Se donner à regarder – à partager

 

Drôle d’affaire que celle-ci. Mais les ponts se fabriquent dans ma tête qui se transforme en vraie toile d’araignée (oui. 27 ans pour en arriver à percuter le jeu de mot.)

Des outils connus,  d’autres méconnus et parfois des nouvelles utilisations se dessinent et s’affinent. Le tout sur une chaise plutôt vindicative qui malmène mon dos et me fais gesticuler comme une môme de six ans à l’idée de la récré imminente.

Alors,

un public addict aux nouvelles technologies. J’AI.

un public éloigné et réfractaire à l’écriture. J’AI.

une envie et un réel besoin de partager et surtout d’être écouter. J’AI !

 

J’imagine, mon fidèle kangoo se garer sur l’emplacement de M.T qui va surement m’avalancher à mon arrivée, pas si rustre, juste sa manière à elle de dire bonjour. J’imagine, l’installation de la table, mes fidèles pancartes passées patiemment à la plastifieuse, des crayons et surtout du thé et un thermos de café. J’imagine, le tour du terrain, l’annonce de ma venue. J’imagine la tablette, L. qui me raconte ses années de vendanges, et moi à côté qui écrit comme elle parle. Premier pas. J’imagine des bouts ramassés au fur et mesure.

J’imagine, un tumblr (beurp), des jeunes (faut bien trouver quelque chose pour les hameçonner), un partage, des mots écrits par d’autres, une histoire commune, des doigts qui ricochent, un lien construit de temps, de confiance. Regarder autrement la vie ordinaire, la débusquer, et puis pas seulement en parler quand c’est pire. « les trains n’existent que s’ils déraillent … ».

Fiona.

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Kenferre

Utiliser les outils web les plus populaires. Observer comment ils sont détournés et pervertis pour en faire des outils de poétique.

Partir smartphone en poche et traquer la poésie, non pas où elle se cache, mais partout où elle se montre.

Sur Instagram, la poésie s’écrit sur des feuilles arrachées, se tatoue et se calligraphie. Le livre se met en scène et se chorégraphie.

Prendre de la graine là où la graine est semée.

Faire feu de tout bois et écriture de tout emoji.

 

 

 

Consigne d’exostivité

Voix éraillée pt’it bout en bas de l’escalier  « Man’Jess!… » Silence… ça sens bon le début d’ journée,  j’attrape l’iphone 5C bleu azur  reconditionné … loin du 7hoo du mat’ j’ôte le mode avion, actionne le wifi, en widget les actu’ du jour, coup d’œil rapide sur les gros titres, descente d’escalier…pieds nus et connecté. P’tit bout a son rituel « Zootopie Man’Jess s’teuu p’ait » , manette de la play station dans une main et biberon dans l’autre, je lance la lecture du DVD sans oublier de choisir le chapitre préféré du microbe à peine réveillé, rapidement nouvelle demande « Man’Jess l’autre zouzou  » signification,  Mon fils veut finalement l’ipad, Clic rapide, appli’ des ZouZou dessins animés destinés aux gnomes  en bas âges, pour finalement le voir  quitter l’appli, quelques minutes seulement… pour Youtube  évidement! où le jeune homme trouve instantanément ce qu’il convoite  dans l’historique, à droite. J’l’observe, Lui autonome, Moi café et mobile en main, j’enchaine ; consultation des mails, passage sur l’actu,  la météo du jour, je me laisse distraire, virée sur Facebook, débrif’ de la soirée passée les potes ont encore tagué, sourire aux lèvres la plus part du temps, un Bip… 1er message de la journée, forfait comprenant les sms illimités j’réponds, je ne me fais pas prier!…et ce pour toute la journée.

Jess.

Mes doigts ricochent …

Le réveil sonne. Une voix me surprend. J’émerge. La radio est mon bruit de fond, elle se dispute mon attention avec mes songes à peine effacés.

Plus tard.

Je ricoche. Smartphone. J’effleure. Je désactive le mode hors avion. Facebook. Réception des manifestations de pensées tardives.

