Séance 2 : que dire d’un livre, qu’écrire de ce « dire » ?

Cours limès 2 / 9 et 10 novembre 2015

[Lire l’ensemble des notes de lecture produites]

1-Lecture des textes produits la fois précédente

« paysages de lecture ».

Contrainte de lecture + Contrainte d’écoute

« partant de la page du blog, on enchaîne l’ensemble des textes sans distinction d’auteurs. Chacun une minute et ça enchaine. »

« notez de chaque lecteur une phrase ou approchant ».

Retour collectif, qu’observons-nous ?

2-Les livres

Deux livres ont été sélectionnés par chaque étudiant – L’un contraint, l’autre non.

A – à main levée, en une phrase en utilisant tout signe de ponctuation sauf le point, écrire ce que j’ai à dire de chaque livre sans consulter aucun note.

Puis exercice proprement dit :

Que lire d’un livre, qu’écrire de ce Lire ?

Principe annoncé

Se documenter, et documenter en retour. Venez avec un livre. Nous tenterons, ensemble, d’en écrire quelque chose qui soit : documenté, tissé du Monde, du réseau, et des autres ; et qui soit en même temps : de vous, pleinement personnel (et verrons comme c’est, sans doute, indissociable).

Déroulement de l’atelier

Il ne s’agit pas d’une méthode ou d’un cours de journalisme, d’un guide de « bien-écrire », d’un manuel d’usage de communication (tout ceci se trouve aisément sur le web, chartes éditoriales de site et  : il s’agit, se penchant sur un livre qu’on a lu,  de traverser cette expérience fondamentale et nécessairement productrice, de la relecture, attentive, scrutative, réflexive. Et de passer, pour ce faire, par l’écriture.

1/ Tout est en vous, tout est dans le livre.
Première consigne donnée :

« Isolez-vous et posez vous des questions durant 3 minutes, yeux fermés, sans rien écrire manuellement :
Quel souvenir vous vient de ce livre ? Quelle phrase, même imparfaitement ? Quelles images ? Quels dialogues ? Quelles idées ? Quelles sensations ? Ne notez rien. »

Seconde consigne donnée :

« Tout ce qu´il y a à dire du livre est d’abord, déjà, là. Posez des questions au livre, dépliez l’objet, questionnez-le :
qu’est-ce qu’il y a dedans ? Structurellement : organisation, titre, sous-titres, exergue, dédicaces, parties sous-parties, quelle mode d’énonciation, quelle structure ? Quelles phrases, quelles accroches, quels incipits, quels excipits ? Quelles phrases vous ont marqué ? Quelles phrases sous restent, quelles phrases vous semblent déterminantes ? Notez, recopier. Une phrase, deux, trois. »

Troisième consigne donnée :

« Relisez et reposez-vous les question d’origine, 5 minutes, avec ce matériel sous les yeux. Faites des rapports, mentaux puis écrits. »


2/ Tout est ailleurs, rien n’est pareil.

Première consigne :

« La documentation – Cherchez, maintenant que vous disposez de vos souvenirs et d’éléments objectivement tirés du livre, cherchez tout ce que vous pouvez trouver sur ce livre sur le web, avec et sans méthode. Ramassez des citations, usez du copier-coller (en insérant un lien à chaque fois, pour ne pas perdre vos sources de vue, et pour citer en bonne et due forme.  //
N’intervenez pas autrement qu’en redisposant, et laisser des blancs. »

On constate, ensemble, lors du retour collectif, que dès lors un point de vue se constitue, on se positionne face à l’information reçue, abondante, on peut la citer ou la compléter ou contredire, depuis ses propres observations. Le but est, échappant au tout-venant, au marketing, à l’air du temps, de reprendre position d’énonciation, d’auteur de sa propre lecture (et de ses propres lectures documentaires, ensuite), car chaque lecture est unique et permet d’énoncer un propos singulier.  Les matières s’affrontent, se frottent : le su et le lu, le vu et le lu, l’objet documente mon point de vue qui le documente et re-documente avec et contre et depuis les informations autres, une spirale est en marche, l’écriture est lancée.

Le reste est affaire de temps, de sédimentation puis percolation, de tri, d’allers et retours vers le texte… et de contrainte de format, selon l’espace de publication où publier cette notice.

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Le Baron Perché

« C’est le 15 juin 1767 que Côme Laverse du Rondeau , mon frère, s’assit au milieu au milieu de nous pour la dernière fois. Je m’en souviens comme si c’était d’hier. Nous étions dans notre salle à manger de notre villa de Combreuse : les fenêtres encadraient les branches touffues de la grande yeuse du Parc. »

Tandis que le France se déchaine dans le brasier de ses luttes historiques, le narrateur nous présente le récit de son frère ainé alors âgé de onze ans. Au cours d’un repas,  le jeune baron  se refuse à l’ignominie : dévorer goulûment un plat d’escargot avec les siens. Ses illustres parents le disputent et son frère cadet semble vouloir se préférer se ranger de leur côté ce jour là. Pour montrer son mécontentement, Côme décide de passer sa vie dans les arbres. Dès lors, ses pieds ne toucheront jamais plus le sol.

On entend le crépitement du bois sous les pieds de l’enfant qui parcourt les cimes des saules et des frênes à la rencontre du chant des oiseaux, d’une petite fille, Violette, dont la balançoire est accrochée à l’une des branches de la yeuse et qu’il aimera convulsivement pendant vingt ans. Il correspond avec les Lumières  et accueille auprès de lui un truand recherché dans tout le royaume à qui il transmet son goût pour la lecture.  Coiffé de sa toque faite en chat, il découvre des parcelles du monde qui lui étaient inconnues lorsque les murs de sa demeure formaient un obstacle à son horizon.

Le Baron perché prend racine dans la « Trilogie des ancêtres » qui comprend déjà le loufoque Vicomte pourfendu et qui n’a plus qu’à attendre la publication du Chevalier inexistant pour parfaire sa réflexion sur la condition humaine moderne. Ce conte philosophique met en scène une figure drôle et touchante qui commet l’affront d’être en marge de ses contemporain. Cette posture qui lui fait surplomber le champ visuel de ses semblables est une métaphore du siècle des Lumières. Mais plus encore, Côme illustre la proposition d’une résistance face à un monde ainsi qu’à des idées arbitraires qui nous sont données comme des vérités absolues.

Le génie de Calvino s’exprime ici : la langue qu’il invente la folie créative de son histoire sont si plaisantes et accessibles que l’on pourrait aisément les glisser entre des mains de tous âge.

