Séance 2 : que dire d’un livre, qu’écrire de ce « dire » ?

Cours limès 2 / 9 et 10 novembre 2015

[Lire l’ensemble des notes de lecture produites]

1-Lecture des textes produits la fois précédente

« paysages de lecture ».

Contrainte de lecture + Contrainte d’écoute

« partant de la page du blog, on enchaîne l’ensemble des textes sans distinction d’auteurs. Chacun une minute et ça enchaine. »

« notez de chaque lecteur une phrase ou approchant ».

Retour collectif, qu’observons-nous ?

2-Les livres

Deux livres ont été sélectionnés par chaque étudiant – L’un contraint, l’autre non.

A – à main levée, en une phrase en utilisant tout signe de ponctuation sauf le point, écrire ce que j’ai à dire de chaque livre sans consulter aucun note.

Puis exercice proprement dit :

Que lire d’un livre, qu’écrire de ce Lire ?

Principe annoncé

Se documenter, et documenter en retour. Venez avec un livre. Nous tenterons, ensemble, d’en écrire quelque chose qui soit : documenté, tissé du Monde, du réseau, et des autres ; et qui soit en même temps : de vous, pleinement personnel (et verrons comme c’est, sans doute, indissociable).

Déroulement de l’atelier

Il ne s’agit pas d’une méthode ou d’un cours de journalisme, d’un guide de « bien-écrire », d’un manuel d’usage de communication (tout ceci se trouve aisément sur le web, chartes éditoriales de site et  : il s’agit, se penchant sur un livre qu’on a lu,  de traverser cette expérience fondamentale et nécessairement productrice, de la relecture, attentive, scrutative, réflexive. Et de passer, pour ce faire, par l’écriture.

1/ Tout est en vous, tout est dans le livre.
Première consigne donnée :

« Isolez-vous et posez vous des questions durant 3 minutes, yeux fermés, sans rien écrire manuellement :
Quel souvenir vous vient de ce livre ? Quelle phrase, même imparfaitement ? Quelles images ? Quels dialogues ? Quelles idées ? Quelles sensations ? Ne notez rien. »

Seconde consigne donnée :

« Tout ce qu´il y a à dire du livre est d’abord, déjà, là. Posez des questions au livre, dépliez l’objet, questionnez-le :
qu’est-ce qu’il y a dedans ? Structurellement : organisation, titre, sous-titres, exergue, dédicaces, parties sous-parties, quelle mode d’énonciation, quelle structure ? Quelles phrases, quelles accroches, quels incipits, quels excipits ? Quelles phrases vous ont marqué ? Quelles phrases sous restent, quelles phrases vous semblent déterminantes ? Notez, recopier. Une phrase, deux, trois. »

Troisième consigne donnée :

« Relisez et reposez-vous les question d’origine, 5 minutes, avec ce matériel sous les yeux. Faites des rapports, mentaux puis écrits. »


2/ Tout est ailleurs, rien n’est pareil.

Première consigne :

« La documentation – Cherchez, maintenant que vous disposez de vos souvenirs et d’éléments objectivement tirés du livre, cherchez tout ce que vous pouvez trouver sur ce livre sur le web, avec et sans méthode. Ramassez des citations, usez du copier-coller (en insérant un lien à chaque fois, pour ne pas perdre vos sources de vue, et pour citer en bonne et due forme.  //
N’intervenez pas autrement qu’en redisposant, et laisser des blancs. »

On constate, ensemble, lors du retour collectif, que dès lors un point de vue se constitue, on se positionne face à l’information reçue, abondante, on peut la citer ou la compléter ou contredire, depuis ses propres observations. Le but est, échappant au tout-venant, au marketing, à l’air du temps, de reprendre position d’énonciation, d’auteur de sa propre lecture (et de ses propres lectures documentaires, ensuite), car chaque lecture est unique et permet d’énoncer un propos singulier.  Les matières s’affrontent, se frottent : le su et le lu, le vu et le lu, l’objet documente mon point de vue qui le documente et re-documente avec et contre et depuis les informations autres, une spirale est en marche, l’écriture est lancée.