Je ricoche. Ma radio grésille.

Plus tard.

Je ricoche. Ma tour centrale s’allume. Mes doigts ricochent sur le clavier, les pages s’affichent, s’accumulent. Mail. Serveur. Téléphone professionnel. Je ricoche. Cafetière. Bouilloire. Les pas dans l’escalier annoncent l’un ou l’autre. Deviner. Je ricoche. Anticipe. Mon doigt déverrouille la voiture. Je roule. Les portes claquent. Je rentre. Google Form. Outil de « reporting ». Mail. Téléphone. Chercher des réponses. Des pistes. Je ricoche. Mes yeux fatiguent. J’enfile mes verres.

Plus tard. J’ai raté le coche …

Passer à travers un clavier, tellement ordinaire. Je n’y prête plus attention, j’entends autour de moi le vacarme des doigts qui ricochent sur les touches. Combien de touches sur un clavier ? Sur quinze claviers ? En tout je veux dire ?…

Les doigts sont mes outils, comme mes écrans, mon intention est habituelle, savoir, prendre connaissance, avoir une vision global, m’organiser, pour enfin être au plus prés de ceux pour qui j’estime être au service. Au service du lien tiens, c’est plutôt original. L’écran reste un support, c’est le reste l’important. Mais je le découvre sous un nouveau jour, combien de doigts pour enregistrer un nouveau contact. Trouver la bonne infos, écrire vite pour transmettre. Et surtout, ne pas perdre le fil, ne pas perdre la présence de l’autre, un objet présent qui devient lui aussi support de lien, d’échange. Découverte mutuelle, commune d’une difficulté passagère.

Mon portable sonne. « Tu en es ou? Tu es parties il y a un moment ! » – Être disponible, aucune excuse et quelques remontrances en cas d’appels manqués ou de mail resté sans réponse. Vite, ricocher, effleurer, taper, répondre, envoyer.

Et pourtant … Il est où mon carnet corné que je fasse le vide. Mettre de l’ordre dans mes idées. Mon crayon, le son de sa mine. Moi qui décide, à mon rythme. Je perd le fil. à droite de mon écran cinq déjà s’accumulent, mes mots, ceux des autres, des phrases attrapées au vol, des penses bêtes. à travers un clavier, mes mots semblent hachés, le son des touches illustre le principe. Vite, je ricoche.

Je rente. Cinéma. Film. NAN! Mon livre, mes pages. La paix.

Encore une consigne piétiné. Mais des idées qui germent. C’est lui qui l’a dit. L’écriture est moyen de penser.

Merci brouillon.

Coup de grisou

Au bout des prises / Post et repost / C’est le checking du matin / Un selfie pour la route / Un selfeet pour la forme / Cadre filtre et refiltre / Souvenirs et anniversaires en commentaires / Chatons et lapins cromignons / Le gif nous fait de l’œil /Je te parle en mp / Tu réponds par mail / Mes flux sont agrégés / Sur le fil du hashtag nous sommes l’actu / Bip bip et le  messenger / Dernier check avant la nuit

 

 

 

Réseau social

Il y a La Poule qui Pond qui édite des albums jeunesse.

Il y a La Revue des livres pour enfants avec le sous-titre « Au risque de la politique », co-diffusée par la BNF et le Centre National de la littérature pour la jeunesse.

Il y a un article d’Actualitté qui parle d’une adaptation en comédie musicale des 50 Nuances de Grey.

Il y a un (autre) article d’Actualitté qui parle d’un prof japonais qui menace ses élèves avec un Death Note.

Il y a l’annonce de la mort de Gotlib.

Il y a un abécédaire sur l’univers de Lovecraft, conçu pour les tout-petits.

Il y a Frida, l’un des derniers albums de Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe.

Il y a un article que j’ai écrit sur l’illustration de l’Albatros par l’illustratrice jeunesse Mathilde Magnan.

Il y a un article que j’ai écrit sur Pourquoi les lapins ne portent pas de culotte par Antonin Louchard.

Il y a l’annonce de la sortie du dernier recueil de nouvelles de Stephen King.