Quand le diable sortit de la salle de bain, par Sophie Divry

divryQuand on regarde le roman de Sophie Divry, on réalise qu’il s’agit d’un objet à part. La couverture est éloquente quand on y prend garde : deux apostrophes renversées face à face pointent sur fond rouge une paire de cornes noires. Simple, efficace, révélateur du jeu typographique qui va se donner au récit du relief et une originalité certaine. On plonge dans le quotidien de Sophie lorsqu’elle reçoit une facture d’EDF pour le moins pas arrangeante du tout, car c’est la fin du mois, qu’il faut attendre les allocations, et que son frigo est vide.

Heureusement, son ami Hector est là pour empêcher l’héroïne de se noyer dans ses idées de « contemplage de plafond » et d’inventaires en tous genres. Il va insérer un humour cru, complètement rentre-dedans (car hormis à son amie, il ne pense qu’à ça), tout en dérangeant l’ordre littéraire initialement établi par la narratrice. Mais il n’est pas seul : Lorchus, démon extraverti et débridé charge les personnes de critiques acerbes et les pages de vulgarités sardoniques qu’il déverse avec délectation, comme un M. Toutlemonde qui pète les plombs, tout simplement. Ce décalage nous fait réaliser que Sophie n’est ni sarcastique, ni désabusée, mais porte sur sa société un regard critique et quelque part amusé.

Ni léger ni noir, ce récit ouvre à une certaine forme d’évasion pour mieux porter notre regard sur la réalité.

 

« Ma relative discrétion à l’égard de son personnage – il est vrai, pour l’heure, tenu à l’écart – venait du fait que la plupart des amis d’un écrivain préfèrent ne pas apparaître dans ses romans, ils disent que c’est inconfortable…

– AH OUI ? Et rester pendant cinquante pages, comme un corbeau sur un poteau à guetter le facteur, sans avoir la possibilité de baiser la fille dont on est amoureux, tu t’es demandé si c’est une position confortable ?

– Peut-être. Mais mon livre n’est pas un baisodrome dans lequel on peut intervenir à volonté.

– Fais tomber Belinda dans mes bras.

– Hors de question. Tu n’as pas à m’imposer tes oukazes.

– Tu l’auras voulu. Je demande à Lorchus de dessiner une bite dans ton livre. LORCHUS ! FAIS QUELQUE CHOSE !

– Non, Hector, pas lui ! »

Communardes! de Wilfrid Lupano

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Commune de Paris et féminisme, c’est une association qui semble rare, d’abord parce que la Commune en elle-même, bien que lieu de mémoire important de l’histoire du socialisme, échappe souvent à la connaissance approfondie de quiconque ne s’intéresse pas à la question. L’histoire du féminisme est une porte d’entrée d’autant plus originale dans cet épisode historique.

Voilà de quoi générer de belles attentes quant aux Bds scénarisées par Wilfrid Lupano, Communardes ! : Les éléphants rouges et L’aristocrate fantôme (la première illustrée par L. Mazel, la seconde par A. Jean). Les livres sont beaux, les illustrations présentent des couleurs chaudes et un trait « esthétisant » ; l’on peut alors prévoir le parti-pris des auteurs, aux dépends d’un réalisme cru qui aurait aussi pu rendre compte des aspects plus sombres de la Commune.

En effet, si l’on aurait pu craindre le didactisme d’une leçon d’histoire, il n’en est rien : les repères contextuels prouvent, certes, un travail de documentation satisfaisant de la part des auteurs (on note Marx et Engels en « guest stars » au début de L’aristocrate fantôme). Mais, de mon point de vue, les personnages nous sont donnés à voir, non pas dans leur caractère fonctionnel au sein d’un processus historique, mais bien comme des êtres humains complexes.

D’un côté (Les éléphants rouges), nous avons le portrait d’une petite fille, Victorine, qui a un rapport indirect avec les mouvements féministes qui agitent Paris lors du siège par l’armée prussienne (hiver 1870), au travers de sa mère. Malgré une mise en scène subtile de la misère en toile de fond (page 44…), ses préoccupations restent celles d’une petite fille. Même lorsqu’elle s’engage pour la défense de Paris, c’est avec ses armes d’enfant. À cet égard, le dessin de Lucy Mazel participe à colorer la perception des événements de merveilleux. S’ajoute à cela le caractère très touchant du duo mère-fille :

« Ne me mens plus jamais, Victorine. Parce qu’alors, ce serait terrible. Tu aurais tout cassé entre nous. La confiance, on n’a que ça, tu comprends ? »

lui dit sa mère. C’est ce qui, pour moi, rend sa place à l’émotion à côté du factuel.

D’un autre côté, L’aristocrate fantôme, Liza Dmitrieff, ne provoque pas un attachement aussi immédiat : j’ai redouté, d’abord, qu’elle ne se réduise à une icône féministe épique, idéalisée (à voir l’illustration de la couverture), ce qui m’aurait ennuyé. Mais, si dans ce volume l’aspect historique est plus présent, ce n’est jamais aux dépens du caractère initiatique du parcours de l’héroïne au sein de l’Union des femmes pour la défense de Paris. L’assurance qu’elle doit afficher face aux hommes pour se faire entendre est à plusieurs reprises ébranlée par les décisions qu’elle doit prendre (sa cause justifie-t-elle la torture ?). Elle n’est pas infaillible, c’est ce qui la rend humaine et finalement appréciable.

Au-delà de ce travail soigné des personnages, l’esprit des deux combats dont il est question (socialisme et féminisme) est également rendu avec force, notamment à la conclusion de chaque album, mais je ne vous raconterai pas la fin, je vous conseillerais plutôt de lire ces albums…

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Le psoriasis littéraire, La démangeaison de Lorette Nobécourt

Lorette Nobécourt signe avec son auto-fiction La démangeaison une expérience éprouvante pour un lecteur non averti. Cette histoire suinte le mal, le putride au même titre que les maux de peau dont souffre l’héroïne, Irène. C’est dans un souffle continu, exsudant la folie, que la narratrice explicite les méandres de sa raison très personnelle à travers son besoin irrépressible de s’arracher la peau, de creuser ses membres ; le lecteur se trouve tantôt témoin, tantôt pris à parti et tantôt violenté par ce discours d’un noir pragmatisme:

« Je suis contre le malheur et la croyance au bonheur également. Mes infirmités sont ailleurs. On les connait… ».

Ce dernier pousse volontairement le liseur à se demander si fermer le livre ne lui offrirait pas l’opportunité d’une échappatoire, d’une délivrance. Un instinct de protection face aux souffrances qui sont décrites sans fioritures, avec l’honnêteté de ceux qui les vivent.

Une machine littéraire efficace accompagne le récit. Le début de l’oeuvre est marqué par l’utilisation de phrases incisives, courtes, preuves qu’Irène est en train de constituer un discours, son discours mais qu’elle n’a pas encore reçu le don de parole. Les pensées du personnage s’allongent et se complexifient en parallèle à l’écriture de Lorette Nobécourt. C’est l’instant où Irène s’approprie le langage, où elle sort de sa condition de victime. Lorsque, par le fait d’un déplacement de culpabilité, Irène chute à nouveau, on assiste au retour de ces phrases à vif. La narratrice se détache du monde, elle rend la parole après avoir vécu une désillusion insupportable.

