Une histoire des abeilles, Maja Lunde, éd. Les presses de la Cité (2017)

« Trois romans en un, où se mêlent la problématique écologique et la question des rapports de générations au sein de la famille. Habilement pensé et agencé, ce tableau de l’avenir a de quoi glacer les sangs. »
Le Monde des Livres

Roman d’anticipation, saga familiale, récit écologique. Il est difficile de classer Une histoire des abeilles tant il englobe chacune de ces catégories. Au travers d’un triptyque, Maja Lunde dresse trois situations, trois récits de vies à des époques et continents différents qui se jouent autour des abeilles.

Angleterre, 1851. William échappe à la dépression pour renouer avec son fils. Pour cela il reprend ses recherches scientifiques autour des abeilles. Il crée ainsi une ruche permettant de récolter le miel en faisant le moins de mal à celles-ci.
Etats-Unis, 2007. Georges, petit apiculteur d’une entreprise familiale, se retrouve confronté à la fois aux refus de son fils de reprendre l’entreprise familiale ainsi qu’aux premiers effondrements de colonies des abeilles.
Chine, 2098. La Chine pollinise à la main, les insectes polinisateurs ayant disparu. Tao fait partie de ces Hommes-abeilles. Face à l’accident de son fils, elle replonge dans la catastrophe qui a touché l’humanité. La disparition des abeilles.

Une histoire de transmission familiale

Les liens filiaux sont au cœur de Une histoire des abeilles. William, Georges et Tao se battent pour leur fils, pour leur transmettre un avenir meilleur. Les récits s’alternent, nous passons d’une époque à l’autre sans perde le fil. Les abeilles faisant le lien entre ces trois individus de chapitre en chapitre.

Chacun souhaite transmettre à leur fils la capacité de faire face au monde. Tao tente de lui d’apprendre à compter avant qu’il ne soit trop tard. Le travail dans les arbres commence dès l’âge de 8 ans. Georges souhaitait léguer ses ruches à son fils comme le voulait la tradition familiale. Mais celui-ci refuse et décide de devenir journaliste. Quant à William, il voulait que son fils soit fier de lui en reprenant ses recherches. Mais la science évolue tout le temps et n’attend pas.

Que laissera-t-on aux générations futures ? Cette question est sous-entendue à plusieurs moments dans le récit. Chaque personnage a construit sa vie autour de celle des abeilles. Leur survie dépend de celle des abeilles. Georges utilise les modèles de ruches qui se sont transmises de générations en générations. S’il les garde c’est qu’il considère qu’elles sont bonnes pour ce futur qu’il espère donner à son fils.

« Lorsqu’ils apprenaient que nous fabriquions nous-mêmes nos ruches, les gens se moquaient. Aucun autre apiculteur ne le faisait, ça prenait bien trop de temps. Mais c’était ainsi que nous avions toujours procédé, dans la famille. Nos ruches étaient uniques, quoi qu’en pensent les médisants, et j’étais convaincu que nos abeilles s’y sentaient mieux que dans n’importe quelle caisse construite en usine. »

Un roman écologique

C’est au travers du cadre de la transmission familiale que la question de la sauvegarde des abeilles émerge. Ils cherchent à protéger les abeilles comme il essaye de le faire avec leur famille.

Attendrie devant la volonté de William de faire honneur à son fils. Enervé face au comportement de Georges qui refuse en bloc ce que souhaite son fils. Fasciné par le courage de Tao qui s’aventure dans les méandres de la capitale en ruine à la recherche de son fils. Nous sommes pris dans un tourbillon d’émotion qui nous entraine dans l’histoire des abeilles. De leur industrialisation à leur extinction.

Le roman est très documenté sur le syndrome d’effondrement des colonies des abeilles. Il met en évidence tous les éléments avant-coureurs qui ont mené au grand Effondrement que la Terre a subi.