Il y a l’Odieux Connard qui fait une lecture critique et sarcastique de Grey.

Il n’y a pas, paradoxalement, tant d’avis de lectures que ça.

On trouve des variations de l’affiche de La La Land, Emma Stone et Ryan Gosling remplacés par les Teletubbies.

On trouve les bourrelets du chat.

On trouve une photo qui nous demande si nous serions pas des cas désespérés.

On trouve une phrase en guise de couverture qui dit que la mauvaise humeur est dans ma nature.

Et alors une cousine me dit que ce doit être mon côté breton.

 

Jeremy Barraud

Leurs crimes ont commencé quand ils se sont attribués le nom de médecin

1389.8 Holocaust I

Hippocrate aux enfers, les médecins de la mort

Michel Cymes

Éditions Stock en 2015

Collection Le Livre de Poche (réédition) en 2016

Michel Cymes, né en 1957, est animateur sur France Télévision et médecin dans un hôpital parisien. Ses deux grands-pères, polonais et juif ont fini leur vie à Auschwitz. Il a dernièrement écrit Vivez mieux et plus longtemps (aux éditions Stock).

Le noir de la couverture expose cette facette de l’histoire qui n’est pas étudiée dans les programmes scolaires et qui se retranche dans l’ombre de cette période de la Shoah : les expériences médicales qui ont été infligées aux déportés dans les camps de concentration. De chaque côté du titre, des barbelés inspirent l’oppression des condamnés.

« Que fait donc ce petit bout de femme mal à l’aise sur cette chaise d’accusée ?
Herta Oberheuser essaie de se défendre.
Comme elle peut.
Elle doit répondre aux accusations de celles qu’elle a accompagnées vers les mains des chirurgiens nazis. Tous les Kaninchen, les « petites lapins », n’ont pas succombé aux traitements odieux qui leur ont été infligés. Quelques victimes sont là pour raconter, Vladislawa Karolewska, Maria Broel-Plater, Sofia Maczka, que des femmes, parce que le camp de concentration de Ravensbrück a pour particularité d’être réservé aux femmes.
 »

Ces médecins de la mort n’ont pas de faciès : ils sont des hommes, des femmes, ont une famille ou non et n’ont aucunement un physique qui laisserait à penser toutes les horreurs qu’ils ont fait subir.

Michel Cymes nous fait découvrir les expériences médicales qui ont été infligées aux déportés, sans leur accord. Entre les personnages marquants de cette période et leurs essais sur des êtres vivants qu’ils ne considéraient plus comme tels, les lettres de ces derniers et le procès de Nuremberg, un engrenage s’articule liant ces différents éléments.

Il n’est pas nécessaire pour le lecteur d’avoir des connaissances spécifiques sur cette période de l’histoire pour s’y intéresser, cela relève du devoir de mémoire. Expliquer comment les « médecins » ont procédé durant leurs expériences ? Comment ils l’ont fait ? Pourquoi / Dans quel but ? Quelle justice a été rendue ? Car si certaines de ces expériences ont fait avancer la science et la médecine, à quel prix était-ce ?

La documentation est fournie : constituée d’une bibliographie complète et enrichie par un auteur qui est allé sur les lieux. C’est cette même documentation qui amène une ambiance lourde où l’on prend conscience de la souffrance qui a était infligée à un être humain tout en restant spectateur de l’amusement des bourreaux. Un sentiment de révolte et d’indignation naît en nous, tout en nous ramenant à notre statut de simple de lecteur.

Lien externe :
http://www.editions-stock.fr/hippocrate-aux-enfers-9782234078031
http://www.livredepoche.com/hippocrate-aux-enfers-michel-cymes-9782253185741

Image :
https://www.ushmm.org/wlc/fr/media_ph.php?ModuleId=10&MediaId=1237
« Le banc de la défense et les avocats de la défense se consultent pendant le procès du docteur. Nuremberg, Allemagne, du 9 décembre 1946 au 20 août 1947.
US Holocaust Memorial Museum »

Julia CAILLAULT