Les deux pigeons, une fable contemporaine

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Une couverture simple pour une histoire simple.

Dans son troisième roman Alexandre Postel expose la vie de Dorothée et de Théodore, un couple de moins de trente ans qui vient d’emménager ensemble. On suit au fil des pages les petits tracas quotidiens de ces deux jeunes adultes qui expérimentent ensemble et à leur rythme la vie de couple et la vie en général. Ici pas de grande aventure ni de rencontres loufoques, rien que leur vie ordinaire dont ils tentent de ne pas se lasser et de s’accommoder. Seulement si leur vie est si simple en apparence elle l’est beaucoup moins à leur échelle et rapidement tout un tas de question les assaillent. Ont-ils fait les bons choix ? Leur nouvel appartement est-il vraiment celui qui leur correspond ? Pourquoi faire le ménage alors que la poussière revient inlassablement ? On fait quoi à manger ? Faut-il fonder une famille ? De toute façon c’est ce que tout le monde attend d’eux, non ?

Et puis n’étaient-ils pas censés vivre ensemble ? N’étais-ce pas ce qu’on attendait d’eux, ce qu’il désiraient eux-même confusément depuis qu’ils rêvaient à l’amour – une vie à deux, un grand lit, un havre de paix et de tendresse, un nid où ils pourraient se reposer des tracas de l’existence ? Un lieu où la lumière serait plus fine qu’au-dehors, où la musique des jours serait plus gaie et le sommeil plus profond ?

Le ton léger utilisé par Alexandre Postel fait de son roman Les Deux Pigeons une fable des temps modernes sans pour autant être moralisateur, il dresse le portrait d’un couple ordinaire appartenant à une génération considérée comme « pigeonnée », adepte de la consommation rapide, qui se lasse de tout et en perpétuelle recherche de nouveauté. Comme la plupart des jeunes des « années 2000 », Dorothée et Théodore

Mais les jeunes d’aujourd’hui ne savaient plus ce que c’était que l’amour, l’engagement, les responsabilités : narcissiques et connectés, ils changeaient de partenaire comme on change de chemise.

Pour autant, sous la plume de l’auteur il devient difficile de juger ces deux jeunes adultes, perdus dans le tumulte de la vie, on les prend en pitié, on les regarde avec un air tendre et on se met à leur espérer une vie plus douce et plus calme.
Au fil des pages défilent les années et les questions mais pour autant l’amour que se portent Dorothée et Timothée reste aussi fort, chacun avance à son rythme, le but du couple étant de rester souder et d’être heureux ensemble. Et quand les moments de doute deviennent trop forts, il suffit alors d’un petit détail, un petit événement qui vienne à leur rescousse, leur rappelant pourquoi ils s’aiment et pourquoi ils continuent d’évoluer ensemble, à leur rythme, sans se soucier de l’avis de leurs familles et amis. Un peu comme des escargots, nos deux amoureux poursuivent leur route inlassablement.

Était-ce là qu’il allait demeurer ? Se serait-il trompé ? Un gouffre se creusait dans sa conscience : était-ce vraiment ce qu’il désirait, se mettre avec une fille, s’installer, bourgeoisement ? N’avait-il pas d’autres rêves – partir pour l’Amérique du Sud, s’engager dans la Marine ? Ne connaîtrait-il jamais d’Iraniennes aux yeux verts et de Mexicaines qui, après l’amour, lui caresseraient le torse en l’appelant Papi ?
L’agent immobilier leur ayant précisé que les précédents occupants étaient un jeune couple, Théodore en avait spontanément déduit qu’ils s’étaient séparés. Pourquoi, parmi toutes les explications possibles, privilégier celle-ci plutôt que l’hypothèse d’une mutation, d’un héritage ou d’une grossesse, sinon parce qu’il redoutait cet emménagement ?
Ses jambes vacillaient, il dut s’adosser au chambranle de la porte. Alors il entendit dans l’escalier le pas de Dorothée ; elle portait un carton de livres ; il la vit arriver, essoufflée, souriante, le regard animé, une mèche de cheveux collée au front : elle ne lui avait jamais paru si belle ni si heureuse. Il respirait de nouveau. Elle n’avait pas de doutes, elle. C’était son avis qui comptait désormais, pas celui de sa vieille mère ; et il était bien content d’avoir en quelque sorte quitté l’une pour l’autre.
Alors il crut deviner ce qu’éprouvait sa mère, un sentiment d’abandon, de frustration, d’impuissance, et le désir lui vint de prendre les deux femmes entre ses bras, en un geste viril et doux. Mais il restait encore des cartons à monter.

