L’écriture de la note de lecture (mode opératoire)

Note de lecture : approches de « l’écriture de la lecture »

 

Un livre a été choisi.

Il va falloir le lire et écrire cette lecture, la documenter et documenter un lecteur sur le livre, tout en énonçant un point de vue personnel.

La spirale de Claudette Oriol-Boyer est présentée, pour explication de quelqus aspects du processus d’écriture

http://tsoubrie.free.fr/La%20spirale.htm

 

Plan de déroulement de l’exercice-atelier «écriture et publication en ligne d’une note de lecture », ci-dessous

(Les textes des étudiants sont à lire à suivre, entrée par la rubrique)

 

Que lire d’un livre, qu’écrire de ce Lire ?

 

Principe annoncé

Se documenter, et documenter en retour. Venez avec un livre. Nous tenterons, ensemble, d’en écrire quelque chose qui soit : documenté, tissé du Monde, du réseau, et des autres ; et qui soit en même temps : de vous, pleinement personnel (et verrons comme c’est, sans doute, indissociable).

 

Déroulement de l’atelier

Il ne s’agit pas d’une méthode ou d’un cours de journalisme, d’un guide de «  bien-écrire  », d’un manuel d’usage de communication (tout ceci se trouve aisément sur le web, chartes éditoriales de site et  : il s’agit, se penchant sur un livre qu’on a lu,  de traverser cette expérience fondamentale et nécessairement productrice, de la relecture, attentive, scrutative, réflexive. Et de passer, pour ce faire, par l’écriture.

 

1/ Tout est en vous, tout est dans le livre.
A —

 

« Attaquer le livre par son dehors : sans l’ouvrir, noter tout ce qui s’en dégage, toutes les informations données par sa couverture (première, quatrième, tranche…), titre-auteur-éditeur, résumés, exergues, design… »

 

B —

 

«  Isolez-vous et posez vous des questions durant 3 minutes, yeux fermés, sans rien écrire manuellement :
Quel souvenir vous vient de ce livre ? Quelle phrase, même imparfaitement ? Quelles images ? Quels dialogues ? Quelles idées ? Quelles sensations ? Ne notez rien.  »

 

C —

 

«  Tout ce qu´il y a à dire du livre est d’abord, déjà, là. Posez des questions au livre, dépliez l’objet, questionnez-le :
qu’est-ce qu’il y a dedans ? Structurellement : organisation, titre, sous-titres, exergue, dédicaces, parties sous-parties, quelle mode d’énonciation, quelle structure ? Quelles phrases, quelles accroches, quels incipits, quels excipits ? Quelles phrases vous ont marqué ? Quelles phrases sous restent, quelles phrases vous semblent déterminantes ? Notez, recopier. Une phrase, deux, trois.  »

 

D —

«  Relisez et reposez-vous les question d’origine, 5 minutes, avec ce matériel sous les yeux. Faites des rapports, mentaux puis écrits.  »

Retour collectif.

 

  • 2/ Tout est ailleurs, rien n’est pareil.

A — La documentation

– Cherchez, maintenant que vous disposez de vos souvenirs et d’éléments objectivement tirés du livre, cherchez tout ce que vous pouvez trouver sur ce livre sur le web, avec et sans méthode. Ramassez des citations, usez du copier-coller (en insérant un lien à chaque fois, pour ne pas perdre vos sources de vue, et pour citer en bonne et due forme.  //
N’intervenez pas autrement qu’en redisposant, et laisser des blancs.  »

 

B — La recopie

 

On constate, ensemble, lors du retour collectif, que dès lors un point de vue se constitue, on se positionne face à l’information reçue, abondante, on peut la citer ou la compléter ou contredire, depuis ses propres observations. Le but est, échappant au tout-venant, au marketing, à l’air du temps, de reprendre position d’énonciation, d’auteur de sa propre lecture (et de ses propres lectures documentaires, ensuite), car chaque lecture est unique et permet d’énoncer un propos singulier.  Les matières s’affrontent, se frottent : le su et le lu, le vu et le lu, l’objet documente mon point de vue qui le documente et re-documente avec et contre et depuis les informations autres, une spirale est en marche, l’écriture est lancée.

Le reste est affaire de temps, de sédimentation puis percolation, de tri, d’allers et retours vers le texte… et de contrainte de format, selon l’espace de publication où publier cette notice.

 

C — Retours collectifs

a — réponse à deux questions : « Où j’en suis ? Qu’est-ce qui manque ? »

 

b — observation du brouillon dans le back office du wordpress.

(Les textes des étudiants sont à lire à suivre, entrée par la rubrique)

 

ic ML2 (s4) – deuxième année métiers du livre | plan de cours

IUT info comm option métiers du livre

Année 2016-2017

Semestre 4 (étudiants seconde année, M2)

TEMPS 1 – COURS

Plan du cours

1 / Rappel de la lettre envoyée

Nous aurons plus d’heures ensemble ce semestre, pour vous présenter un panorama non exhaustif mais représentatif de plusieurs tendances et œuvres de la littérature contemporaine. Rencontrant des auteurs, lors de présentations (lectures, débats, spectacle) au grand R, à la médiathèque Benjamin-Rabier ou sur Internet par les traces qu’ils y laissent, nous nous questionnerons ensemble sur la médiation. Comment lire et en parler, comment commenter ce qu’on ne connaît pas encore bien, comment «  accorder ses violons  », que faire de sa subjectivité propre  ?

Au fur et à mesure de nos séances, vous constituerez un article, qui sera une sorte de dossier documentaire multimedia, sur le support web de votre choix (j’en ai à disposition, l’université aussi, les réseaux sociaux peuvent être utilisés, bien sûr).

2/ Rappel sur les sorties au programme

Christian Garcin à la médiathèque Benjamin-Rabier, entretien avec GB, vendredi 20 janvier à 19h.

(podcast de cette rencontre :

https://www.mixcloud.com/gu%C3%A9na%C3%ABl-boutouillet/christian-garcin-entretien-avec-gb-la-roche-sur-yon-m%C3%A9diath%C3%A8que-rabier-nov-2016/

2h    Sylvain prudhomme 2h  au grand R, début mars / LECTURE PUBLIQUE / Jeudi 9 mars, 19h
Espace Louis-Riou (Le Manège)

http://www.legrandr.com/programmation/litterature/article/sylvain-prudhomme

Séance 1 – lundi 6 janvier 2017

présentation de notions : médiation littéraire (par le détail des activités de médiateur littéraire de Guénaël Boutouillet), liens serrés entre lecture et écriture, nécessité de penser par l’écriture son rapport à l’écriture et à la lecture, et plus largement, son énonciation de soi dans un contexte professionnel (l’écosystème du livre), et dans un environnement numérique mouvant.

