Exercice 4 – Cartes postales (d’après Frank Smith) : imaginer des images

Nous passons en revue quelques sites d’auteur où l’image a une place importante : chez Anne Savelli, Cécile Portier, les todolistes de Christine Jeanney, et observons ces manières de faire, de prendre de l’image pour produire du texte, que l’image constitue prétexte, contrepoint, ramification, plutôt qu’illustration. Nous questionnerons ce rapport à l’image, en produisant du texte centré sur l’image – mais : sans images. (Lire la consigne et les textes produits).

Frank Smith est en résidence au domaine international de Chamarande, il y travaille notamment sur les cartes postales conservées aux archives départementales.  http://www.jepenseatoi.net/des-cartes-postales/

Consigne : Choisir un texte au verso d’une carte, parmi ceux recueillis pas  Frank Smith (exemple :  »

Angerville, le 22 août 1922

 Cher amis

 Voici bien longtemps que nous avons eu de vos nouvelles. J’espère que vous êtes en bonne santé et que Alexandre se porte bien. Nous sommes à Angerville pour une vingtaine de jours. Papa n’a pas pu obtenir davantage de vacances c’est toujours autant de pris. céline et Louis sont partis dans la Nièvre passer 3 semaines.
Enfin en attendant d’avoir de vos bonnes nouvelles, recevez de nous de bons baisers

 Denise« )

Consigne : « Choisir un texte au verso d’une carte, parmi ceux recueillis pas  Frank Smith – imaginer le recto de la carte postale (l’image, sa composition, son contenu, sa texture, mais aussi son hors cadre : conditions de prise de vue, circonstances…), et l’écrire. » [Lire la consigne et les textes produits]

Correspondances pluvieuses

Bien reçu ta lettre.
Prends des vêtements chauds car le temps se rafraichit.
Je t’embrasse
Guy

J’imagine que la carte postale ne correspond pas à ce texte court. Sur le recto du papier, on pourrait voir un château, peut-être une gare, quelque chose de rectiligne, symétrique, avec beaucoup de fenêtres, mais sans la couleur. Le noir et blanc de la carte contrasterait avec toutes les nuances présentes dans le texte. En opposition au ciel clair surplombant l’imposant bâtiment de la carte, le texte fait transparaitre de l’humidité, une forêt dans le brouillard avec beaucoup de vert foncé, dense, et de gris. Le genre de tableau que l’on ne trouve pas sur une carte postale. Plutôt la photo de quelqu’un qui s’est levé de bonne heure un dimanche matin.

Ma chère Marie,
Mon mari m’a remis ton image. Je t’en remercie bien. Me voici tout à fait au repos, c’est triste quand on a une vie si mouvementée. Je suis très bien chez des amis mais le temps n’est guère favorable. Il y a un piano et je me distrais un peu. J’espère que ta petite famille se porte bien. Un bon baiser pour eux tous, pour toi chère Marie mes meilleurs souvenirs.
Amitié sincère
Ton amie Madeleine

Il pourrait ne pas s’agir d’une carte postale mais d’une lettre. Un simple papier un peu jauni avec cette écriture ronde et violette dessus. Juste à la fin de la troisième phrase, l’encre bave un peu, une larme s’y est écrasée, aussi lourde que la pluie qui cogne contre le carreau de la pièce. C’est une lettre pleine de mélancolie, de nostalgie cachée. Les notes du piano s’accordent au bruit des gouttes qui ruissellent contre les baies vitrées d’un grand salon et résonnent dans la maison vide. Et la pluie n’en finit pas de tomber.

Claire

Lericque à Rouquette

Chère Madame,

Nous vous remercions des bonnes nouvelles que nous avons reçues et nous avons été heureux de savoir que votre famille était réunie autour de vous. Nous sommes restés ici quelques jours car le temps n’ayant pas été très favorable nous n’avons pas voulu nous éloigner beaucoup. J’ai passé en somme d’assez bonnes vacances dans un site très agréable.

Maintenant il fait trop chaud. Le Bon Dieu nous a comblés et veut se rattraper mais c’en est un peu trop maintenant nous espérons donc que cette chaleur vous est aussi parvenue et nous vous souhaitons ainsi qu’à Mr Rouquette une bonne continuation de vacances.
Bons baisers et compliments,

M. Lericque

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Vue sur la Grotte de Massabielle, un jour d’été. Les rayons du soleil donnent à la grotte de Lourdes une aura mystique, un petit quelque chose de particulier. Lieu emblématique de la religion en France, le cadrage laisse à penser que le message de cette carte est tout à fait porté vers le catholicisme. La vierge Marie en guise de symbole, c’est une image forte qui est véhiculée par cette carte.

Si j’ai choisi ce visuel pour ce texte de carte postale, c’est pour le côté très solennel qui en ressort. M. Lerocque parle du Bon Dieu, ce qui peut laissé penser qu’il est un homme dont la religion est affirmée et donc susceptible de se rendre sur ce genre de lieu. De plus, il y a l’idée de réunion de famille qui est évoquée comme si cet événement était très rare, voir miraculeux. Pour finir, Lourdes se trouvant dans le sud de la France, on peut penser que l’idée d’une chaleur étouffante serait appropriée à cette période de l’année dans cette région.

L.M.