Si vous recherchez un livre simple et à la fois tendre et touchant alors je vous conseille vivement de lire Les Deux Pigeons. Les deux héros de cette fable contemporaine ne vous apprendront pas forcément des vérités de la vie et vous n’aurez pas de révélation par rapport à ce que vous pouvez attendre du futur mais suivre leur vie tranquille nous apporte un lâcher-prise intéressant et instructif ; même en n’étant pas d’accord avec nos deux héros, leur histoire nous enrichit et peut-être qu’elle pourra nous éviter les mêmes doutes et questionnements face à l’avenir.

 

Bertille Vinel

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Harry Potter et l’enfant maudit- J.K. Rowling

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Albus
Serpentard, c’est la maison du serpent, celle des forces du Mal… Ce n’est pas une maison de sorciers courageux.
Harry
  Albus Severus, tes deux prénoms t’ont été donnés en souvenir de deux directeurs de Poudlard. L’un deux était un Serpentard et il était sans doute l’homme le plus courageux que j’aie jamais rencontré.
Albus
   Mais dis-moi simplement…
Harry
  Si c’est important pour toi, alors le Choixpeau magique tiendra compte de ce que tu ressens.
Albus
   Vraiment ?
Harry
   C’est ce qui s’est passé pour moi.
(Acte I, scène 2)

      Harry Potter et l’enfant maudit est le texte intégral de la pièce de théâtre du même nom, sorti le 14 octobre 2016. Il retrace l’histoire d’Albus Severus Potter, le deuxième enfant du célèbre Harry Potter, faisant son entrée dans la grande école de sorcellerie, Poudlard. L’action se déroule de la première année à la quatrième (avec quelques ellipses) et on voit peu à peu, le jeune Albus se refermait sur lui-même (à la limite de la dépression), subissant les brimades et les regards méprisants de ses camarades parce qu’ils ne le trouvent pas aussi brillant que son père. Par ailleurs, ses relations avec son entourage, en particulier avec Harry, se détériorent rapidement, ce qui l’isole encore plus. Il ne lui reste qu’un seul ami (pas très apprécié non plus), Scorpius Malefoy, le fils de Draco, ennemi juré de Harry Potter. C’est ensemble qu’ils vont décider de changer les choses en utilisant un Retourneur de Temps (objet magique qui sert à voyager dans le temps) et c’est là que cela se complique pour eux.

      Mon avis sur ce livre est très mitigé, j’ai bien aimé retrouver l’univers de l’oeuvre originale mais le texte subit beaucoup trop d’incohérences par rapport aux romans. Je suis contente que J.K.Rowling essaye de faire vivre encore un peu plus longtemps son petit sorcier (qui a bien grandit) mais on a présenté ce texte comme la «huitième histoire, dix-neuf ans plus tard» et ce n’est pas ce que j’ai ressenti.

       J’ai pensé en le lisant que cela ressemblait plutôt à une fiction écrite par un(e) fan pour faire vivre encore et toujours sa passion, que comme la véritable suite. J’ai réalisé que l’histoire de Harry Potter s’était finie lors du septième livre (Harry Potter et les Reliques de la Mort). Et maintenant, j’ai bien peur que tout ce qui suivra (peut-être même avec les futurs films en préparation dont le scénario à été écrit par J.K.Rowling elle-même) ne sera pas fait avec le même état d’esprit qu’elle avait quand elle a commencé à écrire les aventures du petit sorcier et qui a accompagné bon nombre d’enfants (et d’adultes) pendant dix ans (plus en ce qui concerne les films). J’ai peur que cela ne deviennent un peu trop marketing, que la magie disparaissent, laissant place au profit et à l’argent.

