère du premier livre, il me faut attaquer le deuxième. Je ferme Anna Karénine et ouvre le Seigneur des anneaux. Nouveau monde, nouvelle histoire, nouveaux sentiments.

L’ambiance des livres est appréhendée. Quand j’ouvre Tolstoi, une ligne me suffit pour me souvenir, me retrouver avec les personnages et ressentir leurs émotions. Si je le ferme et que j’ouvre le Seigneur des anneaux, une ligne me suffit pour replonger dans la Terre du milieu.

Mais, ô malheur ! Une promotion à la librairie sur les livres de poches ! Me voilà armée de trois nouveaux romans ! La couleur des sentiments de Kathryn Stockett arrive sans arrêt à mes oreilles et se trouve à la bibliothèque ! Mon esprit se trouve alors aux quatre coins du monde : dans la Russie du XIXe siècle, dans la Terre du milieu, au Mississippi des années 1960, dans la tête d’un homme qui ne s’aime pas… 

Ophélie

Entre Max et Benjamin Button, mon cœur balance…

Max et Benjamin ?! C’est qui ?

  • Max, Sarah Cohen-Scali, Éditions Gallimard

Roman pour ados qui débute alors que le héros n’est pas encore né. On suit sa vie de fœtus, puis de bébé, d’enfant, d’adolescent.

Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler.
Des femmes et des soldats SS ont été sélectionnés afin de mettre au monde de purs représentants de la race aryenne.

  • L’Étrange histoire de Benjamin Button, David Fincher, 2009

Ce film raconte l’histoire d’un homme qui est né à 80 ans et vécu toute sa vie à l’envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps.

Adapté d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit les tribulations de Benjamin, de 1918 à nos jours.
Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames…

Livres commencés par le début

  • Tous les livres qui n’ont pas des titres bizarres, flous, sans quatrième de couverture, avec une couverture évasive
  • Toutes les sagas connues (car il y a forcément du suspens, une suite et donc une fin en queue de poisson !)
  • Tous les livres policiers (histoire de ne pas connaitre le nom du meurtrier avant celui de la victime !)

 

 Livres commencés par la fin

  • Les Yeux jaunes des crocodiles, Katherine Pancol, Éditions Albin Michel

Pourquoi ce livre ? Tout le monde en parle
Pourquoi commencer par la fin ? Titre qui ne signifie rien, ne désigne rien de particulier. Aucune indication sur le genre, le récit, l’époque… La quatrième de couverture laisse totalement dans le flou.
Résultat ? Échec total. Une fin qui ne m’a pas plu. Donc je ne l’ai jamais lu

 

  • L’Échappée belle, Anna Gavalda, Éditions Le Dilettante

Pourquoi ce livre ? C’est un cadeau
Pourquoi commencer par la fin ? Titre très large, couverture très belle… Mais rien en quatrième de couverture.
Résultat ? Une fin magnifique : Je l’ai lu et adoré !

 

Léa Bricou

Commencer un livre : la découverte avant l’ouverture

Quand je commence un livre, je regarde d’abord sa couverture. Elle est pour moi la première page du livre, la première page qui nous apprend quelque chose sur ce qu’on est sur le point d’ouvrir. Elle est aussi importante que la quatrième de couverture, qui serait la seconde page.

Je ne peux pas commencer un livre sans passer par ces deux pages. Elles sont pour moi indispensables, ce sont elles qui m’aident à prendre une décision. La question étant : j’ouvre ce livre ou non ? La couverture me permet d’en apprendre plus sur les personnages, même si parfois ces informations sont en total désaccord avec l’intérieur du livre. Souvent, je regrette de m’être si vite fait une opinion, une image des personnages par le seul biais de la couverture. Quel est l’intérêt de s’imaginer l’héroïne blonde s’il est précisé dans sa description qu’elle est brune ? Il est trop tard, le mal est fait. Un simple coup d’oeil à l’objet livre lui-même et l’image qu’on se fait du personnage est biaisée. La quatrième de couverture est également un passage obligé avant d’ouvrir un livre. C’est elle qui détermine si le livre doit être ouvert aujourd’hui ou plus tard, c’est grâce à elle que je choisi. La quatrième de couverture répond à ma question : est-ce que j’ai envie de lire ça aujourd’hui ? Elle permet de se faire une idée de ce que l’on va trouver dans le livre. Parfois le résumé est un peu vague, ce qui ne me permet pas de me décider à ouvrir vraiment le livre. Parfois il est un peu trop généreux en informations, et l’intérêt de lire un livre dont on a presque déjà compris les rebondissements ne me paraît pas réjouissant. Parfois j’ai envie de surprises et parfois la sécurité prévaut, quitte à commencer un livre dont j’ai déjà tout découvert, un livre que je peux redécouvrir. Je commence souvent des livres, j’observe leurs couvertures, je lis leurs quatrième, mais je ne les ouvre pas.