L’héroïne entretient une relation fusionnelle, presque érotique, avec la langue, l’écriture; par la jouissance de leur possession elle guérirait et dépasserait sa haine. Cette haine qui réside au creux de questions simples « pourquoi? », « dans quel but? », questionnement omniprésent d’Irène face à ce qu’elle considère comme son handicape, son psoriasis. La littérature comme moyen de ne plus souffrir de la distance que ressent Irène par rapport à la société, par rapport au monde.

Un texte à vif, une littérature de l’urgence qui ne souffre d’aucun compromis. C’est l’aveu sincère et brutal d’un ressenti intolérable.

« Je suis désormais de toutes les histoires. Je suis dieu puisqu’il m’est égal qu’il y ait un dieu. Je suis tout le monde parce que je ne suis personne. Puisque je ne joue plus aucun rôle; puisque j’ai cessé d’avoir une idée quelconque de ce que je devais être ».

La geste des exilés, pacte obscur

La geste des exilés, pacte obscur 

Bettina Nordet

 

« A présent, l’amour et le renoncement, la compassion et le sacrifice, ronces inextricablement mêlées, m’enserrent telle une vierge de fer, me dépouillant de tout ce que je suis. Et pourtant, je n’éprouve aucune révolte ». Mais un sentiment de révolte, Jana à légitimement le droit d’en éprouver : on l’espace de quelques heures, tout ce qu’elle croyait, pensait être et vivait part en fumé. Elle se retrouve propulser au cœur d’une machination millénaire avec pour seules armes, son intuition, son ironie décapante et un démon beau comme tout qui ne peut la supporter que sur une terre consacrée ! Autant dire qu’elle n’est pas prête de retrouver une vie normale.

Le point fort du roman réside dans son écriture fluide et simple. Les intrigues sont bien menées, et les réponses données au compte-goutte : ce qui rend la lecture plus intense. On dévore le roman dont le but de comprendre les intentions des personnages tout en échaffaudant toute sorte de théorie dans notre tête. Toutefois une certaine frustration peut naître du fait qu’elles ne sont données que tardivement dans l’histoire. Le fait que l’histoire se déroule en France est plutôt rafraîchissant, on retrouve avec plaisir certains lieux connus de Paris, Marseille avant de d’aller faire un tour en Australie et un long séjour en Eden.

L’érotisme forcément présent dans ce genre de roman est savamment dosé, bien qu’on y retrouve tout de même l’éternel cliché : une panoplie de beaux jeunes hommes (toutes espèces confondues), sexy et bandants, qui ne peuvent malheureusement exister que dans les bouquins et le cœur de notre héroïne qui s’éprend du démon qui la protège et bien que qu’il lui voue une haine féroce.

Cela reste un roman agréable et détonant dont le point fort est sans conteste son personnage principal qui détruit quelque peu le mythe de la jeune demoiselle en détresse au bord du désespoir.

Ludwig van Beethoven – Grande Sonate Pathétique Opus 13

Couverture sobre, minimaliste. Telle se présente extérieurement la partition de la Sonate pathétique de Beethoven.

Les pages sont écornées – la partition a du vécu – et les lignes sont annotées – des doigtés, principalement – sur les sextuplets, septuplets et nonuplets de quadruples croches du Grave qui introduit cette sonate: j’ai acheté la partition d’occasion.

La sonate est en trois mouvements – Grave/Allegro di molto e con brio, Adagio cantabile et Rondo allegro. Exception faite pour cette dernière partie, chaque début de mouvement commence sur la page de gauche: le but est, sans aucun doute, de gagner le maximum de place. La partition s’en trouve nettement aérée et d’autant plus lisible qu’elle permet au musicien de mieux appréhender la structure – structure à laquelle nous reviendrons ultérieurement. Le numéro des mesures est également indiqué à chaque début de ligne, ce qui permet un très bon repérage.

Toute la sonate, musicalement parlant, est un jeu de clair-obscur, de dualité. Sur le plan visuel, cette complémentarité est totalement appréhendable.  Ca se voit déjà rien que sur la première double-page, qui présente le Grave à gauche, et le début du Allegro di molto e con brio à droite. La structure est typiquement classique: très bien rangée, trop bien rangée; Beethoven, malgré les divers fantasmes que l’on nourrit contre lui ou en sa faveur, était bien pointilleux. On le sent dans les longues phrases écrites, les ponctuations soigneusement choisies – en musique, on préfère le terme de cadence: parfaite, imparfaite, picarde, plagale, italienne, etc. Pour faire simple, il faut y voir des virgules, des points-virgules, des points d’exclamation, des points d’interrogation: et ça devient ennuyant de prévisibilité.

Des phrases très longues donc, et des développements trop bien travaillées: on se dit « Quand tout cela va-t-il se finir? » C’est un peu le reproche que l’on peut faire au maître de Bonn, il a du mal à être éloquent, et du coup il nous fait de très grandes tartines. Mais quelles tartines! Dans le deuxième mouvement, l’Adagio cantabile donc, la première double-page est magnifique de sobriété et de rangement: la basse d’Alberti, typique du classicisme, fondation-même du mouvement, contraste violemment avec la tempête nébuleuse qu’est le premier mouvement.

La théâtralité de l’oeuvre est visible: je reste encore et toujours impressionné par la toute première double-page. Il s’en dégage quelque chose de très magistral et solennel, avec tous ces accords compliqués. Debussy prétend, avec son Monsieur Croche antidilettanteque Beethoven ne savait pas écrire pour le piano. Je pense, honnêtement, qu’il avait le don de monter des architectures musicales tout à fait admirables. Et puis, entre nous… une partition beethovénienne ouverte sur le pupitre d’un piano, c’est tout de même beau!

 

Paysages de lectures (textes séance 1)

diaporama01

photo extraite de mon tumblr de lectures : http://guenaelboutouillet.tumblr.com/archive

(Exercice d’écriture fait lors de la séance 1, présentée exhaustivement là.

La consigne d ‘écriture est :

Une semaine de lecture – qu’est-ce que je lis ? Comment ? Pour quoi ? Ne pas expliquer, faire l’inventaire de ce qui est lu (physiologiquement, c’est-à-dire de façon volontaire ou non).

Les textes sont à lire ci-dessous.

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7h35.

7h38.

Mince, déjà huit heures moins vingt !