« 2007. C’était l’année où l’on avait donné un nom à l’Effondrement : CCD – pour Colony Collapse Disorder, soit le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles.
Mais cela avait commencé bien avant, comme je le découvris avec un film sur l’apiculture au XXe siècle. Cette activité avait prospéré de manière spectaculaire après le Second Guerre mondiale, les Etats-Unis à eux seuls ne comptaient alors pas moins de 5,9 millions de colonies. Mais en Amérique comme partout ailleurs, les abeilles se mirent à connaître une forte mortalité. En 1988, le nombre de ruches avaient diminué de moitié. Beaucoup de régions étaient touchées par ce phénomène, apparu dès les années 1980 dans le Sichuan. Il fallut cependant attendre que l’hécatombe atteigne les Etats-Unis – en 2006 et 2007, des milliers de ruches disparurent en l’espace de quelques semaines – pour que l’on nomme enfin le phénomène : l’Effondrement. En ce temps-là, une simple catastrophe en Chine ne méritait pas que tous les chercheurs de la planète se penchent sur la question. Comme les choses avaient changé, depuis. »

En partant de ces éléments, Maja Lunde dresse un futur hypothétique qui vire au cauchemar. La misère et les guerres ont ravagé la Terre. Seul l’ordre mis en place par le pouvoir chinois à réussit à les sauver. La catastrophe annoncée dans le roman parait planer au-dessus du lecteur tant les hypothèses paraissent crédibles. Ainsi, ne tombant pas dans les travers du divertissement, il offre une réelle réflexion au lecteur. L’utilisation d’une construction simple où chaque récit succède à l’autre permet de garder l’attention du lecteur. Ce roman égologique interroge le lecteur sur sa propre conception du futur, sur ce qu’il veut transmettre.

« L’éducation : sans elle, nous ne sommes rien. Sans elle, nous sommes des animaux. »

Thelma Houdayer

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Tyrannosia, de Adrien Thiot-Rader (La joie de lire)

J’ai déniché cet ouvrage dans une librairie jeunesse, au milieu d’une étagère de bande-dessinée. Tyrannosia, d’Adrien Thiot-Rader publié par les éditions LA JOIE DE LIRE, ce livre assez fin et plus petit qu’un format de BD, n’avait selon moi rien à faire sur cette étagère-là. Mais j’y reviendrai un peu plus tard.

L’importance de l’esthétisme percute dès la première prise en main de l’objet. Les illustrations envahissent l’ensemble de la couverture, laissant tout juste assez d’espace pour le titre, l’auteur, l’éditeur sur la première de couverture, et le résumé sur la quatrième, eux-mêmes annoncés simplement et sans artifices. Les couleurs chaudes que sont le vert pâle, le marron et l’orange occupent l’espace de manière équivalente, tout en restant très doux, grâce à des arbres à formes originales. Ces mêmes arbres laissent entrevoir quelques têtes de dinosaures ici et là dans les mêmes tons, obligeant à prendre son temps pour tous les apercevoir. Particulièrement attachée au physique d’un livre, l’harmonie des couleurs a potentiellement déterminée mes attentes quant à l’histoire que j’allais trouver à l’intérieure. J’avais envie de voir beau et sortant de l’ordinaire.

Et c’est exactement ce que mes yeux y ont vu. D’abord très étonnée de la structure du livre, les doubles pages et le changement de couleurs au fil de l’histoire ont répondu à ces attentes données par la première de couverture. Couleurs chaudes, couleurs froides, puis les deux, c’est confortablement installée sous ma couette que j’ai pu m’attarder sur chacune des petites scènes présentées.

Au-delà d’une simple histoire, le résumé annonçait déjà la dimension jeu du livre. Et bien que les différents exemples que l’on peut trouver dans cette catégorie sont pour la plupart assez traditionnels – type Où est Charlie ? – , celui-ci est aussi bien reçu comme un jeu que comme une histoire.

La quasi-absence de toute forme de narration -qui m’a beaucoup surprise- a évidemment laissé mes yeux s’imbiber de l’histoire par ses dessins pour mon plus grand plaisir. Car en effet, il s’agit ici d’un livre dont les images assument entièrement le récit.  J’entends par là qu’il n’y a aucun mot, aucune phrase, hormis l’onomatopée « BA », qui constitue le dialogue entre les dinosaures. Cependant on peut considérer que les pictogrammes rattachés à l’énonciation du petit robot, personnage principal, sont la matière textuelle de ce livre. En effet c’est par ces derniers que l’on comprend ce que le personnage dit et fait. Ils ne prennent cependant que très peu de place dans chaque page, puisque chaque page ne contient qu’un seul dessin voire qu’une moitié pour les doubles pages. Difficile alors de pouvoir en tirer une citation quelle qu’elle soit. Ou alors, on choisirait une image car il n’y a plus qu’elles pour assumer ce rôle. Cette utilisation de texte graphique répond sans doute d’une part à l’originalité à laquelle les illustrations font appel, mais aussi au niveau de capacité du lecteur qui est annoncé à partir de six ans sur le dos de l’objet. Ils permettent donc que l’on soit grand ou moins grand de comprendre la narration des images dans un autre langage encore plus accessible.