Puis TOUR DE TABLE DES ETUDIANTS

Quel projet de stage, quel domaine d’appréhension pro.

Quelle expérience du numérique

écriture  : Exercice 1 ce que je fais là

Extrait de Georges Perec : lnfra-ordinaire : http://remue.net/cont/perecinfraord.html

«  Ce qui nous parle, me semble-t-il, c’est toujours l’événement, l’insolite, l’extra-ordinaire : cinq colonnes à la une, grosses manchettes. Les trains ne se mettent à exister que lorsqu’ils déraillent, et plus il y a de voyageurs morts, plus les trains existent; les avions n’accèdent à l’existence que lorsqu’ils sont détournés; les voitures ont pour unique destin de percuter les platanes: cinquante-deux week-ends par an, cinquante-deux bilans: tant de morts et tant mieux pour l’information si les chiffres ne cessent d’augmenter ! Il faut qu’il y ait derrière l’événement un scandale, une fissure, un danger, comme si la vie ne devait se révéler qu’à travers le spectaculaire, comme si le parlant, le significatif était toujours anormal: cataclysmes naturels ou bouleversements historiques, conflits sociaux, scandales politiques…

Dans notre précipitation à mesurer l’historique, le significatif, le révélateur, ne laissons pas de côté l’essentiel: le véritablement intolérable, le vraiment inadmissible: le scandale, ce n’est pas le grisou, c’est le travail dans les mines. Les   » malaises sociaux   » ne sont pas   » préoccupants   » en période de grève, ils sont intolérables vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an.

Les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les tours qui s’écroulent, les incendies de forêts, les tunnels qui s’effondrent, Publicis qui brûle et Aranda qui parle! Horrible ! Terrible ! Monstrueux ! Scandaleux ! Mais où est le scandale ? Le vrai scandale ? Le journal nous a-t-il dit autre chose que: soyez rassurés, vous voyez bien que la vie existe, avec ses hauts et ses bas, vous voyez bien qu’il se passe des choses.

Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m’ennuient, ils ne m’apprennent rien; ce qu’ils racontent ne me concerne pas, ne m’interroge pas et ne répond pas davantage aux questions que je pose ou que je voudrais poser.

Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, I’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, I’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ?

Interroger l’habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l’interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s’il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s’il n’était porteur d’aucune information. Ce n’est même plus du conditionnement, c’est de l’anesthésie. Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?

Comment parler de ces   » choses communes «  , comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.

Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie: celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique.

Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l’origine. Retrouver quelque chose de l’étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d’un appareil capable de reproduire et de transporter les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d’autres, et ce sont eux qui nous ont modelés.

Ce qu’il s’agit d’interroger, c’est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment ? Où ? Quand ? Pourquoi ?

Décrivez votre rue. Décrivez-en une autre. Comparez.

Faites l’inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l’usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.

Questionnez vos petites cuillers.

Qu’y a-t-il sous votre papier peint ?

Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?

Pourquoi ne trouve-t-on pas de cigarettes dans les épiceries ? Pourquoi pas ?

Il m’importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d’une méthode, tout au plus d’un projet. Il m’importe beaucoup qu’elles semblent triviales et futiles: c’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d’autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité. »

voir ici http://jb.guinot.pagesperso-orange.fr/pages/objets.html

Cet extrait de Penser classer « Il y a dans toute énumération deux tentations contradictoires ; la première est de TOUT recenser, la seconde d’oublier tout de même quelque chose ; la première voudrait clôturer définitivement la question, la seconde la laisser ouverte ; entre l’exhaustif et l’inachevé, l’énumération me semble ainsi être, avant toute pensée (et avant tout classement), la marque même de ce besoin de nommer et de réunir sans lequel le monde («  la vie  ») resterait pour nous sans repères (…) Il y a dans l’idée que rien au monde n’est assez unique pour ne pas pouvoir entrer dans une liste quelque chose d’exaltant et de terrifiant à la fois. »

voir aussi : http://remue.net/cont/perecpensercl.html

Ecriture

Raconter à la deuxième du singulier/ou du pluriel une situation professionnelle, vécue ou fictive, générique et depuis l’infra-ordinaire, dans l’ordre de déroulement des événements.

Textes mis en ligne ensuite.

3/ Littérature contemporaine  : au programme ce trimestre

Je résume ci-dessous la commande – dont la deadline sera vers le 20-25 mars :

Un dossier documentaire en format numérique, accessible en ligne, qui fera le récit d’expérience de vos rencontres (réelles et virtuelles) avec des auteurs et leur œuvre.

Chaque dossier devra s’intéresser à au moins deux auteurs – et de préférence, trois.

Au moins un de ces auteur(e)s devra faire partie des rencontres «  live  » au programme (Christian Garcin, Sylvain Prudhomme), au moins une devra faire bouquet de ce «  bouquet numérique  » présenté rapidement lundi dernier  : Nina Yargekov, Elitza Georguieva, Emmanuelle Pireyre, Hélène Gaudy, Chloé Delaume — j’ajoute une possibilité, Cécile Portier, auteure numérique.


Quelques premiers liens éclairants

Christian Garcin – la série texte image sur remue.net

Christian Garcin et Patrick Devresse | Mini-fictions

photos Patrick Devresse, textes Christian Garcin

un entretien écrit http://remue.net/spip.php?article6910

un entretien en podcast https://www.mixcloud.com/gu%C3%A9na%C3%ABl-boutouillet/christian-garcin-gb-vents-douest-nantes-mars-2016/

https://www.mixcloud.com/gu%C3%A9na%C3%ABl-boutouillet/christian-garcin-entretien-avec-gb-la-roche-sur-yon-m%C3%A9diath%C3%A8que-rabier-nov-2016/

Sylvain Prudhomme

un entretien en podcast, des inédits

Hélène Gaudy , fictions du lieu et lieux de fiction (roman et documentaire / écrire avec les lieux, avec l’histoire) /

https://materiaucomposite.wordpress.com/tag/devenirs-du-roman/

http://remue.net/spip.php?mot1506

https://vimeo.com/105223825

http://remue.net/spip.php?article5114 (noisy-le-sec)

Nina Yargekov, sa page chez son éditeur

http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numauteur=5970

Elitza Georguieva

http://www.editions-verticales.com/auteurs_fiche.php?rubrique=4&id=169

https://www.youtube.com/watch?v=y9E4cDbw8tw

Chloé delaume  : son site  :

http://chloedelaume.net/

Cécile Portier

http://livre.ciclic.fr/actualites/cecile-portier-une-auteure-en-presence-sur-ciclicfr

emmanuelle pireyre

http://livre.ciclic.fr/actualites/emmanuelle-pireyre-portrait-de-l-auteure-en-enqueteuse

Séance 2 – lundi 27 janvier 2017 (6 heures)

le dossier – écriture

1 – Introduction sur ces objectifs à court et moyen terme. Et quant à la production du dossier documentaire, idée maitresse  : la recherche des informations, le travail de «  brouillon  » (écriture de recherche) et les essais de mode de publication sont menés de front (de la même manière qu’on fait plusieurs choses à la fois lorsqu’on écrit), cette simultanéité sera observée, encouragée – et maîtrisée, par des rapports réguliers, collectifs et individuels.

