Le Silence de Mélodie – Sharon M.Draper, Élodie Pénisson.

Comment cela a commencé entre lui et moi ?

Je faisais mes courses à Super U, je m’arrêtais à l’Espace Culture comme d’habitude. J’étais fatiguée par ma saison, j’avais mal aux pieds, merci au travail saisonnier de serveuse que j’avais trouvé. Je passais mes doigts sur les reliures de livres. “Il ne faut pas que tu craques ! Arrête d’en acheter, tu en as plein sur ta table de chevet !” Me sermonnai-je. Puis mon œil s’arrêta sur cette reliure verte turquoise. Je lis le titre : Le Silence de Mélodie de Sharon M. Draper, édité chez Michel LAFON.

Qu’est-ce que c’est que cela ? Je le pris dans mes mains, le retournai et je regardai le résumé. Je vis aussi qu’il était le coup de cœur de John Green !

« Enfermée dans son corps, mais l’esprit libre, Mélodie nous raconte son histoire avec tant de force que vous aurez l’impression de la vivre avec elle. »

« Il a l’air pas mal. » Me dis-je.  Je le glissai dans mon cadi. “Je ne suis plus à un près, il ira avec les autres.” Me rassurai-je. J’oubliais ce livre jusqu’à ce qu’un soir je posai ma main dessus et me plongeai dedans. Il commençait par :

« Des mots. Des milliers de mots m’entourent. Peut-être même des millions. (…) Quand j’ai eu deux ans, tous mes souvenirs avaient des mots, et tous mes mots avaient une signification. Mais seulement dans ma tête. Je n’ai jamais prononcé un seul mot. J’ai presque onze ans. »

Après quelques chapitres, je le fermais. J’en ressortis très vite avec le souffle coupé. Dès les premiers mots, l’auteure a ce tour de force de nous mettre directement dans la tête du personnage principal. Je m’étais même demandée si ce n’était pas une autobiographique. C’était trop juste pour être une simple fiction, mais il s’avérait que non.

C’est l’histoire d’une jeune fille avec un handicap physique mais qui possède une vivacité intellectuelle. Elle est prisonnière de son corps et des préjugés. Bien que sa famille s’occupe d’elle du mieux qu’elle peut, elle est très frustrée de cette situation. Elle est d’abord placée dans une classe spéciale. Cela permet de montrer le regard que porte la société sur le “handicapé”, le mot « attardé » revient souvent. Le programme scolaire est épouvantable, sans oublier, les moqueries dans la cour avec les « valides » et même le regard des adultes.

C’est pour cela qu’il m’a fallu du temps pour y revenir et rouvrir ce livre. L’été était passé, je repris les cours, et je me mis à le lire entre midi et deux à table. Il y avait plein de monde autour moi mais cela ne me dérangeait pas. C’était même plutôt l’inverse. J’étais révoltée et je le faisais savoir. On se moquait de mes réactions mais je m’en fichais, certains passages étaient si tristes, si frustrants ou déroutants. Je le finissais qu’au bout d’une semaine, chose inhabituelle pour moi, car cette œuvre est magnifique mais lourde en émotions. Si je le conseille à tout le monde ? Bien sûr ! Ce livre est superbe, il nous touche en plein cœur. Il nous éclaire sur nos préjugés et notre façon de voir les choses. Il est rempli de valeurs et de morales, sans être dans l’excès. Il nous fait grandir c’est pourquoi, pour moi,  il devrait être lu en classe car il inspire la tolérance et le respect.

 

 

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Lettres à Yves de Pierre Bergé – Lola Manin

Confessions épistolaire de Bergé à son amant Yves Saint-Laurent, décédé en 2008.

« C’est la dernière fois que je te parle, la dernière fois que je le peux. Bientôt, tes cendres rejoindront la sépulture qui t’attend dans les jardins de Marrakech. » 

Comme si une partie de lui s’était décrochée, Pierre Bergé livre ici la part la plus intime de sa vie et de sa sensibilité; il raconte avec douceur et émotions l’histoire d’amour des deux hommes, ponctuée de hauts et surtout de bas.