Si l’on prend en compte mon penchant prononcé pour le retard, je n’ai que très peu de temps et d’attention pour lire les matins. Je sélectionne alors les gros titres qui retiennent mon attention sur les sites du Courrier International, du Monde, de Thinkerview ou de Slate afin de les lire à la fin de ma journée. J’apprends que l’ « Europe [est] déchirée face à l’afflux de migrants », tandis
qu’un « multimilliardaire s’apprête à faire un putsch » quelque part dans le monde. Comme l’E.N.T. affiche « Error 505 », il faudra que j’envoie un SMS aux filles pour leur demander la salle tout à l’heure. Je vagabonde un peu sur Facebook,et viens de voir que Cécile D. aime ma publication tandis que So Tararata a publié un article sur la considération des roms en Europe qu’elle qualifie de « désastreuse ». Avant de quitter toutes mes pages internet, j’ai évidemment droit au message d’alerte de Google Chrome qui doit penser que la pilule passera mieux si l’information est donnée par une voix suave : « Alerte, votre ordinateur est en danger. Appelez notre numéro vert 0805 0842 21 ou pour plus d’informations, cliquez sur help ».

Sur le chemin de la fac, je lis certains panneaux – toujours les mêmes – que je m’empresse aussitôt d’oublier, et j’observe les publicités devant lesquelles je passe. « Lancôme ». Sur un trottoir, à côté de l’entrée du PMU, des panonceaux indiquent « Elle tue son amant et s’enfuit avec son chien » ou encore « Cet automne, on ose les couleurs les filles ».

En arrivant à la fac (j’ai eu chaud, mon portable m’indique 10h05), je vérifie que n’ai pas de nouveau message et relis ceux de la veille auxquels j’ai plus ou moins oublié de répondre. « Bonne journée ma Lilou ❤ ».

Ça y est, je m’installe dans la classe et commence à me dire que j’ai besoin d’un bon remontant, soit d’un café « 100% CROUS ».
Puisque nous sommes en début d’année scolaire, le prof nous distribue un polycopié intitulé « Histoire de l’informatique, d’Internet, et du web ». Puis un autre. Ah, tiens, encore un. Non merci monsieur, j’essaye d’arrêter. Plus tard, sur InDesign, je clique sur « Fichier », « Ouvrir », « Rechercher dans Bureau » et … zut, ça ne marche pas ! 15H33.

A la fin de la journée, je me dirige vers la grande surface la plus proche pour ravitailler mes placards. « Ingrédients : jus de
soja (89%) ». « Attention, ce produit peut éventuellement contenir des traces de fruits à coque et de gluten ». « Tisane Ligne et
équilibre
, favorise naturellement l’élimination grâce aux pouvoir des plantes ».

De retour à la maison, j’ouvre machinalement ma boîte aux lettres et y trouve un tract de « Mr. KEBE, grand voyant médium » qui
m’explique qu’il n’existe « pas de problèmes sans solution.- Résultats dans 4 jours ou remboursé ». Je rallume mon ordinateur pour me vider l’esprit devant une série sous-titrée VOSTFR avant de relire la recette de la « Recette facile et rapide de la tarte chèvre-épinards : l’avis (ou la vie) d’une maman … en cuisine ». Heureusement, j’ai mon Causette (et sa rubrique « On nous prend pour des Quiches ») à portée de main pour avaler ce soupçon de misogynie. Pendant que les légumes sont en train de griller sur la plaque chauffante Listo, je regarde le programme du cinéma et m’intéresse au Tout nouveau Testament réalisé par
Jaco von Dormael en 2015, avec Benoît Poelvoorde, …

Trêve de plaisanterie, j’ouvre Planète Code, l’examen c’est dans la poche et je me lance dans une série de questions option
« examen blanc ». « Question 1/40 : Sur la photo n°1, je tourne à gauche : 1) OUI ; 2) NON. Sur la photo n°2, j’allume mes feux
de croisement : 1) OUI ; 2) NON ». ;

Un peu plus tard encore, je fais mon sac. Clefs, porte-monnaie, Interval, trousse. OK. Je peux aller me coucher avec mon TINTIN, Le sceptre d’Ottokar  (« Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir… ») et quelques pages de En avant comme en avant de Michel Folco. Tant pis pour L’amour fou, je repousse encore sa lecture à plus tard.

23h … allez, extinction des feux. Réveil programmé à 7h35.

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Inventaire des
lectures de la semaine

Lundi :

       Hôtel Fumé, ligne 1

       Histoire de l’informatique, d’Internet et du Web

       « Ça te dit quelque chose, People Con ? »

       « Mon voisin a bricolé avec la perceuse », « mon chat savait plus où se mettre »

Mardi :

       Yannis Delmas

       Soirée d’intégration, 10€

       François Bon, après le livre, « Balzac », « roman », « La littérature, c’est ce qu’il y a dedans, et pas
comment elle se vend. »

       « Ça y est, je l’ai fait ! »

       « Ah, mais c’est mon frère en fait ! »

Mercredi :

       « Ça se passe bien ? », « Vous avez cours le samedi ? », « pression »

       Why do we fall ? So we can learn to pick ourselves up.

 

Jeudi :

       Ligne 15, ligne 12

       Musée, tête d’animal, la fille en rouge, désespoir

       Boîte à pizza

       Programme télé

       Mutations du livre

       « Je reviens dans deux heures. »

Vendredi :

       « On a toujours pas trouvé. », « On sait pas si c’est une fille ou un gars. », « Je crois que je l’ai laissé au lycée. »

       Photoshop, 42%

Samedi :

       Until Down, Mr. Robot, Rami Malek

       « Ils nous l’enlèveront pas ! »

       Attestation de résidence

       Photoshop, 42%

       « C’est l’autre qui a abandonné la bataille » « Avec tout le respect que je te dois » « c’est toi qu’a abandonné » « et mon avis compte plus que le tiens »

Dimanche :

       « Mon emploi du temps : je pars à 7h15 et je reviens à 23h »

       Photoshop, 42%


Metro 2033, « station déserte », « mort », « Atyom »


« J’ai regardé Brokeback Mountain pendant un repas de famille », « j’ai regardé la fin avant le dessert », « ma mère a pas compris pourquoi j’étais déprimée »

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Lundi 7 septembre, heure matinale indéterminée : je découvre le sms qui m’a réveillée dans la matinée (tôt, trop tôt) ainsi que l’heure d’envoi : 6h52.
J’ouvre mon PC, lis le message de bienvenue puis après les démarches de connexion me plonge dans la lecture du flot d’informations proposées par le web et facebook.

Lundi 7 septembre, 14h et quelques : je lis le diapo projeté au tableau ainqi que le polycopié donné par notre enseignant.
Lundi 7 septembre, 13h35 : les panneaux touristiques du centre-ville m’orientent vers ma salle de cours.

Mardi 8 septembre : je découvre le nom des boutiques dans les ruelles tout en checkant ma montre. Il est 8h40.
Entre 9h et 12h, je lis toujours un diapo, un polycopié et j’y ajoute mes notes de cours.