Cf la spirale de Claudette Oriol-Boyer http://tsoubrie.free.fr/La%20spirale.htm

https://eurofle.files.wordpress.com/2009/03/theories.pdf

http://aifris.eu/03upload/uplolo/cv1581_539.pdf

2 – qu’est-ce qu’internet change au récit du monde (François Bon?)

L’expérience web et littérature : auteur, lecteur, en collectif – expériences et usages.

les auteurs

Christian Garcin

Aspects d’une oeuvre, d’un trajet

#formes multiples : du bref et du long (et du long dans le bref, et du bref dans le long, et vice-versa), exemples pris sur le feuilleton en conversation avec Devresse

http://remue.net/spip.php?article8320

#onomastique : art et esthétique des noms

#la chute et sa reformulation – sens de la surprise.

#les sources documentaires, le rapport à la science, source de possible, de réflexion, de fiction. Il y a ici une oevre de fiction qui ne s’oppose pas au réalisme frontalement mais qui y trouve matières à détournements : il y a le monde et le langage, interprétation, réinvention du monde.

#l’esprit d’escalier – à l’échelle du court, construction en spirale des nouvelles – qui nous renseignent sur cette réticularité de l’oeuvre de Garcin

#sources littéraires : Poe, Borgès, Kafka…

Exemple de Jeremiah Reynolds

Puis : présentation web et lecture à voix haute de Nina Yargekov, Elitza Gueorguieva.

Après-midi : travail d’écriture et conception (td) du dossier numérique : recherhce de formats éditoriaux, écriture de reccherche, re-documentation web.

Séance 3

Chez Sylvain Prudhomme, nous avons pointé un rapport au document et au monde alentour tel qu’on le voit et tel que lui le voit, c’est une question de regard et d’inventaire. Tout est réexpliqué dans les liens ci-dessous.

 

sylvain prudhomme

http://remue.net/spip.php?mot868

http://remue.net/spip.php?article7149

https://www.youtube.com/watch?v=lPkCxhzo1v8

légende

https://www.youtube.com/watch?v=O-yuyVvi7uE

autres

https://www.youtube.com/watch?v=Z04tNj_Oq5I

une performance

https://www.youtube.com/watch?v=UgPPB00qR98

interventions journalistiques

http://www.liberation.fr/auteur/15279-sylvain-prudhomme

-Hélène Gaudy  : introduction

Les arts plastiques comme socle.

Le rapport aux lieux. Et les images des lieux. Plein hiver et sa très particulière conception.

L’adolescence, temps transitoire, à saisir, capter.

Lisbon, l’invention d’une ville.

Terezin, l’autre invention d’une ville.

«  Faire une carte.  » dans les deux cas.

http://remue.net/spip.php?article6454

 

3 –Cécile Portier, auteure numérique

http://livre.ciclic.fr/actualites/cecile-portier-une-auteure-en-presence-sur-ciclicfr

Une auteure numérique

C’est quoi, un auteur numérique ? Et, de surcroît, est-ce que ça existe vraiment ? La question se pose, en ces temps de mutation, de basculement (au moins) partiel et (largement) prédit d’une culture du livre vers une culture de l’écran, de ce que la numérisation accrue de nos vies y change. Elle se pose, redoublée, à l’écrivain, affecté, comme tout individu, dans ses faits et gestes quotidiens, mais aussi au cœur de son activité : l’atelier de production, les canaux de diffusion, comme les lieux de destination, d’usage, de ses textes ont déjà changé et continuent de muter. Tout écrivain, dès lors, ainsi numérisé, serait devenu écrivain numérique ? Certes non, et ce changement de paradigme global semble, dans une majorité de cas, ne pas atteindre aussi globalement l’œuvre en cours – comme si le « dehors » ne jouait pas, ou très peu, sur le « dedans », comme si l’écriture pouvait se couper du monde en son état du jour.

Or il revient sans doute, pour partie, aux poètes et romanciers de s’emparer des bouleversements du dehors, de penser l’époque, de questionner le réel – réel immédiat dont les impacts numériques modifient au moins la texture, sinon la structure. Ces façons qu’ont nos vies et leur représentation d’être simultanément altérées par cette massification de notre « mise en données » passionnent, questionnent et agissent Cécile Portier. Laquelle, usant de moyens numériques pour interroger le numérique et ses moyens, semble pouvoir être considérée, en plusieurs endroits, comme une auteure numérique.

Numériques sont en effet ses lieux de production, diffusion, de lecture. Son seul livre « imprimé », Contact, le fut dans la défunte et trop brève collection Déplacements des éditions du Seuil, repris ensuite en livrel aux éditions publie.net. Saphir Antalgos, son deuxième ouvrage, est paru directement chez publie.net. Et la majorité de ses projets sont à lire en ligne : Dans le viseur, À mains nues ou Compléments d’objets, séries ouvertes sur son blog Petiteracine.net ; dialogues (avec Juliette Mézenc, Pierre Ménard ou Philippe Aigrain) en Vases communicants (une série dialogique ouverte, d’auteurs s’invitant mutuellement, chaque mois, à publier chacun sur le site de l’autre) ; Traque traces, livre-site (réalisé avec Joachim Séné), témoignant d’une résidence d’intervention et création en région Ile-de-France.

Une auteure du numérique

L’œuvre en cours d’édification se compulse dans cet environnement – manière significative de faire d’un blog un espace éditorial autogéré et littéraire, bien loin d’un simple journal intime devenu extime. Elle ne se contente pas de s’y inscrire : elle s’y conçoit, s’y invente. Le réseau, les données, les « nuages », sont des thématiques pour Cécile Portier, autant que des moteurs, des modules voire des personnages de fiction.