J’aimerais maintenant revenir et conclure sur la qualification de bande-dessinée qui a été attribuée à cet ouvrage. J’avoue ne pas comprendre d’où cela peut bien sortir étant donné que tout ce qui fait de ce livre un livre se rapporte à la définition d’un album (format et illustrations) -en tous cas pour moi. Je n’ai pas encore trouvé d’explication à cette question, ce qui est probablement dû à sa récente publication, mais je pense retourner dans cette belle librairie où je l’ai trouvé, pour interroger sa vendeuse.

Tiphaine C.

 

Quelques illustrations ici : http://www.lajoiedelire.ch/livre/tyrannosia/

Dernière sortie pour Wonderland: L’inavouable histoire de la véritable Alice et de Lewis Carroll, son bourreau (13/11/17)

Dernière Sortie pour Wonderland: L’inavouable histoire de la Véritable Alice et de Lewis Carroll, son Bourreau écrit par Ghislain Gilberti en Août 2017 et publié chez Ring est une réécriture du conte victorien Alice au Pays des Merveilles. Le livre s’inscrit dans un corpus déjà établit et clairement assumé par l’auteur, ce qui est visible par le fait que le nom de Tim Burton, réalisateur d’Alice au Pays des Merveilles et producteur Alice de l’Autre côté du Miroir,  est cité dans le livre. Il est également mentionné le dessin animé de Disney qui a rendu populaire l’image de la petite fille blonde qui plonge dans un univers étrange et coloré. Le corpus est également musical puisque l’on mentionne l’album Eat Me Drink Me de Marilyn Manson et plus particulièrement la chanson « Are You the Rabbit ? » via une citation direct en début de chapitre. Ces citations sont omniprésentes car régulières tout au long du livre et servent souvent d’en-tête à différents chapitres jalonnant ainsi le livre par des influences aussi diverses que variés avec par exemple Sade, Caraco ou encore Proust. Ces divers champs de références et d’inspirations nous donne déjà l’ambiance dans laquelle le lecteur va se retrouver plongé. L’omniprésence de Marilyn Manson nous donne déjà l’angoisse de part le personnage ambigüe que le chanteur à créé ainsi que sa musique pour le moins angoissante et ses paroles crues. Mais nous avons également une vision très coloré de l’environnement avec l’annonce du dessin animé de Disney dont les couleurs sont vives et dont les personnages sont, certes fous, mais aussi très vivants et pour certains attachants. Vision qui est additionnée à une esthétique profondément malsaine et qui s’enfonce dans l’horreur à l’image du jeu vidéo Alice Madness Returns réalisé par American McGee qui nous offre une vision dérangée, dévastée et gore du Pays des Merveilles devant être sauvé par une Alice considérée comme folle depuis la mort de sa famille dans un incendie.

Un autre point important et intéressant de Dernière Sortie pour Wonderland est le système d’alternance qui rythme le livre. On remarque rapidement que l’auteur fait régulièrement des sauts allant de sa fiction à une biographie de Lewis Carroll. C’est ici que l’étrangeté s’installe vraiment enfonçant le lecteur dans l’horreur du conte très populaire d’Alice au Pays des Merveilles. Ghislain Gilberti s’appuie sur une documentation très fournie concernant la vie de Carroll et sa relation avec les petites filles et notamment avec Alice Liddle et ses sœurs. L’auteur énonce clairement l’éventuelle pédophilie dont est soupçonné Lewis Carroll et qui fait encore débat parmi les spécialistes de Lewis Carroll. Je conseille donc aux éventuels lecteurs de prendre du recul vis-à-vis de ce point car l’auteur semble certes s’appuyer sur des documents authentique dont le journal intime de Lewis Carroll et ses photos. Il faut avoir en tête que , à condition que cette pédophilie s’avère véridique, si pour nous à notre époque certaines de ces photos sont de l’ordre de la pédophilie, il n’en va pas forcément de même pour l’époque victorienne. Les parents, particulièrement les mères, des petites filles étaient d’accord pour que leur enfant soit prise nue en photo, considérant le nu d’enfant comme asexué et esthétique. Même si Gilberti nous met devant le fait même de la pédophilie avec des descriptions brutes et sans fioritures, il ne faut pas perdre de vue que Lewis Carroll est le méchant de l’histoire et qu’il fallait quelque chose pour que l’on se mette du côté de l’héroïne. La deuxième alternance visible dans le livre est celle du trip et de la réalité. Si l’héroïne se trouve plongée dans la Pays des Merveilles c’est suite à la prise d’une drogue inconnue qui a projeté son corps astral en dehors de son corps de chaire. De ce fait par moment nous avons des retours vers cette enveloppe charnelle vide et délaissée dans les toilettes d’une boite de nuit. La troisième forme d’alternance prend l’inverse de la deuxième, c’est à dire que l’héroïne est retournée dans son corps mais est prise d’hallucinations visuelles et auditives en provenance du Pays des Merveilles. Elle ressent des restes des sensations provenant de blessures infligées durant ses combats sans pour autant en avoir de traces sur sa peau. C’est alors que l’on se demande à quel point ce qu’elle a vécu est réel ou non. Ces alternances font du Pays des Merveilles un monde à la fois sombre et extrêmement coloré voir psychédélique. Donnant un rythme effréné à l’histoire dans lequel le lecteur perd autant ses repaires que l’héroïne qu’il suit mais surtout le côté malsain dut au thème de la pédophilie présent dans chaque pages du livres parce qu’elle en est le moteur.