Le reste est affaire de temps, de sédimentation puis percolation, de tri, d’allers et retours vers le texte… et de contrainte de format, selon l’espace de publication où publier cette notice.

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Le Baron Perché

« C’est le 15 juin 1767 que Côme Laverse du Rondeau , mon frère, s’assit au milieu au milieu de nous pour la dernière fois. Je m’en souviens comme si c’était d’hier. Nous étions dans notre salle à manger de notre villa de Combreuse : les fenêtres encadraient les branches touffues de la grande yeuse du Parc. »

Tandis que le France se déchaine dans le brasier de ses luttes historiques, le narrateur nous présente le récit de son frère ainé alors âgé de onze ans. Au cours d’un repas,  le jeune baron  se refuse à l’ignominie : dévorer goulûment un plat d’escargot avec les siens. Ses illustres parents le disputent et son frère cadet semble vouloir se préférer se ranger de leur côté ce jour là. Pour montrer son mécontentement, Côme décide de passer sa vie dans les arbres. Dès lors, ses pieds ne toucheront jamais plus le sol.

On entend le crépitement du bois sous les pieds de l’enfant qui parcourt les cimes des saules et des frênes à la rencontre du chant des oiseaux, d’une petite fille, Violette, dont la balançoire est accrochée à l’une des branches de la yeuse et qu’il aimera convulsivement pendant vingt ans. Il correspond avec les Lumières  et accueille auprès de lui un truand recherché dans tout le royaume à qui il transmet son goût pour la lecture.  Coiffé de sa toque faite en chat, il découvre des parcelles du monde qui lui étaient inconnues lorsque les murs de sa demeure formaient un obstacle à son horizon.

Le Baron perché prend racine dans la « Trilogie des ancêtres » qui comprend déjà le loufoque Vicomte pourfendu et qui n’a plus qu’à attendre la publication du Chevalier inexistant pour parfaire sa réflexion sur la condition humaine moderne. Ce conte philosophique met en scène une figure drôle et touchante qui commet l’affront d’être en marge de ses contemporain. Cette posture qui lui fait surplomber le champ visuel de ses semblables est une métaphore du siècle des Lumières. Mais plus encore, Côme illustre la proposition d’une résistance face à un monde ainsi qu’à des idées arbitraires qui nous sont données comme des vérités absolues.

Le génie de Calvino s’exprime ici : la langue qu’il invente la folie créative de son histoire sont si plaisantes et accessibles que l’on pourrait aisément les glisser entre des mains de tous âge.

Quand le diable sortit de la salle de bain, par Sophie Divry

divryQuand on regarde le roman de Sophie Divry, on réalise qu’il s’agit d’un objet à part. La couverture est éloquente quand on y prend garde : deux apostrophes renversées face à face pointent sur fond rouge une paire de cornes noires. Simple, efficace, révélateur du jeu typographique qui va se donner au récit du relief et une originalité certaine. On plonge dans le quotidien de Sophie lorsqu’elle reçoit une facture d’EDF pour le moins pas arrangeante du tout, car c’est la fin du mois, qu’il faut attendre les allocations, et que son frigo est vide.

Heureusement, son ami Hector est là pour empêcher l’héroïne de se noyer dans ses idées de « contemplage de plafond » et d’inventaires en tous genres. Il va insérer un humour cru, complètement rentre-dedans (car hormis à son amie, il ne pense qu’à ça), tout en dérangeant l’ordre littéraire initialement établi par la narratrice. Mais il n’est pas seul : Lorchus, démon extraverti et débridé charge les personnes de critiques acerbes et les pages de vulgarités sardoniques qu’il déverse avec délectation, comme un M. Toutlemonde qui pète les plombs, tout simplement. Ce décalage nous fait réaliser que Sophie n’est ni sarcastique, ni désabusée, mais porte sur sa société un regard critique et quelque part amusé.