Traque Traces, une fiction, en est un des plus significatifs exemples : ce site, sous-titré tous taggés, tous localisés, s’ouvre par une carte de l’Ile-de-France marques d’épingles de géolocalisation, lesquelles une fois cliquées ouvrent de courts fragments d’un texte collectif. Cette histoire variable peut se lire transversalement, en y cheminant, tel qu’en un livre numérique, selon différentes directions : on peut y suivre des personnages, des tags, ou « tracer » au hasard au cœur de cette intrigue.

Le texte, et le site, sont le fruit des ateliers menés avec les jeunes lycéens de la région. Objet de création en environnement numérique, influencé dans sa forme par cet environnement, Traque traces est le fruit d’une réflexion menée coopérativement avec ces jeunes, à propos, depuis et avec les données qui nous signalent, identifient, classent quotidiennement :

« (…) Chaque jour nous sommes, nous, êtres de chair, mis en données. Chaque jour nous produisons, en nous déplaçant, en communicant entre nous, un nombre incalculable de traces qui sont stockées, analysées, réutilisées. Chaque jour nos faits et gestes sont traduits en données, dont l’agrégation et le sens final nous échappent. Nous sommes identifiés, catégorisés, sondés, profilés, pilotés. Notre vie s’écrit ainsi toute seule, comme de l’extérieur.

C’est un constat. Il serait angoissant, désespérant, si nous n’avions pas toujours nous aussi la possibilité d’écrire notre vie. De reprendre la main sur les catégories. D’en jouer. Cette fiction a ce but. Jouer avec les données au petit jeu de l’arroseur arrosé. Écrire les données qui nous écrivent.»

Il y a, lisibles, dans ce projet, une volonté politique et interventionniste, mais également une esthétique, forgée dans les données, dessinée et non simplement décorée par elles. Y apparaît, nettement, cette autre marque de fabrique du travail de Cécile Portier : une volonté de renversement et de reversement. Une fabrique volontariste de relation entre le sensible et la machine, entre la chair et le signe : traquant sur celle-ci les effets de sa transformation en ceux-ci, elle importe simultanément en ceux-ci des émanations, des interférences sensibles, corporelles. En témoigne cette magistrale réponse à une question (« Qu’est-ce qu’Internet change à votre écriture ? ») que je lui posais, ainsi qu’à quelques autres auteurs du web, lors d’une série d’entretiens consignés sur remue.net :

« Disons qu’écrire Internet, j’aimerais que ça signifie écrire dans un espace public. Un espace ou se réunir, sans avoir à montrer patte blanche sur qui on est et ce qu’on veut. Pas de transparence. Un espace ou les individus soudain se rapprochent, se reconnaissent comme personnes. Pas de distance. Ou cette proximité neuve n’est pas aussitôt dévoyée en décryptage, ciblage, vente. Pas d’atteinte. Dit comme cela, peut-être qu’on voit mieux que c’est aussi une question politique. Et que cette question, c’est : ce que l’écriture change à Internet. »

Ré-incarnations par jeu de renversements

Enchâssée dans l’idée numérique, d’où elle s’exprime et où elle s’imprime, l’écriture de Cécile Portier ne néglige pas de prendre corps, de multiples façons. L’auteure a le goût des formes innovantes : en lectures, PeChaKuChas, mises en espaces et expérimentations scéniques (telle cette aventure partagée avec Juliette Mézenc, en résidence à La Charteuse de Villeneuve-léz-Avignon), Cécile Portier porte ces formes courtes au public, les conte, joue voire pianote (comme lors d’une performance twittée pour remue.net, en 2011).

Mais le corps est aussi au cœur de sa série Dans le viseur, suite de questions posées à des photographies trouvées : ces anonymes qui prennent la pose, que nous disent-ils en cette posture, figée par la patine du temps ? Mais aussi (toujours cette façon de renversement), qu’en est-il du photographe, corps absent de l’image ? Comment se tenait-il, et avec lui, quel hors-champ, quel dehors voisinait cette image ? Et cette question, d’incarnation imaginaire, fait fiction :

« Celui qui a caché un trésor : il n’avait pas toujours conscience de son acte, du fait qu’il soustrayait au monde quelque chose. Mais c’est son acte qui a constitué les choses en trésor. Son acte, c’était seulement un regard, sa fixation. Le déclic de l’appareil photo. Quand nous regardons ces images, il arrive que nous fassions coïncider, pour un court instant, notre propre regard avec celui qui a regardé et fixé cette scène pour la première fois. Et c’est cela, la continuité, le trésor à inventer. » (in résidence numérique, voir le billet intitulé « Quel fil pour recoudre des passés disloqués ? »)

Restituer ce mouvement fantôme, rendre cette absence, ce hors-champ, même lorsqu’il est le motif central, est ce qui l’a guidée dans cette observation réflexive sur le site de Ciclic. Face aux images d’archives animées, elle continue d’affronter le paradoxe du corps devenu trace. Un amas de vestiges, réifiés en données. Puis se questionne, en un nouveau renversement de l’ordinaire logique, sur cette « abstraction qu’est la vie ».

Une auteure en présence : où inventer du temps

Dans ces textes produits par Cécile Portier sur, pour et avec Ciclic, ce qui surgit des données, c’est : de la mémoire. Et c’est donc, aussi, le temps qui nous revient.

Le passage au présent, la ré-incarnation des corps (le corps visible sur le film considéré, mais aussi, on l’a dit, le corps absent du témoin filmeur, questionné depuis cette question d’angle de vue, de plan), nous offre du passé à incorporer, à métaboliser. Renversement et reversement : c’est un peu de sa vie, voire de la nôtre, que Cécile Portier offre en retour à ces visions du passé. Plus que de nous y « replonger », elle redonne du corps aux images qui d’ordinaire, même en mouvement, semblent figées dans leur pose et dans leur statut d’archives. Le temps du texte analytique, la pause qu’il induit, accentuée encore par ses nombreux jeux de poétique,  agrandit » littéralement ces archives.

Le temps – et l’être de chair, toujours, au cœur de ce mot polysémique (à la fois époque et durée) : deux nœuds de cette « affaire » Portier, deux thèmes dont l’intrication produit de nombreux effets de frottement avec ces vies mises en données qu’elle aura observées une année.

Le temps, enfin, c’est aussi celui qui ordinairement manque et, qui l’oblige, femme active contemporaine, à user au mieux des interstices, à glisser l’écriture dans les failles, la faire se faufiler en formes courtes, via des technologies légères. Ce temps à re-gagner, à re-faire. Ce temps qui s’invente au fil de cette écriture si attentive, au lointain comme aux microscopiques altérations de l’être posé dans cet ici et maintenant.