Souffrant d’un cancer du cerveau c’est un homme faible et malade qui est dépeint dans ce recueil, et malgré la vie de débauche qu’à mené Yves Saint-Laurent et son goût pour le risque; c’est une histoire d’amour somme toute classique que nous découvrons au fil des pages de ce recueil.
Nous pénétrons dans l’intimité du couple entre excuses prononcées trop tard, regrets et passion; nous découvrons le quotidien bouleversé et bouleversant dans lequel nous sommes plongé.
Pierre Bergé, dévoile, à sa façon, la vie de couple des deux hommes tout en laissant de côté les moments les plus difficiles de la vie de Saint Laurent. Ces moments qui seront plus tard dépeint dans le film éponyme de Bertrand Bonello sorti en 2014 et qui, sans surprise, ne plaira pas a Bergé qui a lutté toute sa vie pour cacher la vie de débauche de son compagnon. Lire la suite

Max de Sarah Cohen-Scali (Clara Montlouis)

« Je suis l’enfant du futur. L’enfant conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Heil Hitler ! »
Max, de Sarah Cohen-Scali, est un roman dont l’intrigue se déroule de l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Notre protagoniste est un enfant né du projet nazi Lebensborn : il s’agit de l’organisation d’une maternité où s’accouplent des soldats SS avec des jeunes femmes sélectionnées par les nazis. L’enfant, nommé par la suite Konrad, deviendra très vite le symbole de Lebensborn, celui-ci étant né le jour d’anniversaire d’Adolf Hitler et correspondant parfaitement aux critères physiques aryens. Son enfance sera extraordinaire : celui-ci n’ayant pas de parents pour l’éduquer, il servira pendant longtemps d’appât afin d’enlever d’autres enfants pouvant devenir de potentiels Aryens. Puis, il sera envoyé dans de prestigieuses écoles pour apprendre à devenir le meilleur nazi possible. Il y fera alors la rencontre de Lukas, un garçon plus âgé que lui qu’il considère immédiatement comme son grand frère. Mais c’est alors qu’un coup de théâtre éclate : Lukas est juif.C’est un roman très difficile que nous présente Sarah Cohen-Scali. Konrad, qui est le protagoniste mais également le narrateur de l’histoire, a tout d’un petit nazi victime du bourrage de crâne que subissait la jeunesse allemande lors de la Deuxième Guerre mondiale. Même bébé, il comprend parfaitement ce que signifient les « noms de code » des nazis lorsque ceux-ci ont recours à l’extermination d’un ou de plusieurs individus. Konrad n’est pas représenté comme un résistant dans ce roman, au contraire, son fanatisme de son « père spirituel », Adolf Hitler, est poussé à l’extrême. Pour autant, l’auteure ne fait pas de Konrad un « monstre », et lui donne des préoccupations d’enfants et, paradoxalement à sa grande connaissance des actes nazis, il garde cependant une certaine innocence qui fait presque de lui un enfant comme les autres. Ainsi, ses expéditions où il sert d’appât pour attirer d’autres enfants dans les griffes des nazis lui apparaissent comme une sorte de jeu avec eux, puisqu’il s’agit pour lui de ses seules « occasions » de rencontrer d’autres enfants de son âge.
Ce roman est donc très intéressant puisqu’il dépeint un portrait de notre protagoniste qui n’est ni totalement bon, ni totalement mauvais. L’objectif est simplement de nous montrer à quel point un bourrage de crâne peut être efficace ; nous lisons les pensées de Konrad avec effroi, mais en même temps nous ne pouvons le détester car il reste sensible à l’amitié, notamment avec Lukas, qu’il traite de « sale juif » mais ne pouvant se résoudre à ne plus le considérer comme son frère, et le seul membre d’une famille qu’il n’a jamais eue.De plus, le livre traite des événements de la Deuxième Guerre mondiale qui sont pour la plupart très peu abordés dans la sphère publique, surtout en ce qui concerne les enlèvements d’enfants polonais en vue d’en faire des allemands, et les abus sexuels qu’ont commis les russes en arrivant sur le territoire allemand à la fin de la guerre. Je conseille donc ce livre aux personnes intéressées par cette période historique, ainsi qu’aux personnes n’ayant pas peur d’aborder des sujets sensibles tels que le viol, le génocide, le conditionnement… Max est un livre passionnant et très éreintant dont on ne ressort pas indemne.