Pour finir je vais aborder le thème de la narration qui reprend des schémas classiques, notamment celui du conte, et convenue pour en faire quelque chose de très original. Ainsi le lecteur est immédiatement plongé dans l’action avec un début in medias res dans une boite de nuit. Le narrateur est extérieur, ce qui nous permet d’avoir une vision globale de l’environnement dans lequel le personnage se trouve mais nous sommes placé du point de vue de ce dernier. Nous avons donc une narration à la troisième personne tout en ayant que les pensées et ressentis du personnage principal à la personnalité saine et lucide, bien qu’il prenne régulièrement de la drogue tout en ayant conscience des conséquences que cela implique, qui plonge dans un monde peuplé de fous et de créatures étranges. La prise de drogue est donc une première rupture du schéma classique de la narration car ouvre la porte à un langage assez inhabituellement vulgarisé au point de reprendre le langage courant de notre époque et toutes les insultes que ce dernier implique.

Pour conclure, Dernière Sortie pour Wonderland est une sorte de clôture à tout l’univers étendu d’Alice au Pays des Merveilles en dévoilant la vérité derrière la façade attrayante proposée par Disney. Ce roman se démarque par son écriture scénographique, donnant l’impression de passer de tableau en tableau ou plutôt de case en case donnant l’impression d’une partie d’échec entre Ghislain Gilberti et Lewis Carroll opposant leur reine dans un combat sans merci. J’ajouterais tout de même que ce livre n’est pas à mettre dans toutes les mains et je le déconseille à toute personne à l’âme trop sensible.

 

(Rollet Florine)

 

Contrôle à renouveler

Mathilde Durant _ 1-0-0-0-1-0
…Recherche…
Naissance Montreuil.

Danger.

… Recherche …
Réseau social

Activité moindre. Potentiel danger.

… Recherche …
Universitaire. Master LIMES

Activité cérébrale. Intérêt pour communication et littérature. Danger.

… Recherche…
Site internet. Création 2015. Moovance.

Activité sportive et sociale. Danger.

… Recherche…
Consultation Amazon.

Achats de produits chinois. Attitude consumériste. Comportement OK. Rien à signaler.

… Recherche…
Visionnage de vidéos

Replay. Heure de consultation : 22h24.
Consommatrice de télévision. Comportement OK. Rien à signaler.

Conclusion de la recherche du 18.09.2017 16’20 »34
Activité attestée. Vie sociale effective. Danger potentiel. Contrôle à renouveler.

Rollet Florine

Licenciée en Lettres Modernes, je suis un Master Livres et Médiation pour devenir libraire.
Vivant dans le Jura et aimant les contes, les mythes et les légendes qui nous sont parvenus du fond des âges sous la forme de la fantasy.

Mon mémoire portera sur toutes ses histoires héritées de notre passé et transformées jusqu’à devenir l’un des genres les plus trans-média de notre époque.

Cunégonde ?

Marie Gréau ; un profil linkedin, un passage à l’université bordelaise Michel de Montaigne. C’est vraiment tout ce que je peux apprendre de toi ? Qui est donc cette Cunégonde Le Château  qui arbore le même visage, cuisine des pages et dévore des livres sur wordpress ? Laquelle des deux est la plus absurde ? C’est très certainement toi, le même visage encore, qui montre une vie de rêve entourée de livres et de beaux paysages sur instagram.