Bon souvenir

 

 

J’espère que Raymond a passé ses examens avec succès il va pouvoir faire un peu de bicyclette pendant ses vacances. Il pourra remonter la côte de Milly.
Cordiale poignée de mains à tous

Yves

 

 

J’imagine une photographie non pas d’un paysage mais d’une scène de vie. Je vois deux hommes, assis dans des transats au bord de la forêt. L’image à beau être en noir et blanc, délavée, usée par le temps, elle reste très contrastée, on ressent la forte et chaude qui lumière inonde le lieu. Dans ces nuances de gris je vois les verts de la forêt, de la pelouse, du vert bouteille au vert épinard en passant par le vert pin. Dans un coin de l’image, en haut à gauche, on aperçoit un peu du château véritable fierté de la région, mais ce n’est pas le sujet de la photographie. Revenons à ces deux amis, deux papis pourrait-on dire, ils semblent aussi paisibles que le paysage autour d’eux. Ils rient, l’un tenant le bras de l’autre, penché vers lui, une pipe en l’air dans l’autre main. Posé au sol, près d’eux, se trouve une bicyclette. Sûrement elle appartient à l’un d’eux. Serait un rendez vous quotidien ? Que viennent-ils faire ici ? Que se racontent-il?

Et au recto ?

Ma chère Marie,

Mon mari m’a remis ton image. Je t’en remercie bien. Me voici tout à fait au repos, c’est triste quand on a une vie si mouvementée. Je suis très bien chez des amis mais le temps n’est guère favorable. Il y a un piano et ke me distrais un peu. j’espère que ta petite famille se porte bien. Un bon baiser pour eux tous toi chère Marie mes meilleurs souvenirs

Amitié sincère

Ton amie Madeleine

-> Au recto de la carte, un paysage bucolique se donne à voir. Les champs de blé mur, dorés sous le soleil, s’étendent à perte de vue. Le ciel est bleu, l’auteure de cette carte n’a donc pas pris la photo elle-même. Elle espère sûrement le retour du beau temps. Au loin, on aperçoit une petite colline où se dresse un vieux moulin à vent en pierres blanches et ardoise, très peu abîmé. Une impression de sérénité s’en dégage, on se croirait hors du temps. Un lieu qui invite au repos…

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Je suis arrivé à bruyères et je me prépare pour aller à la comédie.

Hier j’ai dansé au bal avec d’autres petites filles. Tout le monde vous souhaite bien le bonjour.

Ernestine

-> Vue de la ville de Bruyères depuis une colline environnante. La ville, au milieu des montagnes, serait entourée de verdure si l’hiver n’avait pas recouvert le paysage de son manteau blanc. Les toits des maisons et les rues sont enneigés, cependant, le soleil brille. Le printemps est bientôt là…

Les chasseurs (MDY)

L’apéritif avant le départ pour la chasse pour mieux viser

Michel

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La carte postale est une vieille photo, jaunie et cornée par le temps. Des hommes en tenue de chasse sont sur une terrasse, autour d’une table en fer forgé où des verres les attendent. Derrière eux, on peut observer la campagne environnante ; on peut même deviner un bois ou une forêt, au loin. Ils sont cinq.

À gauche, un homme est debout. La quarantaine, les cheveux foncés, une fine moustache bien taillée, bel homme. Il a un pantalon et une veste épais, de grandes bottes et une casquette. À son bras gauche il porte un long fusil. Il regarde l’objectif mais ne sourit pas. Il est la dignité personnifiée.

À côté de lui se tient un jeune garçon guindé, à peine un adolescent. Son visage glabre tourné vers l’appareil porte les marques d’une angoisse qu’il tente vainement de cacher. C’est probablement la première fois qu’il part à la chasse. Son fusil est devant lui, ses deux mains posées dessus pour qu’il ne tombe pas. Il porte la même tenue que les autres mais il est le seul à ne pas avoir de casquette ; peut-être aura-t-il l’honneur d’en recevoir une lorsqu’il aura fait ses preuves. À ses pieds sont couchés deux chiens au pelage foncé, têtes et oreilles dressées, alertes.

Tout à droite de la photo on remarque un jeune homme souriant, presque riant. Lui aussi a une fine moustache noire mais ses cheveux sont bouclés et retombent négligemment sur son front et sa nuque. Il est nonchalamment appuyé sur son fusil, tandis que dans une main il tient un verre rempli d’un liquide sombre.

Les autres hommes sont assis autour de la table. Celui du milieu arbore une abondante barbe claire. Ses cheveux sont coupés ras, on note un léger début de calvitie sur le devant. Son regard est perdu dans le lointain, son esprit déjà tendu vers la partie de chasse à venir. Devant lui son verre paraît intact et il tient son fusil sur ses genoux.

Enfin, le dernier homme semble être le patriarche. Ses cheveux et sa barbe sont blanc et son visage est creusé de rides. Les pâtes d’oie, au coin de ses yeux, témoignent d’un caractère rieur. Il est assis bien droit, sa main gauche posée sur le dos d’un troisième chien. Son fusil est appuyé contre la table.

Le remontant des champions

L’apéritif avant le départ pour la chasse pour mieux viser

Michel


J’imagine pour cette carte, une photographie prise pour immortaliser un moment de détente. Un groupe de quatre hommes pose fièrement autour d’une petite table de jardin, gobelets en métal à la main. Ils sont debout, en habit de chasse, fusil sur l’épaule. Ils ont la mine fière, et leurs visages reflètent l’impatience d’aller chasser, mêlée au plaisir d’être ensemble en cet instant. En toile de fond, nous pouvons apercevoir un jardin romantique composé de bosquets et vasques en pierre, propriété de l’un des chasseurs.
A leur pieds se trouvent deux chiens de chasse, qui, ne pouvant pas profiter de la bouteille et n’en ayant pas besoin pour mieux viser, se reposent avant la besogne.