Le Premier Jour, Marc Levy – Julie Mougenot

Le Premier Jour, 9em roman écrit par Marc Levy, a été publié en juin 2009 par les éditions Robert Laffon. Il fait partie de la série Le Premier Jour et La Première Nuit, paru la même année. L’ouvrage est disponible dans 18 pays, et dispose d’une version audio de onze heures et trente-quatre minutes, lue par Sébastien Hébrant. Marc Levy est un auteur français, né à Boulogne-Billancourt, il publiera son premier roman en 2000 Et si c’était vrai…, à l’âge de 38 ans. Il recevra le prix Goya et l’œuvre sera adaptée en 2005 par les studios Dreamworks.

Le Premier Jour est un roman fictionnel d’aventure abordant toutefois plusieurs thèmes variés tels que le mystère, l’amour, l’astronomie ou encore l’archéologie. Ce roman raconte la mystérieuse recherche qu’entreprenne un astrophysicien, Adrian, et une jeune archéologue, Keira, après avoir fais la découverte d’une étrange pierre dans un volcan éteint. Un périple qui leur fera courir de nombreux risques et peut-être découvrir la vraie genèse de notre univers.

« Nous n’avons pas fait l’amour ce soir-là. En apparence tout s’y prêtait, mais, certains soirs de votre vie, quelque chose s’impose de bien plus fort que le désir. La peur d’une maladresse, la peur d’être surpris dans ses sentiments, la peur du lendemain et des jours qui suivront.  

Nous avons parlé tout la nuit. Tête contre tête, main dans la main, comme deux étudiants qui n’auraient pas vieilli, mais nous avons vieilli et Keira finit par s’endormir à mes côtés. »

Ayant toujours collectionné et aimé lire Marc Levy, j’ai trouvé ce roman dans la cabane de don et d’échange de ma ville comme la plupart de mes autres romans de cet auteur. N’ayant jamais été déçue par Marc Levy (si ce n’est qu’avec l’ouvrage Le Voleur d’ombres), je me suis rapidement mise à la lecture de cette nouvelle acquisition à mes heures perdues.

Toutefois si comme tous les romans de Marc Levy, l’histoire est lente à démarrer, une fois l’intrigue posée, ses romans deviennent tout de suite attractifs. Dès l’incipit, le mystère du roman est posé. Keira découvre cette fameuse pierre qui sera l’objet de valeur convoité à la fois par les deux protagonistes, ainsi que par les concurrents ennemis de ceux-ci. Lorsque les deux personnages se retrouvent tout à fait par hasard, le mystère de la pierre se met à les concerner chacun par leur domaine scientifique. S’ensuit alors de nombreuses péripéties aux risques et périls de leurs vies afin de découvrir le secret de cette pierre que tenteront de leur dérober une organisation secrète internationale.

Le Premier jour est un roman pédagogique, lorsque les personnages parlent de leur domaine respectif, on en apprend plus sur le monde, sur sa conception, aussi bien s terrestre que astrale. Il permet une instruction la science à la fois non-massive et non-complexe. C’est aussi un roman émotionnel notamment grâce à la relation qu’Adrian et  Keira entretiennent. Ces derniers se connaissent depuis leurs années étudiantes et se retrouvent des années plus tard sur une enquête qui les réunie malgré eux. Cet ouvrage est aussi un composant de beaucoup d’humour perpétué par les personnages de Keira et de Walter qui nous permettent de sourire parfois et de faire une pause avec l’aventure trépidante des deux protagonistes principaux. Enfin ce livre nous permet également de voyager tout au long du périple des personnages, nous faisant ainsi découvrir l’Éthiopie, l’Angleterre, la Grèce ou encore la Chine.

Vanille ou chocolat? LÉVÊQUE Louis

Vanille ou Chocolat?

Présentation de l’œuvre

Meanwhile ou Vanille ou Chocolat ? n’est pas une bande dessinée comme les autres. Il s’agit d’un livre jeu ou livre dont on est le héros. La navigation dans le livre n’est pas linéaire, il faudra suivre des tuyaux qui conduiront le lecteur de case en cas puis de page en page. Parfois, il arrivera à une intersection. C’est à ce moment que livre devient un jeu puisqu’il faudra choisir une des voies pour progresser.

L’auteur de Meanwhile est Jason Shiga : un dessinateur de bande dessinée américain. Il a été traduit en français sous le titre Vanille ou chocolat ? par les éditions Cambourakis en 2012. Il coûte 18 euros.