Ils n’étaient pas fait pour moi aujourd’hui.

Lisa

Comment je commence un livre ?

Comment je commence un livre ?

Bonne question.

À vrai dire, je ne me l’étais jamais posée, alors de but-en-blanc, comme ça, je dirais par la quatrième de couverture. Mais en y réfléchissant un peu plus, la quatrième n’est pas seule à déterminer mon choix. Elle compte, évidemment, mais je me souviens d’une fois où j’avais lu une quatrième de couverture, décidé de lire le livre qui avait l’air d’être très bien, et qui au final s’est révélé n’avoir rien à voir avec un pseudo résumé : peut-être une erreur qui sait ? Je ne me souviens absolument pas de quel livre il s’agissait : seule cette histoire de quatrième de couverture complètement, désolée, à côté de la plaque m’a marquée. Alors maintenant, je crois que je fais autrement.

Oui c’est sûr et je l’avoue bien volontiers, je continue à les lire ces fameuses quatrièmes… Mais je regarde aussi et surtout les pages intérieures : j’ouvre le livre, je prends en général les premières pages, et je lis. J’arrête, je vais au milieu du livre, je lis quelques phrases, voire plus, et je referme. Je regarde aussi qui est l’éditeur (on sait jamais, peut-être que dans un éclair de génie je vais me souvenir d’un livre en particulier qui m’a marqué dans la même collection ; ou pas) puis la couverture. Avant, si elle était moche (il faut dire ce qui est) je ne cherchais pas vraiment à comprendre et me disait que ça ne me plairait pas. Point. Maintenant, j’essaie de faire abstraction : peut-être que c’est bien plus qu’une couverture moche après-tout ; peut-être que ce livre à l’allure vraiment peu envieuse pourrait se révéler un vrai bijou.

Ah oui, j’y pense tout juste : l’auteur. C’est pourtant probablement le point le plus important du livre et l’un des premiers détails que je regarde. Cela paraît tellement évident que j’ai complètement oublié d’en parler. Alors, l’auteur. Et bien si je le connais tant mieux. Je sais si j’aime ce qu’il écrit ou pas. Si je n’aime pas, on sait jamais peut-être que le livre que je tiens entre les mains est différent des autres. Lisons quelques pages pour voir ! Si je le connais pas (ou alors que j’en ai seulement entendu parler), tant mieux : pas d’à priori sur l’encre noir. Alors je fais pareil, encore et toujours je lis quelques pages : d’abord au début, puis au milieu. Si ça me plaît : en route pour l’aventure ! Si ça ne me plaît pas, au-revoir et peut-être à un autre jour.

Ah, et si je ne sais pas vraiment quoi penser de ces fameuses pages ? Réflexion. Encore réflexion. Bon, la couverture est attrayante ? D’accord, alors je prends et j’essaie : advienne que pourra. La couverture n’est franchement pas terrible ? Peu de chances que je me lance. C’est probablement ridicule : la couverture ne fait pas le livre j’en suis bien consciente. Mais je n’ai pas un temps à rallonge : j’ai envie de lire, alors je choisis un livre qui me plaît ; si j’hésite, je peux essayer, mais je me donne des espèces de critères complètement subjectifs (qui ne rendent pas forcément honneur à de nombreux livres je le sais bien là aussi) qui me permettent de me décider. Avec tout ce qui existe, je sais que je trouverai tôt ou tard ce qui me plaît. Je suis déjà probablement passé à côté de pépites dont j’ignore du coup l’existence et c’est bien dommage. Mais j’en ai aussi découvert d’autres : ô joie !

Pour moi, je crois qu’en fait c’est ça commencer un livre : est-ce que ça va me plaire ? Est-ce que je ne pourrais pas découvrir un espèce de petit bijou, de diamant brut ? Je crois que ce que je cherche avant-tout, c’est le suspens, l’attente de savoir si je vais être embarquée dans un récit dont je ne voudrais plus me sortir. Et si c’est le cas, alors c’est gagné…

 

Gwendoline Cantin

Est-ce le début de la fin ou la fin du début?

Par quoi commencez-vous un livre ?

Quand j’étais plus jeune je choisissais « l’album du soir », le plus souvent un album de Claude Ponti ou d’Yvan Pommaux, grâce à sa couverture et ses illustrations.