La présence est numérique et la présence est d’auteur, d’une auteure singulière, qui invente, pour elle, pour nous, pour les disparus qu’elle regarde, un temps nouveau, un temps manquant.

« Nous devons faire une sorte d’archéologie en temps réel. », affirme-t-elle dans un des billets de cette résidence. Gageons que le réel à grand à y gagner.

 

Voir aussi

Lien(s) utile(s)

ici elitza gueorguieva en lecture deux ans avant parution du livre
(projet alors encore en cours)
http://remue.net/spip.php?article6892

ici christian garcin en interview, réponses sur le tiret entre écrivain
et voyageur, et aussi entre les liens entre tous ses livres
https://vimeo.com/70841798

3 – et vous là-dedans ?

Écriture de textes courts sur leur rapport au numérique.

Hyperportrait renseigné.

 

Récit des réseaux sociaux.

2 – présentation de réseaux sociaux par leur usage

le professeur – GB- évoque ses fils et en dépèce les dernières publications, leur constitution dans un graphe social, les stratégies relationnelles à l’oeuvre (par les outils de croisement de données induits par facebook (taggage) et twitter (hashtag)), leur différenciation au sein d’un usage propre qui se constitue et se renouvelle au fil des jours.

Cet usage en est un – la question qui se pose aux étudiants est : quel est le vôtre ? Comment utilisez-vous ces deux réseaux ? Question orale, un premier temps, qui nous permet de clarifier les notion s de public/social /et privé (en citant Dominique Cardon).

3 – proposition d’enquête (et d’écriture)

Remontez votre fil (facebook ou tweeter), relevez sur ce fil toutes vos interventions (publications, donc) concernant la lecture, l’écriture, la littérature, notez-le.

Puis, de cette observation,  du relevé des publications à ce sujet, de leur abondance, comme de leur manque, de leur degré d’implication, de leur modération comme de leur engagement,  de ce qui émerge de cet étrange texte composite et variable au fil du temps qui s’écrit là, tirez une forme de réflexion, de réponse à cette question :

«  Comment vous serez-vous du réseau social pour dire quelque chose (et quoi) de vos lectures, de vos rapports au livre et à la lecture, qu’est ce qui écrit en rapport avec la littérature, à cet endroit de publication-là ? qu’est-ce que cela renseigne de votre lecture et de son affirmation dans le monde «  social  » ?

 

Séance 5

Chloé Delaume

Nous avons ouvert son site, lu un peu des « Sorcières de la République ». Avons parlé formes neuves, introduction de sons, d’images, d’éléments de l’univers du jeu ou de la SF dans le roman. Mais également de la poésie, de la trace du vers classique dans sa prose. Et de la création de l’auteure comme personnage fictif (chloé Delaume est un pseudonyme), pour pouvoir affronter, dépasser, sublimer une histoire personnelle dure.

Liens utiles  :

http://www.chloedelaume.net/

Emmanuelle Pireyre

Emmanuelle Pireyre est une raisonneuse. Nous avons parlé de sa façon de revivifier la poésie par la théorie, de fabriquer ainsi de la métaphore renouvelée, et d’irriguer la pensée de poésie et d’humour, pour les rendre vives.

Voir l’article ci-dessous

 

Emmanuelle Pireyre : portrait de l’auteure en enquêteuse

Emmanuelle Pireyre est en séjour d’auteur au Musée Balzac cette année. Elle y a réalisé un « Bilan Balzac » qui mêle astucieusement journal de résidence, interrogation quant au grand auteur et à ses influences sur elle, explorations du lieu patrimonial. Comme à son habitude, elle renverse sans cesse les représentations, dans un sourire complice. Ce sourire constant, et cette position, si particulière, de récit et de narration, celle d’une implication à distance (à distance y compris d’elle-même, devenant un des objets d’étude de ses drôles de fictions documentaires), sont une des matrices du travail de création (d’écriture principalement, mais aussi d’images, de chansons) de Pireyre depuis ses premiers travaux rendus publics, au début des années 2000. Enquête sur une drôle d’enquêteuse.

L’écriture, «  pôle d’accueil multimodal »

Emmanuelle Pireyre a débuté du côté de la poésie contemporaine, et son travail, d’un point de vue générationnel autant que formel, s’est inscrit dans ce qu’on ne nommera pas mouvement, mais qui constitue alors (au cours des années 90), une petite constellation d’individus pratiquant des formes mixtes : une poésie hybridée de théorie (Nathalie Quintane n’est pas loin), d’images et d’implication physique (de Charles Pennequin à Jérôme Game, ils sont quelques-uns). Les films, co-réalisés assez tôt avec son compagnon Olivier Bosson (lui-même artiste vidéo) en témoignent : on y voit une Emmanuelle Pireyre presque toujours vêtue du même duffle-coat rouge (ainsi transformée en personnage), théorisant à contre-emploi, mélangeant les domaines et façons de faire. Continuité dans l’apparition mise en scène : ses actuelles expérimentations scéniques, en duo avec le musicien (et écrivain) Gilles Weinzaepflen, associant schémas heuristiques du travail en cours projetés sur les murs, et chansons tragi-comiques, en sont exemplaires.

Cette mise en présence, voire en scène, continue, le confirme  : à elle comme à ses compagnons (et compagnes) de route, l’espace du livre ne saurait suffire. Pour faire plus entrer le monde (et faire entrer plus de monde) dans ses créations, dont les mots demeurent le socle, il faut en faire une terre d’accueil, un « pôle d’accueil multimodal », comme il est inscrit au fronton de quelque gare hybride de grande ville de province.

Bien faire avec (le monde, ses objets et représentations)

Ses deux premiers livres, Congélations et décongélations (et autres traitements appliqués aux circonstances) puis Mes vêtements ne sont pas des draps de lit, chez Nadeau, en 2000 et 2001, s’ils sont de poésie, distanciée et fluide, importent des images volontairement incongrues. Il s’agit d’inventer quelque chose. Et pour commencer, une poétique propre, non seulement à l’époque (où les formes artistiques se mêlent avec conviction) mais surtout à la présence de l’individu, isolé, au cœur de cette époque si bouleversée. Ce qu’expérimente Pireyre, dès lors, c’est une fantaisie prosaïque, qui convoque la marchandise, l’aménagement du territoire en mode «  micro » (la chambre à coucher) comme «  macro » (les zones artisanales et commerciales), les images hétérogènes (issues des mythes et de la littérature autant que des produits les plus « pop », séries télévisées, etc.), et librement associées (comme la psychologie et le bricolage, qui mis ensemble produisent, dès Mes vêtements ne sont pas des draps de lit, une forme nouvelle : le psychobricolage).