 

Découverte de l’ouvrage :

Lors de ma première lecture, je découvre que le personnage que je vais incarner au travers de cette histoire est un jeune garçon du nom de Jimmy. Ce dernier, en rentrant chez lui, a une envie irrésistible de déguster une savoureuse glace. Un premier choix cornélien se pose alors. Un véritable dilemme. Vanille ou Chocolat ? Je décide donc de prendre la vanille. Jimmy déguste sa glace, il rentre chez lui et l’histoire se termine… Je recommence donc l’histoire et cette fois-ci, je choisis la glace parfum Chocolat. Cette dernière n’étant pas très fraîche, Jimmy se met en quête de latrines. Il pénètre ainsi dans le Laboratoire Kepler (référence évidente au célèbre astronome portant ce nom) où il fait la rencontre du professeur K (K comme Kepler?) qui propose au jeune Jimmy de lui faire essayer trois de ses inventions. La première est le Qalmar, une machine sous forme de casque permettant le transfert de la mémoire d’une personne à une autre. La seconde est le Killitron qui permet d’éradiquer l’humanité en appuyant sur un simple bouton. Et enfin, une machine temporelle qui permet de remonter dans le passé. Je comprends alors que toute l’intrigue se centrera sur l’utilisation de ces machines. Je ne me trompais pas. Après une mauvaise manipulation du Killitron, je me retrouve à voyager dans le temps dans le but de m’empêcher d’activer le Killitron. Je croise alors mon double du passé que j’affronte. Dans une autre partie, je décide de revenir dans le passé pour m’empêcher de manger de la glace au chocolat. Je découvre alors que le glacier cache un secret. J’apprends dans une autre partie que la machine temporelle et le Qalmar ont besoin de code pour fonctionner à leur plein potentiel. Finalement, je découvre celui de la machine temporelle. Ayant du mal à comprendre le fonctionnement de la saisi du code, je me trompe alors. Je suis dès lors expulsé dans une page aléatoire du livre. J’explore le livre. Je le parcours. Je circule entre les pages. Je recherche. Je me perds dans ce dédale de case. Je navigue dans l’ouvrage. Et finalement, au sommet de ce monument qu’est Vanille ou Chocolat ? La vraie fin de l’histoire m’est révélée. Cette fin imprévisible remet en question l’intégralité de l’univers où se déroule l’histoire. Elle répond à l’intégralité des questions que je me suis posé durant la lecture. Cette nouvelle vision de l’œuvre m’oblige entant que lecteur à la parcourir de nouveau afin de bien comprendre ce que cela implique. Je décide aussi d’arriver à la vraie fin le plus rapidement possible. J’ai enfin fini Vanille ou Chocolat ? Du moins c’est ce que je croyais. Je commence donc à parcourir le livre de manière classique sans tenir compte des règles du jeu. C’est alors que je tombe sur le dernier secret de Vanille ou Chocolat ? C’est une fin cachée réservée à ceux qui ne respectent pas les règles du livre et qui décident de prendre quelques libertés. Ce livre m’a plongé dans un univers fascinant. Je me suis bien amusé. Je ressens de la fierté de l’avoir terminé. C’est une œuvre exceptionnelle.

 

Critique :

Cependant, j’ai constaté quelques défauts que je me dois de souligner. À force de tourner et de voyager dans le livre, on revient parfois sur ses pas. C’est-à-dire que l’on retourne sur des cases où on est déjà passé et il est alors possible de créer une sorte de cycle. Cependant, Jimmy continue à commettre encore et encore les mêmes erreurs alors que dans la logique, il devrait se rendre compte qu’il est de retour à un point où il est déjà passé, ce qui n’est pas le cas. Il arrive aussi qu’à certains moments du récit, Jimmy décide d’effectuer une action alors qu’il n’avait aucune raison de la réaliser. Pourquoi ? Parce que le livre considère que je suis passé par les cases qui justifient cette action, ce qui n’est pas forcément le cas. Ce sont des sortes de « bug » qui cassent l’immersion et provoquent une frustration. Ces incohérences sont cependant rares et il faut suivre des chemins spécifiques et complexes pour pouvoir les rencontrer.

Vanille ou Chocolat ? est présenté comme un livre disposant de 3 856 histoires possibles. C’est un petit mensonge. Les 3 856 histoires ne méritent pas toutes d’être lu. Il s’agit plutôt du nombre d’histoire possible mais seules une quinzaine d’entre elles ont vraiment un réel intérêt. D’autant plus que puisqu’il est réalisable de provoquer des cycles dans le livre, il y a en réalité une infinité de combinaison possible donc une infinité d’histoire.