    Revenons à l’histoire en elle-même, réaliser ce livre devait partir d’une bonne intention (faire revivre l’histoire de Harry Potter) mais j’estime que voir la pièce doit être beaucoup (Beaucoup !) mieux que le texte qu’on en a tiré. Il faut voir les décors, les acteurs, entendre les musiques plutôt que de simplement lire ce livre, parce qu’il est appauvri de tout ce qui faisait la magie de l’oeuvre originale. Des incohérences scénaristiques feront bondir les fans les plus tatillons et décevra énormément de monde très attaché à l’univers de J.K.Rowling car le texte n’a pas été écrit par elle (bien que son nom apparaisse en caractères plus grand que ceux des deux hommes qui l’ont vraiment écrit). John Tiffany et Jack Thorne, les deux vrais auteurs du scénario, ont indiqué avoir demandé à J.K.Rowling certains détails pour leur pièce de théâtre et s’être inspiré des romans mais il semblerait qu’ils aient pris trop de liberté par rapport à l’oeuvre originale rendant le texte incohérent et décevant. Ce livre semble servir juste à rendre les fans heureux parce qu’elle « continue à faire vivre la magie » (excuse donnée pour justifier le profit que tout le monde se fait dessus). C’est cela qui m’a le plus déçu sur ce livre, la recherche du profit sur une réussite passée et non une réactualisation de l’oeuvre. 

   
      D’autres personnes (aussi fans de l’univers que moi) ont été plus catégoriques que moi sur ce livre. Pour lire leurs avis, c’est par ici

                                                                                                                                                    Marine Gros
    

Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka : « Autopsie d’un drame humain et social »

Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka
« Autopsie d’un drame humain et social »

Paru chez la maison d’édition Seuil dans la collection La librairie du XXIe siècle, dont le mot d’ordre est de publier des ouvrages qui permettent de comprendre notre temps et d’imaginer ce que le monde doit devenir, le nouveau livre de l’historien-sociologue Ivan Jablonka, n’est ni un roman ni une enquête.

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L’auteur écrit à partir d’un fait-divers qui a retentit jusque dans les hautes sphères de l’État. Il s’agit de l’affaire Laëtitia Perrais, jeune-fille qui dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, âgée de 18 ans seulement, a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d’être poignardée, étranglée et démembrée. La démarche de Jablonka repose sur le fait qu’un fait-divers n’est jamais un simple « fait » et qu’il n’a rien de « divers », qu’il peut au contraire « être analysé comme un objet d’histoire » car :

« il dissimule une profondeur humaine et un certain état de la société : des familles disloquées, des souffrances d’enfant muettes, des jeunes entrés tôt dans la vie active, mais aussi le pays au début du XXIème siècle, la France de la pauvreté, des zones périurbaines, des inégalités sociales ».

Il a donc rencontré les différents protagonistes de cette tragédie ; les divers témoins, les enquêteurs, le personnel socio-éducatif, les avocats et magistrats, les amis, les parties civiles, la famille, notamment la sœur jumelle de Laëtitia, Jessica Perrais. Il s’est aussi imprégné des lieux du drame, de tout ce qui a constitué la vie, l’histoire, de cette adolescente frappée par la violence tout au long de son parcours personnel. De cette manière, il ne s’arrête pas à une seule vision des choses, mais il en convoque plusieurs, enrichissant la structure de son œuvre de chapitres techniques (juridique, politique, sociologique) et d’autres portants sur le passé et la construction psychique de Laëtitia, ou encore ceux suivant fidèlement le déroulement de l’enquête.

La lecture de ce livre singulier commence déjà par la perception de sa couverture. Ce fond noir, presque lustré, où repose en son milieu, le prénom Laëtitia en lettres magistrales qui se pare d’un rouge-orangé criard, comme pour nous interpeller, nous inviter à poursuivre bien au delà des apparences. Pour cela, Ivan Jablonka tient à restituer à l’adolescente partie trop tôt, sa vie, pour qu’elle ne se résume plus aux détails sordides de sa mort et à la seule figure de son assassin. Elle est un individu, un destin, mais aussi l’exemple foudroyant de ce qu’on nomme le « féminicide », phénomène résultant de nos sociétés. A l’auteur d’ajouter :

« L’affaire Laëtitia révèle le spectre des masculinités dévoyées du XXIème siècle, des tyrannies mâles, des paternités difformes, le patriarcat qui n’en finit pas de mourir […] Comprendre ce que Laëtitia a fait et ce que les hommes lui ont fait, n’est pas sans rapport avec la démocratie ».