Ni léger ni noir, ce récit ouvre à une certaine forme d’évasion pour mieux porter notre regard sur la réalité.

 

« Ma relative discrétion à l’égard de son personnage – il est vrai, pour l’heure, tenu à l’écart – venait du fait que la plupart des amis d’un écrivain préfèrent ne pas apparaître dans ses romans, ils disent que c’est inconfortable…

– AH OUI ? Et rester pendant cinquante pages, comme un corbeau sur un poteau à guetter le facteur, sans avoir la possibilité de baiser la fille dont on est amoureux, tu t’es demandé si c’est une position confortable ?

– Peut-être. Mais mon livre n’est pas un baisodrome dans lequel on peut intervenir à volonté.

– Fais tomber Belinda dans mes bras.

– Hors de question. Tu n’as pas à m’imposer tes oukazes.

– Tu l’auras voulu. Je demande à Lorchus de dessiner une bite dans ton livre. LORCHUS ! FAIS QUELQUE CHOSE !

– Non, Hector, pas lui ! »

Communardes! de Wilfrid Lupano

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Commune de Paris et féminisme, c’est une association qui semble rare, d’abord parce que la Commune en elle-même, bien que lieu de mémoire important de l’histoire du socialisme, échappe souvent à la connaissance approfondie de quiconque ne s’intéresse pas à la question. L’histoire du féminisme est une porte d’entrée d’autant plus originale dans cet épisode historique.

Voilà de quoi générer de belles attentes quant aux Bds scénarisées par Wilfrid Lupano, Communardes ! : Les éléphants rouges et L’aristocrate fantôme (la première illustrée par L. Mazel, la seconde par A. Jean). Les livres sont beaux, les illustrations présentent des couleurs chaudes et un trait « esthétisant » ; l’on peut alors prévoir le parti-pris des auteurs, aux dépends d’un réalisme cru qui aurait aussi pu rendre compte des aspects plus sombres de la Commune.

En effet, si l’on aurait pu craindre le didactisme d’une leçon d’histoire, il n’en est rien : les repères contextuels prouvent, certes, un travail de documentation satisfaisant de la part des auteurs (on note Marx et Engels en « guest stars » au début de L’aristocrate fantôme). Mais, de mon point de vue, les personnages nous sont donnés à voir, non pas dans leur caractère fonctionnel au sein d’un processus historique, mais bien comme des êtres humains complexes.

D’un côté (Les éléphants rouges), nous avons le portrait d’une petite fille, Victorine, qui a un rapport indirect avec les mouvements féministes qui agitent Paris lors du siège par l’armée prussienne (hiver 1870), au travers de sa mère. Malgré une mise en scène subtile de la misère en toile de fond (page 44…), ses préoccupations restent celles d’une petite fille. Même lorsqu’elle s’engage pour la défense de Paris, c’est avec ses armes d’enfant. À cet égard, le dessin de Lucy Mazel participe à colorer la perception des événements de merveilleux. S’ajoute à cela le caractère très touchant du duo mère-fille :

« Ne me mens plus jamais, Victorine. Parce qu’alors, ce serait terrible. Tu aurais tout cassé entre nous. La confiance, on n’a que ça, tu comprends ? »

lui dit sa mère. C’est ce qui, pour moi, rend sa place à l’émotion à côté du factuel.

D’un autre côté, L’aristocrate fantôme, Liza Dmitrieff, ne provoque pas un attachement aussi immédiat : j’ai redouté, d’abord, qu’elle ne se réduise à une icône féministe épique, idéalisée (à voir l’illustration de la couverture), ce qui m’aurait ennuyé. Mais, si dans ce volume l’aspect historique est plus présent, ce n’est jamais aux dépens du caractère initiatique du parcours de l’héroïne au sein de l’Union des femmes pour la défense de Paris. L’assurance qu’elle doit afficher face aux hommes pour se faire entendre est à plusieurs reprises ébranlée par les décisions qu’elle doit prendre (sa cause justifie-t-elle la torture ?). Elle n’est pas infaillible, c’est ce qui la rend humaine et finalement appréciable.