Cette poésie-là « fait avec » le monde extérieur contemporain, avec ses productions (objets concrets, idées, usages) et angoisses. Cette poésie-là est même constituée de cette matière documentaire. Elle sera bientôt constituée de la question même de sa documentation. Son écriture est intensément réflexive, mais toujours légère (le sourire sus-évoqué compte pour beaucoup dans cet aspect, qui pourrait paraître paradoxal). En ce sens, Emmanuelle Pireyre, explorant les recoins de nos façons de vivre, de penser, d’agir le monde, pourrait reprendre à son compte la formulation du chercheur Olivier Ertzscheid, selon qui « L’homme est un document comme les autres ». Les données numériques, le data, son abondance documentaire incontrôlée, la difficulté à s’y mouvoir, sont d’ailleurs des thèmes forts de sa recherche :

«  (…) Si bien que ma position quant aux datas serait de les faire entrer assez largement dans le texte littéraire comme prélèvements du réel dans lequel se déroulent nos vies, mais avec l’objectif constant de les décaler, les tordre, les rudoyer, les réinterpréter… bref, de leur nuire. Ce qui n’empêche pas la précision à leur endroit, au contraire. Il est préférable de considérer les données véritables, l’exactitude des noms propres (surtout pas le côté pitre d’un nom vaguement ressemblant), la liste des produits en magasin, la couleur du meuble, la quantité et l’espèce des algues envahissant les rivières, le menu des enfants à la cantine, la bonne version des chiffres économiques, des horaires, et non leurs simulacres ni leurs versions édulcorées.  » (entretien in Devenirs du roman vol.2  : écriture et matériaux, collectif, éditions Inculte, 2014)

L’enquête est bientôt ce qui motive non seulement le propos mais aussi la forme même du livre. Son essentiel Comment faire disparaître la terre (Seuil, 2007) est fondé sur ce principe interrogatif. La question du comment, dès le titre, est déclinée en sous-questions, organisées en parties et sous-parties, sous une apparence d’analyse hyper-méticuleuse. Une parodie d’analyse, croit-on, d’abord par imitation avec insert des incongruités déjà évoquées, mais pas seulement : car là où Emmanuelle Pireyre agit en poète, et ainsi produit autant d’épiphanies que de sens, c’est en inventant des images, aussi inattendues que fortes (amplifiées souvent par association). Ainsi l’usage qu’elle fait de la méthode d’évasion tirée du célèbre film, ou d’un casse-tête d’enfant, dans le livre, a un effet comique, et soudain bouleversant.

De l’astuce comme solution aux complications du monde et de l’existence

« Dans des époques de servitude où le monde est clos, des époques de guerre, de camp, de dictature où presque rien ne peut bouger car le monde est encadré dans un tour en plastique blanc, dans ce genre de cas où on n’a pas envie de rire, il faut se souvenir de la méthode inspirée du petit jeu en plastique : trouver le coin où réside un espace vide, même minuscule, et commencer à faire translater le reste de la matière de la même façon qu’on creuse un tunnel pelletée après pelletée ; ainsi le trou se déplace chaque fois. On peut faire bouger énormément de choses en suivant pas à pas cette recette interminable, il suffit d’être patient, très secret, et très très très persévérant. » (Comment faire disparaître la Terre, Seuil, 2006)

Emmanuelle Pireyre interroge longtemps les choses pour qu’elles sédimentent et agissent. Plusieurs années séparent chaque livre, dans un processus d’agrégation lent – processus qui est sans doute, plus que tout autre, celui qui l’assimile au genre du roman. Quand Féérie générale (éditions de l’Olivier) obtient en 2012 le prix Médicis, c’est un roman qu’on couronne, un roman qui ; s’il convoque, augmentés, ramifiés, les mélanges déjà évoqués ; s’il fabrique des récits enchâssés plutôt qu’un seul  ; les étale dans le fameux temps long, l’épaisseur, du roman. Oui, il en faut du temps pour fabriquer cette vitesse, cette astuce que Charles Robinson dans une critique comparait à de la prestidigitation : dans sa façon de faire, il y a de la passe et de la ruse, il y a du doigt désignant la lune pendant que l’autre main visse une ampoule, il y a une joyeuse habileté à faire voir à cour en même temps que cacher à jardin. Ainsi procède-telle, pour répondre à la question du jardinage (au sens «  micro », encore, minimal, intimiste, comme « macro  », universel, métaphysique : « Comment préserver ce monde du péril qui le guette ? »)  : en laissant la parole à Éric Rohmer, selon un principe de montage à la fois dingue et calme, d’une fantaisie très posée.

Pour cela, toujours, elle agit avec méthode, posant pour principe d’énonciation que le monde, c’est aussi du monde. Que du monde, c’est une multitude, des gens. Ces gens (nous, vous, elle), font des choses, qu’Emmanuelle Pireyre regarde, puis désigne, pointant, d’un doigt agile, choses et gens ensemble et séparément – tissant des liens, des rapports – puis s’en allant sitôt liens et rapports tissés, voir ailleurs.

Emmanuelle Pireyre – et de longue date –, répond à la rituelle question du statut par ce qui n’est pas une pirouette mais une assise  :

«  Vous êtes  : poète ? Artiste  ? Fantaisiste  ? Philosophe  ? Chaperon rouge  ? Romancière  ? », lui demande-t-on parfois.
«  Plutôt une raisonneuse  », répond-elle alors.

Elle ne cherche pas à résoudre, ni à guérir, elle regarde, déjà, elle regarde attentivement, c’est un sacré travail. Un travail aussi joyeux que nourrissant et éclairant.

Guénaël Boutouillet.

 

Notes sur l’encombrement et le paysage du & des bureaux

logo-titre

Notes sur l’encombrement et le paysage du & des bureaux

Changeons d’angle, et spatialisonsobservons notre espace (de vie, de travail) quand nous nous concentrions sur le défilement du temps.