Mercredi 9 septembre : les panneaux de circulation sont des points de repérage et d’orientation assez utiles : « Domaine universitaire » vers la droite, « Pont-neuf » dans la même direction.
Mercredi 9 septembre, quatre heures plus tard : je lis les panneaux de parking pour me raprocher de chez moi : « P Blossac, 397 places libres ».

Jeudi 10 septembre : au musée St-Eloi, je découvre que le sculpteur Rodin a collaboré avec une femme dont je ne me souviens plus le nom.
Et sainte Radégonde a sauvé un couvent d’une goule géante.

Vendredi 10 septembre :
« Descartes, physicien, a étudié à l’université de Poitiers, pourquoi pas vous ? »
« René, mathématicien, a été formé à l’université de Poitiers, pourquoi pas vous ? »
J’attends sur un parking qu’on vienne me chercher et reçois un message : « on part juste de la maison ».

Samedi 12 septembre, entre 10h30 et 12h : je lis sur la caisse de la vendeuse que mon dû restant est de six euros pour une casserole.
Le montant du gazole à Intermarché s’élève à 1.099 euros.
Samedi 12 septembre, après-midi : tout ce que je lis c’est ma montre pour surveiller l’heure.
19h28 : c’est en lisant l’affichette placardée que je comprends pourquoi il y a foule devant la porte d’entrée de mon lieu de travail : « Salon national du Bonsaï ».

Dimanche 13 septembre : 0h35, c’est l’heure que m’indique ma voiture lorsque je quitte le parking.
9h30 : je lis « 100 », nombre de minutes durant lesquelles va tourner le sèche-linge.
A 17h, je lis un message de ma covoitureuse m’avertissant qu’elle arrivera plus tôt que prévu.
20h25 : le nom de mon père s’affiche sur mon téléphone, m’avertissant de son appel entrant.
21h15 : je lis des scans de mangas en ligne, avec les publicités qui vont avec et qui me proposent de découvrir quel côté de mon cerveau j’utilise.

Lorsque je lis une dernière fois l’heure sur mon téléphone avant d’éteindre la lampe, il indique 0:04.

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Bonne semaine ma chérie <3. Prière de fermer la porte derrière vous. Bâtiment A3. Bâtiment A→  . Festival d’égale à égal, 2em édition. Centre-ville. La Gibauderie. Pompom boite. Can we tell your age and gender based on what you listen to. 10 min al dente. My birthday is in five days. Tumblr last update is terrible. Save Ashley / Save Josh. Alarme 8:00. Prière de fermer la porte derrière vous. Julio Cortázar. Promotions Leclerc. Revivez la première saison de vos séries préférées à partir de 10 euros. Une pizza achetée, une pizza offerte. Merci de prévenir le syndicat lors d’un changement de nom. Welcome to New York City. L’homme qui savait la langue des serpents. Run / Hide. Nooooooooo. Ça y est c’est la rentrée, comme nous l’indique les cartons qui envahissent la librairie. Bonne journée à toi aussi ! Lord Brian, Dog save the queen. Prière de fermer la porte derrière vous. Pompom a une entorse à la patte. How many Disney movies have you watched? Voulez vous quitter l’application. Oui – Non. Thanks for watching. Subscribe. Alarme 9:30. DanAndPhilGames. PewDiePie. Cryotic. Markiplier. Prière de fermer la porte derrière vous. Promotion exceptionnelle. 40% d’économie. Consommer rapidement après ouverture. Run for switch / Save Mike. Credits. Prière de fermer la porte derrière vous. Fichier Dropbox partagé. Je suis prête dans dix minutes. Alarme 10:00.

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Lundi : panneau d’ indication « hôtel fumé 2min à pied »

Mardi : sms pour le restau « changement de plan »
sur les vitrines « thé à la taïwanaise, créations d’artistes » « boutique fermée pour cause d’inventaire » « boutique fermée pour cause de dégât des eaux »
résumé bouquin, lequel ? « engagée dans la guerre »

mercredi : consigne pour la salle de muscu. « venir propre sur soi »…
sms « pas intégré à la conversation »

jeudi : François Bon Après le livre « nouvelles technologies »
Catherine Millet La vie Sexuelle de Catherine M. « quatre parties -le nombre, -l’espace, -l’espace replié »… « littérature érotique »

vendredi : mail BU « nous transmettre vos horaires »

Samedi : carte du restaurant « menu à 6€ » et quelques
FB Le livre sur la place « ambiance sous le chapiteau une heure et demi après son ouverture »

Dimanche : François Bon « écriture à la plume », « épaisseur du livre »
sms « repas de fin de festival »

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Lundi : « 6 :00 », 5013,« Bâtiment A »,« Grand Café » écrit en blanc, sandwich sur un tableau noir, post-it rose « aller à la scolarité », Indesign, « Festival d’Égale à Egal, les journées de l’égalité , des arts et de la culture »
Dimanche soir : Facebook, Héloïse : « Je suis Batman », carte de bus bleue, Le rivage des Syrtes, Julien Gracq avec une couverture blanche et vert menthe, incipit, « la vieille noblesse d’Orsenna », faire cuire les épinards, boite rouge, Findus
Samedi : Un poème retrouvé sur une carte, Printemps des poètes 2014 « il avait dans sa boite à lèvres/ des mots pour chaque heure du jour… », 5013, Jean Caume : Médiation culturelle, une construction du lien social
Mardi : carte de bus bleue inconnue perdue sur le trottoir, un sms de Pauline, un smiley jaune qui sourit, Le Rivage des Syrtes, encore
Jeudi : Marathon d’Athlétisme, 5013, « Je vous souhaite des rires d’enfants et des chants d’oiseaux. Je vous souhaite surtout d’être vous »

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MOTS ET PETITS MOTS

LUNDI
Panneaux routiers, Niort, Poitiers, Péage. Texto inquiet de maman poule : Tu es bien arrivée ? Relecture de la liste de course. Notification Facebook : C’est aujourd’hui l’anniversaire de Untel. Magasin de chaussures. Taille 36. Taille 37. Etc. Derniers messages de la discussion avec les filles. La continuer avec elles. Vérifier la date d’expiration des lasagnes prévues pour le dîner – 13/09/15. Sous-titres français de la série en anglais. Regarder les actualités cinéma – Human ; Le Petit Prince. Lire l’heure – 22h05. Encore des sous-titres.

MARDI
Lire l’heure. Brioche tendre, format familial ! Petit message presque effacé sur le tableau blanc. Bonne rentrée ma chérie, bisous. Maman. Emploi du temps. Semaine du 14 au 20. Cases rouges/casses bleues. Sur les boites aux lettres. Pas de publicité svp. Règlement de la résidence. Batterie faible, veillez mettre votre appareil en charge. 10 %. Fil d’actualité Facebook sur le portable. Boite mail. Blablacar – Trajet Poitiers/La Roche-sur-yon, 10 euros. AirFrance – carte Flying blue. Corbeille. Gabor – Some advice is needed !. Menus. Pizza. Salades. Boissons chaudes. Horoscope. Sagittaire : bonne forme générale, mais attention aux douleurs ligamentaires ! Mots croisés. Patrie d’Abraham (2 lettres). Poupon (4 lettres). Lire l’heure.