Puis, j’ai pris l’habitude de toujours lire la fin du livre. Mais un jour, j’ai lu les dernières lignes d’un livre dont j’ai oublié le nom et j’y ai appris le dénouement de toute l’histoire. J’ai quand même essayer de commencer à le lire, mais il n’y avait plus d’intérêt puisque je connaissais la fin de l’intrigue.

Aujourd’hui, je choisi un livre grâce à sa première de couverture plutôt qu’à sa quatrième, donc je pourrais dire qu’aujourd’hui je commence un livre par sa couverture. La couverture d’un livre fait souvent partie des dernières étapes de sa création, pourtant c’est ce que l’on voit en premier. Le choix des couleurs, de la photographie est donc très important car il n’en dévoile pas trop ou même pas du tout sur l’histoire et l’écriture, mais il doit nous attirer visuellement, contrairement à la quatrième de couverture qui en dit souvent trop. Le résumé m’empêche de me projeter moi-même dans l’histoire puisque les axes, choisis pour attirer le lecteur, sont trop présents à mon goût.

Je me rappelle du livre de Sherman Alexie, Flight, dont la couverture m’avait beaucoup attirée. C’était le portrait d’un Indien coiffé d’un bandana, avec de long cheveux sombres et habillé en noir. Son regard était caché par des lunettes de soleil mais la position de sa tête était marquante, j’avais l’impression qu’il me regardait de haut. J’avais déjà lu des livres de Sherman Alexie, je savais donc que ce livre allait parler de la place des Indiens aujourd’hui en Amérique. Mais n’ayant pas lu la quatrième de couverture, je m’attendais à ce que le personnage principal soit un Indien charismatique, imposant qui avait déjà vécu plein de choses, mais non ! Dès les premières pages on comprend que Spott est un jeune indien au physique ingrat, rejeté par la société. À la fin du livre, je me suis dit que l’Indien sur la couverture représentait peut-être un Spott plus mûre, plus sage après ce qu’il a vécu tout au long du livre. J’aime bien essayer de comprendre le choix de la couverture à la fin de la lecture.

En écrivant ceci, j’ai compris que j’avais fait une boucle dans ma façon de commencer un livre, passant des illustrations aux dernières lignes puis en revenant au réel commencement du livre, la couverture.

 

Alice Charpentier.

Par où commencer ?

Comment je commence un livre ? En regardant la première de couverture. Il ne faut pas le nier : la couverture, soit elle nous attire, soit elle ne nous attire pas. Dans le premier cas c’est gagné : on a envie de lire le livre. Dans le second cas par contre, il y a de fortes chances qu’on le repose sur l’étagère sans même l’ouvrir. La couverture c’est l’illustration, bien sûr, et le titre. C’est le nom de l’auteur aussi, mais ça, ça m’intéresse moins. Ce n’est pas que je n’ai aucun respect pour la personne qui a écrit le livre, c’est juste que… quelle importance ? Que ce soit monsieur Super-auteur-ultra-connu ou monsieur Premier-livre-enfin-édité, pour moi ça ne change rien. Le nom de l’auteur ne nous apprend rien sur son écriture. Même pas celui d’un auteur qu’on connaît bien. Après tout, un écrivain peut bien écrire une dizaine de livres qu’on a adorés et au onzième nous décevoir tout à coup.

Après la première de couverture ? Je commence à lire l’intérieur du livre, dans l’ordre des pages, ça paraît logique. Je me vois mal commencer un livre par la fin. Non, je ne lis jamais la quatrième de couverture au début. Je déteste ça : ça te raconte un truc sans vraiment te le raconter, ça reste vague, dans le flou. Ça laisse du suspens. Le suspens j’aime bien dans le cœur du livre, mais un résumé c’est fait pour savoir de quoi parle l’histoire. Ça m’énerve d’en lire un pour seulement apprendre qu’il va se passer quelque chose. Quelque chose oui, mais quoi ? Je préfère lire le livre directement, au moins je suis sûre d’avoir ma réponse. De toutes façons, la plupart des livres que je lis on me les offre. Ce n’est pas comme si j’étais en librairie à me demander si je les achète ou pas. Je les ai déjà, ils ont déjà été payés par quelqu’un d’autre, donc au fond, que le sujet m’intéresse ou pas on s’en fiche. Si ça ne me plaît pas j’arrêterai de le lire en cours de route et puis c’est tout. Donc, non, vraiment non, je ne lis pas la quatrième de couverture au début. Je la lis à la fin plutôt, une fois que j’ai fini le livre. Je trouve ça plus marrant de vérifier si le résumé correspond à l’histoire.

Laura Hélaine