Lecture introductive du texte de Perec dans Penser classer, « note sur les objets qui sont sur ma table de travail »

« Qu’en est-il de votre bureau ? où est-il ? dans votre appartement ? sur l’ordinateur portable ? sur l’ordinateur fixe ? Mais le bureau de l’ordinateur, il est également dématérialisé, de plus en plus, via nuages et externalisations ? Tentative d’appréhension globale, exhaustive, et actualisée de votre table de travail, de ce que vous considérez comme tel, de votre, de vos bureaux. »

Tentative d’usage de mapping et outils dédiés – Pour une écriture heuristique.
Nous utiliserons :
https://www.mindmup.com/#m:a13c092f804715013241313a9923a4dcd2

« sur ce modèle : dessiner deux bureaux – au moins. Et peut-être d’autres divisions.
Ecrire, sauvegarder, exporter – et poser dans un article wordpress. »

(autre logiciel de ce calibre :  http://framindmap.org/framindmap.html#)

Les textes, graphes (dessins, cartes…) sont à lire ci-dessous :

(Cliquer sur l’image pour l’agrandir, et sur la mention pdf pour en télécharger le pdf)
crystal

pdf

jeremy

pdf

marie

pdf

marine
pdf

tina

pdf

Lire & ecrire le réseau social

 lire et écrire le réseau social

 

1 – retour sur expérience

Lecture collective, critique, réflexive, des textes publiés l’an passé :

https://formationslirecrire.wordpress.com/category/cours-et-ateliers-limes-poitiers/201509-11-cours-au-limes-poitiers/

discussion sur ces textes, leur contenu, la publication, le processus d’écriture.

Qu’observons-nous ? Que nous disent-ils ces textes ? Leur articulation, par organisation et distribution des avis (en position démiurgique, ou d’ »éditorialiste ») est l’affirmation d’une position, que cette agrégation, y compris de positions contradictoires, sert l’énonciation de soi, de son propre goût).

Nous observons aussi que c’est un effet du temps passé (du temps passé à cette agrégation, à l’écriture qu’elle constitue) que cette articulation plus précise, au-delà de l’affirmation péremptoire (« spontanée ») du goût requise dans l’instantanéité du réseau.

Nous reparlons d’identité numérique, d’énonciation de soi, et de ce rapport au temps.

2 – présentation de réseaux sociaux par leur usage

le professeur – GB- évoque ses fils et en dépèce les dernières publications, leur constitution dans un graphe social, les stratégies relationnelles à l’oeuvre (par les outils de croisement de données induits par facebook (taggage) et twitter (hashtag)), leur différenciation au sein d’un usage propre qui se constitue et se renouvelle au fil des jours.

Cet usage en est un – la question qui se pose aux étudiants est : quel est le vôtre ? Comment utilisez-vous ces deux réseaux ? Question orale, un premier temps, qui nous permet de clarifier les notion s de public/social /et privé (en citant Dominique Cardon).

3 – proposition d’enquête (et d’écriture)

Remontez votre fil (facebook ou tweeter), relevez sur ce fil toutes vos interventions (publications, donc) concernant la lecture, l’écriture, la littérature, notez-le.

Puis, de cette observation,  du relevé des publications à ce sujet, de leur abondance, comme de leur manque, de leur degré d’implication, de leur modération comme de leur engagement,  de ce qui émerge de cet étrange texte composite et variable au fil du temps qui s’écrit là, tirez une forme de réflexion, de réponse à cette question :

« Comment vous serez-vous du réseau social pour dire quelque chose (et quoi) de vos lectures, de vos rapports au livre et à la lecture, qu’est ce qui écrit en rapport avec la littérature, à cet endroit de publication-là ? qu’est-ce que cela renseigne de votre lecture et de son affirmation dans le monde « social » ?

Les textes sont à lire ici (et à suivre, en dessous de cet article de présentation)

Ce que je lis, ce que j’écris (sur le réseau)

Une date de début : le 28 décembre 2016, le jour où à l’aide d’une image de Charlie Brown, j’ai réalisé la triste vérité : « Mes idoles sont mortes et mes ennemis sont au pouvoir ».

L’annonce d’un nouveau Pierre Carles tente d’adoucir l’ambiance malheureuse, je poste un extrait combiné à la note d’intention du réalisateur. « Un Berge à l’Elysée », On lutte contre mes ennemis, je souris.

Décidément, cette journée est surprenante, la nouvelle tombe, Jacqueline Sauvage est graciée, je partage l’article en cherchant un sens à toutes ces informations contradictoires, peut être un ami lecteur m’aidera à comprendre : « Eh bah c’est pas dommage ». Peut-être pas.

Le lendemain, j’entends une chanson et des bribes de paroles me saisissent, je vais lire la totalité et poste la chanson sous titrée en espérant qu’elle chamboule comme elle m’a chamboulé. Où va le monde ? Un refrain qui fait écho.

Une nouvelle année commence aujourd’hui, pour fêter ça je ne posterai qu’une photo d’un abri bus sur lequel on peut lire « Je suis désolée – signé 2016 ». Ou, comment résumer une année en une image. L’art de la synthèse dans le partage.

Le trois janvier, un gagnant du prix Goncourt des Lycéens me sort de ma torpeur en enchaînant un flot de mots poignards accusateurs des ennemis communs de notre société. Gaël Faye, vite, partager, transmettre et oser croire.

Le 4 janvier, comme souvent les auteurs/illustrateurs McElfatrick et Rob DenBleyker me font rire jaune avec leurs courtes production. Ici, un enfant joue avec son chien à la balle, il fait semblant de lui envoyer en riant « stupid dog », sur le même schéma un père dit à son fils « vas fils, cours après tes rêves, tu peux tout faire ! » et ri en le voyant partir « stupid kid ». Rire jaune.

Après l’humour, le trop sérieux. Indigestion face au mail envoyé à la direction générale de la police aux frontières. Envie de vomir, pas possible de ne pas prévenir, avertir en lisant « L’islam est le cancer de l’Europe. Les musulmans sont ses métastases. Jamais la France n’a été aussi gravement malade. » Haine à vomir devant ce vomissement haineux.

Le lendemain, haine à pleurer. Les ennemis sont infatigables, Gaino le prouve en se désolant de ne pouvoir faire aucune économie avec son triste salaire de 5100 euros par mois. Où est le sens de réalité ? Besoin de partager, ou de décharger, je ne sais plus vraiment.

Le 6 janvier, un sourire, un petit gif qui appuie sur le rôle du livre donne espoir. Un enfant gris dans un monde gris découvre les couleur et la joie en ouvrant un livre. Rêve ? Espoir ? Vérité ? Partage.

Le 8 janvier, le triste anniversaire de mon poète préféré, David Bowie. Honneur en pleurs.

10 jours sans lectures partagée, une vidéo intitulée « chômage : en baisse, vraiment ? » donne du grain à moudre, propose une nouvelle approche, démonte les préfabriqués médiatico-gouvernementaux. Partagez, évacuer, un devoir citoyen ?