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Les titres des livres de ma bibliothèque me saluent dès mon réveil. C’est un pêle-mêle du marquis de Sade, Arto Paasilinna, Stephen King, Martin Amis et autres Camilla Läckberg (pardon à/pour ceux que je n’ai pas cités) qui se jettent dans mon champ de vision pour signaler leur fidélité. Merci d’être là pour moi. Le Packard Bell trône fièrement sur le bureau. C’est son rituel du matin : dans un fatras de catalogues de maisons d’édition – HongFei, Thierry Magnier, Le Rouergue – il me balance dans une sempiternelle lumière froide l’heure matinale.
Dans la voiture, sur la route, 3 heures plus tard. Les panneaux un à un défilent ; aucun ne m’intéresse. Je vais jusqu’au bout, terminus, tout le monde descend.
Je cherche l’Hôtel Fumé sur une carte.
Je cherche l’Hôtel Fumé dans une rue.
Celles alentours ont des noms improbables.
Dans une salle bondée, dans l’Hôtel Fumé, dans une rue au nom improbable, au milieu de rues aux noms improbables, est disposé sur chaque table un polycopié en plusieurs exemplaires : « Histoire du numérique ». La lecture de l’horloge est plus passionnante.
C’est bien après, devant la résidence, qu’une autre lecture tout aussi passionnante se fait : le numéro de l’agence, parce que la serrure de la porte d’entrée est bloquée. Allô, je suis enfermé dehors ! J’ai en moi l’horreur horaire, la peur d’attendre, la peur de l’Ennui, comme Baudelaire. Tiens, ça fait longtemps que je n’ai pas lu Baudelaire… Les Paradis Artificiels sont sur ma table de nuit, avec le dernier numéro de Lire. J’y trouve, dans les pages de ce dernier, la chronique du Piano Oriental, que j’achète le lendemain. J’en publie un avis sur facebook, accompagné d’un billet de France Inter. La page du réseau social est ouverte en même temps que celle de Netflix et du blog de Boulet : elles ne se ferment quasiment jamais.
Sur Spotify je cherche un nom d’album : je tombe finalement sur celui de l’intégrale des quatuors pour cordes de Beethoven, par le quatuor Artémis. J’en écoute le 14ème en lisant l’étiquette de la bouteille de sirop qui traîne dans la kitchenette depuis des semaines.
C’est déjà mercredi. Planté au milieu de la cafétéria, planté comme ne saurait mieux l’être un radis dans un jardin, je lis le tableau des menus tout en pensant à ce qui m’attend l’après-midi. Lecture d’un programme pour un festival. Dans la salle d’informatique, Photoshop et inDesign gonflent leur image sur le Bureau. C’est limite de l’agression visuelle. Je préfère me blottir dans les bras de ma princesse arabe, le soir, chez moi : elle sait me parler avec sensualité, si bien que sa masse livresque et son nombre de pages ne m’effraient pas. La vie d’une jeune femme dans l’Algérie du XIXème siècle me fait oublier les abus de facebook, les agressions de ce dernier.
Le week-end se déroule dans une librairie indépendante en ligne. Rentrée littéraire oblige, Angot et Liberati m’agressent et me violent sous le regard amusé de Nothomb. Je me dégote le dernier Haut de Gamme de Binet, Christian de son prénom.
À chacun sa rentrée.

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Tous les jours, le rituel reste le même, lire le journal avec ces quelques titres:  » Coups de feu à St-Eloi » ou encore « le problème des paquets neutres : les buralistes protestent ». S’ensuit un titre de livre que j’hésite à commencer « Autobiographie de miss Jane Pittman » d’Ernest J.Gaines. Puis, l’annonce d’une boite sur Facebook : « les dernières prestations de sonorisation La Rochelle ! » Enfin, toute une suite de phrases : « Certificat de baptême de Madame … », « Venez au tournoi de beerpong au Wallaby’s ! N’oubliez pas votre déguisement ! », « une pizza deux saumons », « un euro de réduction sur le rosé », « concert au Tap : Beethoven ». Enfin, le mail d’une amie sur Skype : « Je t’envoie un petit coucou, je suis bien arrivée à Exeter ! » Quelques phrases encore : « Soirée Inter-fac, 10 euros », « cherche à vendre vélo, 45 euros, bon état », « festival d’Égale à égal : 2ème édition », « histoire de l’informatique, d’internet et du web ».

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-Pilgrim : « elle souriait »

-Promotion de l’Lidl : « viande pas chère »
-Plan de la ville : site vitalis

-SOC : « j’ai ma maison sur le dos et je me déplace »
-Documentation inscription administrative

-Mascarade en croisière : « …par cette nouvelle couleur »

-Horaire de bus
-Les Changeurs

-Un avenir pour le moins surprenant
-Le miracle des ronces

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« Lundi 14septembre » terrifiant premier jour de cours
Recherche d’un plan « allée Armonville », « hôtel Fumé »,
La relecture paniquée d’un planning « Histoire du numérique », « Yannis Delmas »,
Salle manquante « E 16 », « E 17 », « E18 »,
3 heures de « Turing », « micro-processeurs », « ordinateur »…
Pause « café » « thé » « erreur carte »
Un sms d’une amie fatiguée « c’est dur »
Début du rituel quotidien, je check mail et facebook « coffret 5 mèches », Facebook « j’aime »
Une pause, Après le livre, François Bon « musique », « table », « rémunérés par rapport au nombre de
mots en Angleterre »
Trajet rapide, regard attiré « le petit pois tout vert », « salon de l’érotisme », « boutique à viandes »,
« bar tabac », « touffenet »
Message d’une amie décidée « j’ai été cherchée mes affaires »
Routine des mails « rapport de mission »
Facebook « a mentionné votre nom dans un commentaire » « en amphi sans toi, bizarre »
Sous titres d’une série « Litshfield » « With Jason Biggs » « Prison »
Mots Fléchés « folioter »
Travail de correction « Marv dépendait »
Puis travail d’écriture « l’éclat métallique », « sang coagulé. »
Rituel comme toujours Mail « Martin Rass », Facebook « Master Limés »
Message téléphonique « Tu devineras jamais »
Des boites aux lettres « Eva », « Amandine »
Annonces du couloir « recherche » « pour emmener nos enfants à l’école »
Un moment typiquement génération Y, Facebook « soon soon »
Youtube « Archive live in Athens »
Une amie motivée « j’ai postulé »
Mail « Caunes médiations », « Gauchet »
Un weekend de « glandouille » de prévu
Ordinateur « mises à jour disponibles »
Facebook « Bukowski, mon maître »
Youtube « Pink Floyd Good Bye Blue Sky »
Mail « que faire des tenues ? »
Téléphone « comparatif des ordinateurs »
Facebook « merci de ne pas instrumentaliser les SDF »