Au-delà de ce travail soigné des personnages, l’esprit des deux combats dont il est question (socialisme et féminisme) est également rendu avec force, notamment à la conclusion de chaque album, mais je ne vous raconterai pas la fin, je vous conseillerais plutôt de lire ces albums…

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Le psoriasis littéraire, La démangeaison de Lorette Nobécourt

Lorette Nobécourt signe avec son auto-fiction La démangeaison une expérience éprouvante pour un lecteur non averti. Cette histoire suinte le mal, le putride au même titre que les maux de peau dont souffre l’héroïne, Irène. C’est dans un souffle continu, exsudant la folie, que la narratrice explicite les méandres de sa raison très personnelle à travers son besoin irrépressible de s’arracher la peau, de creuser ses membres ; le lecteur se trouve tantôt témoin, tantôt pris à parti et tantôt violenté par ce discours d’un noir pragmatisme:

« Je suis contre le malheur et la croyance au bonheur également. Mes infirmités sont ailleurs. On les connait… ».

Ce dernier pousse volontairement le liseur à se demander si fermer le livre ne lui offrirait pas l’opportunité d’une échappatoire, d’une délivrance. Un instinct de protection face aux souffrances qui sont décrites sans fioritures, avec l’honnêteté de ceux qui les vivent.

Une machine littéraire efficace accompagne le récit. Le début de l’oeuvre est marqué par l’utilisation de phrases incisives, courtes, preuves qu’Irène est en train de constituer un discours, son discours mais qu’elle n’a pas encore reçu le don de parole. Les pensées du personnage s’allongent et se complexifient en parallèle à l’écriture de Lorette Nobécourt. C’est l’instant où Irène s’approprie le langage, où elle sort de sa condition de victime. Lorsque, par le fait d’un déplacement de culpabilité, Irène chute à nouveau, on assiste au retour de ces phrases à vif. La narratrice se détache du monde, elle rend la parole après avoir vécu une désillusion insupportable.

L’héroïne entretient une relation fusionnelle, presque érotique, avec la langue, l’écriture; par la jouissance de leur possession elle guérirait et dépasserait sa haine. Cette haine qui réside au creux de questions simples « pourquoi? », « dans quel but? », questionnement omniprésent d’Irène face à ce qu’elle considère comme son handicape, son psoriasis. La littérature comme moyen de ne plus souffrir de la distance que ressent Irène par rapport à la société, par rapport au monde.

Un texte à vif, une littérature de l’urgence qui ne souffre d’aucun compromis. C’est l’aveu sincère et brutal d’un ressenti intolérable.

« Je suis désormais de toutes les histoires. Je suis dieu puisqu’il m’est égal qu’il y ait un dieu. Je suis tout le monde parce que je ne suis personne. Puisque je ne joue plus aucun rôle; puisque j’ai cessé d’avoir une idée quelconque de ce que je devais être ».

La geste des exilés, pacte obscur

La geste des exilés, pacte obscur 

Bettina Nordet

 

« A présent, l’amour et le renoncement, la compassion et le sacrifice, ronces inextricablement mêlées, m’enserrent telle une vierge de fer, me dépouillant de tout ce que je suis. Et pourtant, je n’éprouve aucune révolte ». Mais un sentiment de révolte, Jana à légitimement le droit d’en éprouver : on l’espace de quelques heures, tout ce qu’elle croyait, pensait être et vivait part en fumé. Elle se retrouve propulser au cœur d’une machination millénaire avec pour seules armes, son intuition, son ironie décapante et un démon beau comme tout qui ne peut la supporter que sur une terre consacrée ! Autant dire qu’elle n’est pas prête de retrouver une vie normale.