2 jours après un nouveau morceau de musique exprime bien mieux que moi ce que j’aimerais dire. On met en lien Papillon Paravel qui parle de « la même » et on lit, toujours plus avidement ses paroles qui hurlent. Partage ? Décharge ? vomir ? Vomir l’ennemi.

Le 20 janvier on peur de honte. On guette, on vomit, on partage même pas, on flippe son devoir de citoyen et on ne décroche pas le regard de l’ennemi, partage, décharge, carnage. On enterre l’espoir.

Ce qui n’apparaît pas de mes lectures ?

La forme livre disparaît presque entièrement de ma vie sur réseau social. Plusieurs aspects peuvent l’expliquer :

    • je ne pense pas que mon « réseau » soit un public « cible », pas ceux qui suivent attentivement les publications.
    • j’écris, je partage par peur d’être seule dans une révolte sourde. Je vais communiquer ce qui rend espoir, ce qui indigne pour chercher la réaction.
    • Le réseau social est pour moi plus un moyen de découvrir. Certainement un reste de mon manque de confiance mais je cherche à dénicher sans penser pouvoir « inspirer » par moi même. Une dénicheuse de mots au service de l’indignation.
    • Mes lectures du moment sont surtout numériques et encore trop peu connues de moi. Je ne l’ai pas encore assimilé, je ne me suis pas consolidée grâce à elles.
    • Chaque livre devient une part intime de moi à travers l’interprétation que j’en fais, à travers le sens que je mets derrière ces phrases. Je lis personnel.
    • Le réseau social, bizarrement parlant, n’est pas un miroir. Je mets un point d’honneur à ce qu’on ne puisse connaître de moi, pas grand chose de personnel. Exposer mes lectures serait comme exposer une photo de nu ou exposer un extrait d’autobiographie mollement romancée.
    • Au contraire, exposer ma vision du monde ne me semble pas si personnel. Le réseau social comme assurance de ne pas être la seule à penser ce que je pense.
    • Et le réseau social comme mal être d’être la seule à se sentir touchée par certains sujets.
    • Incohérence, dichotomie, partage de la solitude et solitude de l’être multiple.

L’absence de livres sur les réseaux sociaux représentative d’une peur du dévoilement affectif. Un dévoilement plus personnel qu’une conviction politique. Une vision bien personnelle.

Chrystal Charrié.

La vie des autres

Publiant très peu de liens, articles sur Facebook, il m’arrive néanmoins de partager diverses vidéos en rapport avec la politique, la société, mais également des pétitions d’Amnesty, des citations ou articles provenant de sites satiriques, des photos de mes voyages ou de concerts… Mais probablement par manque d’envie, cela reste une chose bien rare. Ne prêtant pas attention aux réseaux sociaux, Facebook n’est pas un support primordial et je préfère tout simplement envoyer des liens dans le cadre privé. Certes, je suis la première à divaguer sur les divers liens partagés par les autres membres, à m’intéresser et commenter des publications, à communiquer et interagir avec des proches, mais je ne ressens pas l’envie de partager régulièrement en public, mes sources d’intérêt ou des moments personnels. J’y puise quelques bribes d’information, mais ce n’est qu’un support parmi tant d’autres. Du coup, mon entourage partage bien plus que que moi des liens sur mon mur, un mur qui me discréditerait à coup sûr d’un point de vue professionnel, notamment face à l’apothéose de liens parfois sérieux, mais qui sont, la plupart du temps désinvoltes et drôles.

Le dit et le non-dit

Le public auxquels s’adresse mes publications ne sont pas de grands lecteurs et ne s’intéressent pas tous à la littérature. Selon la nationalité et l’âge des contact Facebook et Instagram, nous pouvons expliquer ce manque flagrant d’intérêt pour la littérature, Ce qui revient assez souvent sont les romans qui ont eu droit à un adaptation cinématographique ou à une série télévisée ainsi que les bandes dessinées, ce qui nécessite pas un grand effort de lecture ou de compréhension, Parmi ces œuvres qui ont été cité sur l’un des réseaux sociaux, nous notons plusieurs publications faisant référence à Game of Thrones écrite par George R,R Martin, Harry Potter de J,K Rolling, Donnie Darko de Richard Kelly, American Psycho de Bret Easton Ellis. On cite les paroles de Victor Hugo et D’Oscar Wilde, mais cela passe inaperçu. On cite des Bandes dessinées méconnues, jugée trop dérangeante par mes lecteurs, un seul like, aucun commentaire. En somme, rien de bien productif n’a été publié sur ce mur. Je n’ai considéré celui-ci que comme une cours de récré. Je parle de mes pauses, de mon investissements scolaires et de ma volonté d’avoir plus de temps pour moi ce qui est assez paradoxal car je perds le peu de temps que j’ai à écrire des statuts « je n’ai plus le temps… ». Beaucoup partagent leurs coups de cœur sur mon mur. Cela en dit d’avantage sur moi que sur eux. Je préfère laisser les autres remplir ce mur qu’exprimer mes propres idées, je m’autocensure afin de « fit in ». De m’intégrer dans une société nouvelle qui n’en a rien à faire des événements politiques révoltants, de la culture. De nombreux grands noms disparaissent mais on leur préfère des débats sur la couleur d’une robe ou d’un cuisinier qui d’un geste inhabituelle, rajoute du sel à son plat. Au final, Facebook n’est qu’un semblant de paradis ou les simples d’esprits sont plus nombreux que ceux qui ont vraiment soif d’apprendre. Nos lectures appartiennent désormais à notre vie intime car elles en disent beaucoup sur que l’on est et on ne veut surtout pas être : des paria aux yeux du monde. On fait une tentative, on partage un documentaire historique pour manifester notre passion pour une époque révolue, aucune réaction, on efface, on change de photo de profil, tout le monde rapplique ,.le paraître est important sur Facebook, encore plus sur Instagram, nid du narcissisme par excellence, mode d’emploi: photos de lieux de vacances exceptionnels pour montrer qu’on a les moyens, photos en tenue de sport pour montrer que l’on prend soin de ce corps et de nourriture pour faire voir aux autres qu’on mange sainement, qu’on va de temps à autre au Starbucks parce que c’est tendance, ne pas oublier les photos de « Notre » chez nous, en l’occurrence un lieu paradisiaque sorti tout droit d’une carte postale et les photos de ce que l’on porte sur le dos, que l’on ne porte qu’une fois et pas dehors, mais l’on sait tout au fond de nous que comme Chuck Palahniuk le dit si bien…tout ce que nous possédons fini par nous posséder, dernière publications sur instagram, je me fais les ongles, je choisi la mauvaise couleur, même mes mains et mes pieds ont plus de fans que la littérature.