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Septembre
8:00
– Mon téléphone me dit « bonjour »
« Brume vitaminée » ; « Confiture de fraise » ;
Un coup d’œil au mail « Veuillez trouver ci-joint dans le mail les textes » « dossiers de partage » « gagner un cadeau » « promotion de-50% » ; « Maman, ma puce, vacances, argent » ;
Recevoir un SMS « sœur match de football, défaite, à bientôt »
Réponse SMS « courage, rentrée » ;
(Bip) Notifications actualités « le départ de Claire Chazal » « l’arrivée des réfugiés » ;
Pour ne pas perdre la tête -> Post-it : « Commandez livres » « Envoyez lettre » ;
D’ailleurs en parlant de lettre, allons voir la boîte « si vous avez réglé la facture après cette date veuillez ne pas tenir compte de cette lettre » ;

7:20
Sur la porte d’entrée d’immeuble, « veuillez respecter les numéros d’attribution de parking (appartement 21) » « Pont neuf » « Notre-Dame » « Hôtel fumé » ;
« Histoire de l’informatique, de l’internet et du web » ;
Les panneaux défilent dans l’autre sens
« Direction domaine universitaire » « Chauvigny » « Bâtiment A3 » ;
Allumer l’ordinateur « appuyer sur CTRL+ALT+SUPPR » « Festival d’égale à égal » « journée de l’égalité, de l’art et de la culture » ;
Notification Facebook groupe amis « C’était comment le badminton aujourd’hui ? » ;
Encore des panneaux « Leclerc » « parking Paul Verlaine » « Entrée Eau » « 21,63€ » ;
« Route de Gençay » « 134 » « 11 » ;
Appel Masquée ;
Lecture des produits contenu dans une crème « Aqua/Water/eau » « Flower » « Parfum » ;
SMS « Ça va ? » Ecran Bloqué « Ça va ? » « Ça va » « Ça va ? » ;
« Dernier chapitre » « Fin » ;

8:30
« Bonjour, c’est bientôt un jour spécial pour vous ! » « Nutella » ;
Boite aux lettres : « 09 » « 10 » « « 11 » « lettre prioritaire » « Vallon Pont d’arc » ;
« Livraison de votre colis en cours » « Côté à ouvrir, bande de garantie » « Guide d’installation de votre Freebox » ;
Passage du « Bâtiment A» au « Bâtiment B »« Texte 1 » « Banalité du spectacle et expérience du choc » « modern experience » « journalists » « information » ;
Retour à l’appart « Direction Pont-neuf » ;
Message Facebook groupe amis « poisse » « cours » « bosser » « réviser » ;
Menu du soir « Coquillettes » « Sauce tomate » ;
Premier chapitre « Les apparences » « Le jour où » « 8 Janvier 2005 »;
– Mon téléphone me dit « Au revoir »
0:26

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McAfee se présente. Relire Trondheim. Trump assure qu’il s’interèssera au monde… une fois président. Relire Dawkins. Elon Musk veut terraformer Mars à la bombe thermonucléaire. Commander le livre de Colbert.

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Lundi.
Lecture des mes mails et sms reçus pendant la nuit. Un mail du crous que j’ignore et un mail de mon père. Des photos, un message rapide. A plus, bisous.
Premier cours, lecture du powerpoint et du document transmis par le professeur. Histoire du numérique, racines antiques des méthodes de communication.
Lecture du fil d’actualité de ma page facebook. Un article sur l’arrivée en masse des réfugiés en Europe, un parmi tant d’autre. Je lis rapidement les commentaires. Racisme, peur, xénophobie, soutien, accueil. Tout se mélange dans le vaste monde d’internet.
Lecture de mon courrier. Début d’un roman le soir même. Le silence des agneaux, Thomas Harris.

Mardi.
Lecture des mes mails et sms reçus pendant la nuit. Sur la télévision allumée, les bandeaux d’informations défilent sur BFMTV. Je suis à la recherche de fautes d’orthographe. C’est toujours amusant. Même cours, même document. Histoire du numérique.
Sur le tableau blanc au travail, près de la pointeuse, je lis le poste qui m’est attribué ce soir. Cassandra/Caisse. Lecture des commandes, des tickets de caisse, des panneaux, des recettes. Des choses que je connais par cœur. 23 heures à la pointeuse quand je pars.
Lecture du roman de la veille. Seulement quelques chapitres. Clarice Sterling, jeunes étudiantes à l’académie du FBI doit interroger le plus dangereux tueur en série existant : Hannibal Lecter.
Lecture de quelques pages du document pour le cours demain.

Mercredi.
Lecture des mes mails et sms reçus pendant la nuit. Martin Rass, Stéphane Bikialo. De nombreuses informations que je mets de coté pour plus tard. Mail de mon père, un message rapide, à plus, bisous. Même cours, même powerpoint. Machine de Turing, premiers ordinateurs et début d’internet. Code, site, html. Autant de chose encore bien obscures pour moi.
Lecture du programme du festival d’égal à égales. Lecture de tutoriels photoshop.
Sur mon fil d’actualité facebook, l’arrivée en masse des réfugiés, encore. Entre deux photographies de chatons.
Sur le tableau, à coté de la pointeuse, Cassandra/PriseCo. 00H06 à la pointeuse quand je finis.

Jeudi.
Lecture des mes mails et sms reçus pendant la nuit. Lecture du courrier. Facture edf, impôts et assurance maladie. Lecture des étiquettes dans les rayons du supermarché. Ticket de caisse.
Fin du roman. Sterling met la main sur le tueur qu’elle cherchait. Hannibal lui s’échappe. Il ne la recherchera pas. Mail d’un professeur. Des documents à lire pour demain. Je l’envisage et laisse défiler les sites internet. Fil d’actualité facebook. Rien d’intéressant. Statut d’un ami. J’aime.

Vendredi.
Lecture des mes mails et sms reçus pendant la nuit.
Lecture des documents de la veille. Des articles de Jean Caunes. Médiation culturelle.
Début d’un nouveau livre. Roald Dahl, livre jeunesse. Charlie et le grand ascenseur de verre. Lecture de plus de la moitié.
Sur le tableau, à coté de la pointeuse, Cassandra/PriseCo. Lecture de documents sur mon nouveau contrat. Lu et approuvé, date, lieux et signature de l’employé.
3 heures passée sur l’horloge quand j’arrive chez moi. Lecture de Roald Dahl.
Je parcours rapidement l’actualité avant d’enfin terminer ma journée.