Ma dernière critique revient sur le caractère contestable du choix du titre Vanille ou Chocolat ? pour la version française. Pourquoi le premier choix n’est-il pas un vrai choix ? On aurait pu imaginer que choisir Vanille ouvre la porte à une autre histoire. Jason Shiga n’en a pas décidé ainsi. Pourquoi ? J’y vois personnellement une critique du livre jeu ou même du jeu en général (y compris du jeu vidéo) dans lequel on incarnera un personnage qui dans la majorité des cas, va devenir un héros. On ne donne pas au joueur la possibilité de refuser d’en devenir un. Dans Vanille ou Chocolat ? On peut choisir de ne pas être un héros et de rentrer simplement chez sois. Il ne s’agit pas pour le lecteur joueur de refuser de jouer. L’action qui correspondrait à ce refus se traduirait par la simple fermeture du livre. Il ne s’agit donc pas d’un menu déguisé entre « jouer » et « quitter ». C’est plus profond que ça.

Finalement, Vanille ou Chocolat ? est un livre remarquable. Sa structure labyrinthique et son fonctionnement c’est-à-dire la manière de l’arpenter en font une œuvre incontournable qui fascinera autant les fans de bande dessiné que de jeux. C’est un moment à partager entre amis. Une bande dessinée qui peut être lut à plusieurs.

Pour aller plus loin :

-Il existe également une application payante sur l’AP Store : Meanwhile en anglais qui permet d’en profiter de l’œuvre sur tablette.

Interview de Jason Shiga sur Vanille ou Chocolat ?

– Une autre interview sur Jason Shiga et son travail.

 

(Chloé GAUDIN) Série littéraire U4 – Tome 1 Koridwen par Yves Grevet

U4 est une série littéraire dont l’histoire se déroule dans un univers post-apocalyptique dont chaque tome est écrit par des auteur(e)s différent(e)s et peuvent se lire dans l’ordre de notre choix.

Le titre de la série porte le nom du virus qui a décimé environ 90% de la population. Il provient du nom de la ville d’où est originaire le virus, Utrecht, dans les Pays-Bas et 4 pour quatrième génération. Chacun des quatre premiers tomes raconte l’histoire d’un personnage principal et porte donc le nom de ceux-ci. Le cinquième et dernier tome est un peu différent puisqu’il réunit plusieurs nouvelles se déroulant dans le même univers ainsi que certaines fan-fictions écrites par des lecteurs lors d’un concours organisé par les éditeurs.

L’histoire du premier tome, Koridwen, raconte le parcours de la jeune fille et de son cousin handicapé. Elle vit en campagne où elle s’occupe des animaux de la ferme familiale jusqu’au jour où elle décide de tout plaquer pour rejoindre un groupe d’inconnus à la grande horloge de Paris, elle se lance alors dans une longue route en tracteur à la poursuite de son dernier espoir de survie. En effet, chacun des personnages jouaient à un jeu massivement multijoueurs en ligne avant la catastrophe. Avant que les lignes ne soient coupées, le maître de jeu connu sous le pseudonyme « Khronos » diffuse un message disant qu’il pense avoir trouvé une solution pour remonter le temps et éviter la catastrophe. Bien sûr, le schéma narratif reste banal et le déroulement des péripéties prévisible mais c’est un roman agréable à lire puisque persistent les questions « Comment? » et « Pourquoi? » qui poussent notre curiosité jusqu’au bout et nous incite à lire les autres tomes.

Yves Grevet, auteur de ce premier tome, est un ancien instituteur qui écrit principalement des dystopies dont les personnages sont des enfants ce qui expliquerait peut-être son style d’écriture et le vocabulaire simple qu’il utilise. Littérature jeunesse ne signifie pas forcément « langage enfantin », je trouve que ce petit bémol peut refréner certains lecteurs, moi y compris, qui aurait pu apprécier l’histoire en elle-même si la narration avait été un peu plus développée. De plus, le personnage reste assez plat ce qui ne nous permet pas de nous y attacher, on ne s’identifie pas à elle. Toutefois, les autres tomes étant écrits par d’autres auteurs, nous pouvons espérer un style différent et peut-être plus agréable, ce qui nous pousse, une fois de plus à lire l’histoire dans sa globalité.