Le point fort du roman réside dans son écriture fluide et simple. Les intrigues sont bien menées, et les réponses données au compte-goutte : ce qui rend la lecture plus intense. On dévore le roman dont le but de comprendre les intentions des personnages tout en échaffaudant toute sorte de théorie dans notre tête. Toutefois une certaine frustration peut naître du fait qu’elles ne sont données que tardivement dans l’histoire. Le fait que l’histoire se déroule en France est plutôt rafraîchissant, on retrouve avec plaisir certains lieux connus de Paris, Marseille avant de d’aller faire un tour en Australie et un long séjour en Eden.

L’érotisme forcément présent dans ce genre de roman est savamment dosé, bien qu’on y retrouve tout de même l’éternel cliché : une panoplie de beaux jeunes hommes (toutes espèces confondues), sexy et bandants, qui ne peuvent malheureusement exister que dans les bouquins et le cœur de notre héroïne qui s’éprend du démon qui la protège et bien que qu’il lui voue une haine féroce.

Cela reste un roman agréable et détonant dont le point fort est sans conteste son personnage principal qui détruit quelque peu le mythe de la jeune demoiselle en détresse au bord du désespoir.

Ludwig van Beethoven – Grande Sonate Pathétique Opus 13

Couverture sobre, minimaliste. Telle se présente extérieurement la partition de la Sonate pathétique de Beethoven.

Les pages sont écornées – la partition a du vécu – et les lignes sont annotées – des doigtés, principalement – sur les sextuplets, septuplets et nonuplets de quadruples croches du Grave qui introduit cette sonate: j’ai acheté la partition d’occasion.

La sonate est en trois mouvements – Grave/Allegro di molto e con brio, Adagio cantabile et Rondo allegro. Exception faite pour cette dernière partie, chaque début de mouvement commence sur la page de gauche: le but est, sans aucun doute, de gagner le maximum de place. La partition s’en trouve nettement aérée et d’autant plus lisible qu’elle permet au musicien de mieux appréhender la structure – structure à laquelle nous reviendrons ultérieurement. Le numéro des mesures est également indiqué à chaque début de ligne, ce qui permet un très bon repérage.

Toute la sonate, musicalement parlant, est un jeu de clair-obscur, de dualité. Sur le plan visuel, cette complémentarité est totalement appréhendable.  Ca se voit déjà rien que sur la première double-page, qui présente le Grave à gauche, et le début du Allegro di molto e con brio à droite. La structure est typiquement classique: très bien rangée, trop bien rangée; Beethoven, malgré les divers fantasmes que l’on nourrit contre lui ou en sa faveur, était bien pointilleux. On le sent dans les longues phrases écrites, les ponctuations soigneusement choisies – en musique, on préfère le terme de cadence: parfaite, imparfaite, picarde, plagale, italienne, etc. Pour faire simple, il faut y voir des virgules, des points-virgules, des points d’exclamation, des points d’interrogation: et ça devient ennuyant de prévisibilité.

Des phrases très longues donc, et des développements trop bien travaillées: on se dit « Quand tout cela va-t-il se finir? » C’est un peu le reproche que l’on peut faire au maître de Bonn, il a du mal à être éloquent, et du coup il nous fait de très grandes tartines. Mais quelles tartines! Dans le deuxième mouvement, l’Adagio cantabile donc, la première double-page est magnifique de sobriété et de rangement: la basse d’Alberti, typique du classicisme, fondation-même du mouvement, contraste violemment avec la tempête nébuleuse qu’est le premier mouvement.

La théâtralité de l’oeuvre est visible: je reste encore et toujours impressionné par la toute première double-page. Il s’en dégage quelque chose de très magistral et solennel, avec tous ces accords compliqués. Debussy prétend, avec son Monsieur Croche antidilettanteque Beethoven ne savait pas écrire pour le piano. Je pense, honnêtement, qu’il avait le don de monter des architectures musicales tout à fait admirables. Et puis, entre nous… une partition beethovénienne ouverte sur le pupitre d’un piano, c’est tout de même beau!