Séance 1 – #mediationlitteraire, #rentréelittéraire, #ateliernumérique, #paysagedelectures

1. Médiation littéraire ? – Présentation d’un itinéraire, depuis le site

materiaucomposite.wordpress.com

Me posant la
question des contenus de ces séances, tentant de faire le tri dans
mes activités constellées et liées pour tenir un propos clair, je choisis le
contre-pied à cette idée de clarté (ou de linéarité) et prends le parti de
partir de l’œil de mon cyclone, de dire un peu de cette réalité d’actions qui
est la mienne, depuis un de ses lieux de sédimentation, de traces – à savoir,
le réseau social. Je choisis twitter, où je constate privilégier les infos
strictement littéraires (alors que facebook se mêle pour ma part d’une autre
forme de sociabilité : de ceci je parle également).

Les actus toute récente : une semaine
de réseaux sociaux
(défilement
du fil twitter de la semaine précédente, sur https://twitter.com/GuenaelB)
– pour faire
le récit au jour le jour d’un « métier » : médiateur littéraire
connecté
.

Cela
signifie : plein de choses, dont le fil rouge demeure le lirécrire,
le lien entre écriture et lecture : écrire et lire sont liés et ce lien est
sans
cesse relancé dans notre interface de travail, le terminal (qu’il soit
ordinateur ou téléphone) : au-delà de la question de la connection
(excessive,
intempestive), réelle mais majorée symboliquement, c’est celle de cette
intrication entre la table de travail et celle de lecture, entre le téléphone
et le carnet de notes, qui relance et questionne ce rapport entre lire et
écrire.

Mon récit
passe donc par (notamment) :

la maison gueffier
remue.net
la maison de la poésie de nantes
les résidences ile-de-France
poieo numérique
Mobilis
faire(800)signes, mon récent tumblr
(journal quotidien de lectures)

(Et on en le
refaire
antéchronologiquement depuis cet endroit : https://materiaucomposite.wordpress.com/a-propos/

idées maîtresse :

DIY
les engagements personnels s’ils sont fondés, effectifs, en
rapport, génèrent, à long terme, un gain, symbolique et de connaissance – mais
pas seulement, ce gain se convertit parfois en emploi(s) rémunéré(s).

Identité numérique

j’évoque les
recherches d’Olivier Ertzscheid et son site
affordance, je fais le récit de cet
exercice « classique » d’atelier d’écriture (que j’ai nommé « hyperportrait »,
contrainte de récit de soi / curriculum fondée sur les traces qu’on laisse de
soi sur le web).

écrire
l’écriture est au centre, qu’il s’agisse d’être écrivain (tous
ceux que je connais vivent aussi d’autre chose, notamment de médiations,
résidences, ateliers, etc / à précarisation grandissante,
diversification
grandissante) ou « seulement » auteur – la médiation en sera
améliorée, l’animation d’ateliers d’écriture en sera bonifiée.
<!– [if mso & !supportInlineShapes & supportFields]> SHAPE \* MERGEFORMAT <![endif]–>

atelier
et web
– le numérique et la présence réseaux, la publication,
sont des endroits de coopération), sont des extensions de l’atelier – et il y a
un enjeu à cet endroit : lier les deux, le numérique et la littérature, selon
des modalités variables : nous sommes si peu à animer des ateliers d’écriture
dans cet environnement, c’est trop peu (pour rappel, cet article)

2. La question de l’écriture en atelier et de ses rapports au numérique

-historique ateliers
d’écriture, quatre grands principes, avec lesquels
j’ai travaillé sous la férule de Cathie Barreau

-de l’intérêt du contexte numérique, de sa difficulté de mise en place, du changement des dits «
principes
»

-de la littérature comme ressource et moyen (autant que comme objectif – i.e :
objectif de la découvrir plus que d’en écrire).

3. Etude de cas : la rentrée littéraire

 

Cette séance
commence par une
interrogation, orale, non notée en deux temps. Comme nous sommes en septembre,
c’est-à-dire, pour le « monde du livre », en pleine « rentrée
littéraire »,
jusqu’à la « semaine des prix début novembre) : un phénomène à la
fois éditorial, médiatique et économique : tentons de l’observer ensemble.

Question 1
(sans documentation
extérieure, non connectée) : « Pouvez-vous citer des titres de la
« rentrée littéraire » dont vous avez eu connaissance, et
combien ?

Question
2 : « Usant du
web et de ses ressources, documentez-vous et voyez combien de titres vous
parvenez à citer, en quelques minutes ».

Le
dépouillement des titres, de leur
récurrence, et l’observation des médias utilisés pour trouver ces titres, de la
méthode usée par chacun, chacune, pour se documenter, est la base d’une
interrogation collective. Comment l’information nous parvient-elle ?
Comment allons-nous la chercher ? Que faire, comment traiter, en position
de médiateur, d’une information qui me concerne peu et dont pourtant je
ne peux pas être totalement coupé (du fait de cette fonction)?

4.
Ecriture : une semaine de lectures

d’après l’infra-ordinaire de Georges Perec

http://remue.net/cont/perecinfraord.html

Cf.
(Consigne d’écriture préalablement donnée durant mon atelier poeio numérique –
dont est fait un récit explicatif « Regards sur votre usage : Faites
l’inventaire d’un jour de web, pour vous : narrez-le
de la façon qui vous conviendra, en allant au plus précis : dans l’ordre de
déroulement d’une journée
: quels sites, pour quel usage, depuis et avec
quelle machine, combien de temps.
»)

Ici,
la consigne d ‘écriture est : Une semaine de lecture – qu’est-ce que je
lis ? Comment ? Pour quoi ? Ne pas expliquer, faire l’inventaire de ce qui
est lu (physiologiquement, c’est-à-dire de façon volontaire ou non)

Les textes sont à lire ici.

Ecriture 2 (non effectuée, mais présentée et expliquée)

notes concernant les objets qui sont sur ma table de travail.

1- Exercice-source
:  Mes usages du web

« Qu’en est-il
de votre bureau ? est-il ? dans
votre appartement ? sur l’ordinateur
portable ? sur l’ordinateur fixe ? Mais le bureau de
l’ordinateur, il est
également dématérialisé, de plus en plus, via nuages et externalisations ?
Tentative d’appréhension globale, exhaustive, et actualisée de votre table de
travail, de ce que vous considérez comme tel, de votre, de vos bureaux. »

Tentative
d’usage de mapping et outils dédiés – Pour une
écriture heuristique.
Nous utiliserons :
https://www.mindmup.com/#m:new-a-1442228934123

« sur ce modèle
: dessiner deux bureaux – au moins. Et peut-être d’autres divisions.
Ecrire, sauvegarder, exporter – et poser dans un article wordpress. »

(autre logiciel
de ce calibre : Utiliser http://framindmap.org/framindmap.html#)