Nous noterons que ce projet littéraire se base tout de même sur un principe original et intéressant qui a réuni quatre auteurs sur une seule et même histoire. L’annonce de la sortie (une seule et même date pour les quatre tomes) a d’ailleurs été accompagnée d’une bande annonce plutôt réussie et la communication autour de cette série est souvent positive. L’idée du cinquième tome est aussi très innovante, le concours organisé par l’éditeur a, de plus, permis à de jeunes auteurs de se faire publier et d’exprimer leur talent.

J’ai, d’ailleurs, moi-même trouvé ce concept inspirant et il m’a donné l’envie de réécrire l’histoire plutôt que de simplement la lire. En conclusion, le projet qui réunit ces auteurs et éditeurs mérite une ovation, mais le tome de Koridwen aurait pu être un peu moins ennuyeux s’il avait été écrit différemment.

 

Une bouteille dans la mer de Gaza, Valérie Zenatti – Marine Ganne

« Une bouteille dans la mer de Gaza » est un roman épistolaire de Valérie Zenatti, publié en 2005 aux éditions de l’école des loisirs dans la collection Médium poche. Il a reçu une vingtaine de prix, été traduit dans une quinzaine de pays et a été sélectionné par le Ministère de l’Éducation nationale. Par la suite, il a été adapté au théâtre puis au cinéma en 2011 par l’auteure elle-même et Thierry Binisti sous le titre « Une bouteille à la mer ». L’auteure, Valérie Zenatti, française d’origine juive, est également scénariste et traductrice de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld. Elle a passé une grande partie de son enfance en Israël où elle y a fait son service militaire. L’Israël, la vie quotidienne dans ce pays mais aussi la double nationalité française sont des thèmes récurrents dans ses livres : « Quand j’étais soldate », « En retard pour la guerre » ou « Mensonges » en sont des exemples.

Le roman raconte l’histoire de Tal, une jeune israélienne de 17 ans qui après un attentat à côté de chez elle décide de correspondre avec « quelqu’un d’en face », un palestinien. Elle glisse alors sa lettre dans une bouteille et la confie à son frère qui fait son service militaire à Gaza. À travers ces mails échangés et l’histoire des deux personnages, on découvre les espoirs et les craintes mais aussi la vie quotidienne des adolescents des deux côtés : israéliens et palestiniens.

J’ai découvert ce livre tout à fait par hasard en sixième lors d’un prix de lecture. Une fois la lecture du livre terminée, je savais déjà pour quel roman je voterais tellement il m’avait plu. Je l’ai, depuis, relu plusieurs fois sans que mon plaisir ne diminue : à chaque lecture il me fait passer du rire aux larmes tout en me faisant réfléchir sur le conflit israélo-palestinien et la guerre en général.

« C’est con, c’est comme ça, c’est la guerre. La guerre imbécile où des Israéliens tuent des Palestiniens, des Palestiniens tuent des Israéliens, et hop, on recommence pour un tour, c’est qui qui avait commencé déjà? Eux? Nous? Toi? Moi? Personne ne se souvient. Mémoire courte, trous de mémoire, amnésie, hypocrisie, mauvaise foi, bon allez, on recommence juste pour voir qui va tuer le plus, qui est le plus fort… » (p. 38)

L’intrigue de ce roman peut paraître simple puisqu’il raconte une belle histoire d’amitié entre une fille et un garçon. Néanmoins, cette amitié se déroule sur un fond plus complexe : celui du conflit israélo-palestinien. Ainsi, grâce à ce récit, on découvre la réalité de la vie quotidienne au Proche-Orient mais également le fait de vivre au milieu d’une guerre. Le genre épistolaire permet de se plonger dans l’histoire de ces deux jeunes, de voir à travers leurs yeux et de ressentir avec eux l’horreur, la peur, le manque de liberté que cause ce conflit. L’auteure souhaite ainsi dénoncer la bêtise de cette guerre et, à travers cette amitié fictive entre une israélienne et un palestinien, exprimer un espoir de paix partagé par une grande majorité de la population israélienne et palestinienne. Cependant, l’histoire se déroule en 2003 et lorsqu’on la lit aujourd’hui on se rend compte que malheureusement rien n’a changé et que le conflit perdure.

Je recommande donc vivement ce roman « Une bouteille dans la mer de Gaza » de Valérie Zenatti aux éditions de l’école des loisirs qui reste pour moi un très beau livre sur l’espoir et la paix.

Marine Ganne