Il dresse ainsi un portrait sensible de la jeune-fille et n’a de cesse de témoigner de son empathie, ce « je » si présent dans le texte, et ses incursions personnelles reconnues par lui-même comme étant intimes, relevant de sa seule subjectivité, mais pleinement assumées. Il se mettra en défaut, s’accusant de disséquer un cadavre jeté en pâture au public. De surcroît, il est aussi question dans cette œuvre de l’instrumentalisation politique faite par le pouvoir en place, de la sur-médiatisation, de ce goût pour le sordide, du déterminisme social, des failles du système pénal, de la multiplication des prédateurs dans cette histoire, allant de l’assassin lui-même (monstre multi-récidiviste), mais aussi du père biologique (alcoolique et auteur de violences conjugales), de ce père d’accueil, prit en modèle par l’Élysée, mais qui s’avéra être un prédateur sexuel sans scrupule aucun, ayant honteusement abusé de ses « filles » adoptives. Ainsi, vaste champ de recherche que ce drame humain et social, qui met en exergue ce fait-divers qui devient fait historique, s’inscrivant dans notre société actuelle et qui fait la part belle aux défaillances individuelles et universelles.

Au travers de cette plongée dans l’inqualifiable, on découvre une nouvelle façon d’aborder le fait-divers, témoin à charge des déficiences de notre société. Le lecteur est happé par ce récit, dévoré par le monde qu’il laisse entrevoir. Enfin, la frontière apparente qui sépare littérature, histoire et sciences sociales, s’atténue pour disparaitre complétement, rendant ainsi toute son humanité à la jeune-fille qu’était Laëtitia Perrais.

«Vivons, résistons, aimons et, quand notre temps sera épuisé, souvenons-nous que Laëtitia est descendue la première et que la vase a souillé sa beauté de dix-huit ans. Notre mort sera toujours moins amère et moins terrifiante. »

Laura A. Da Costa

Le site de l’éditeur.

Ivan Jablonka sous le prisme de France Culture.

→  Interview du journal Le Monde d’Ivan Jablonka.

L’homme qui voulait vivre sa vie, Douglas Kennedy

Éditions Pocket, Belfond

« Nous ne cessons pas de rêver d’une existence plus libre tout en nous enferrant de plus en plus dans les obligations, dans les pièges domestiques. »

Ben Bradford a une vie qui fait rêver : la trentaine, avocat compétent, une femme, deux enfants. Mais Ben ne supporte plus cette vie. Elle l’emprisonne. Son plus grand regret est de ne pas être devenu photographe. Son regret s’accroît lorsqu’il découvre que l’amant de sa femme est son idéal, celui qu’il devait être, celui qu’elle voulait qu’il soit. Jusqu’au jour où, par un concours de circonstances, le destin lui offre la chance de repartir à zéro.

Ce roman peut-être divisible en deux parties, Kassad, du blog Krinein, perçoit d’ailleurs ce récit comme « celui d’une mort suivie d’une renaissance ».
La première partie du roman résonne comme une dénonciation du rêve américain. Une manière de dire que non, l’argent ne fait pas le bonheur, la preuve. Bolcho, de Critiques Libres voit cet épisode comme une « description de l’écart entre les rêves de l’adolescence et les réalités de l’âge adulte ». Cette partie est à la fois fascinante et effrayante. On voit le héros sombrer dans son mal-être et on ne peut s’empêcher de vouloir savoir jusqu’où il ira. Mais, paradoxalement, on est terrorisé à l’idée de finir comme lui.
La seconde partie sonne davantage comme une rébellion. Nous ne devons pas nous soustraire aux obligations imposées par la vie. Selon Douglas Kennedy, il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves. Cependant, cette partie tient plus d’un scénario de film que d’un récit s’inspirant de la vie réelle. Alors, bien que cela nous tienne en haleine, pendant plus de la moitié du livre, cet extrait semble irréaliste.

Pour la qualité de son écriture, Douglas Kennedy est fidèle à lui-même. Comme dans ses autres œuvres, on découvre un style simple qui permet une concentration totale sur le fond. Le récit est constitué de trois rythmes différents, un par partie : la première montre la lassitude du personnage, son envie de s’enfuir. L’écriture est lente, répétitive, à l’image du quotidien du héros. La rupture est rapide, digne d’un thriller, tout est calculé. La troisième partie est plus lente, mais cette fois-ci, elle fait écho à une respiration, comme un « je suis libre, enfin ». Cette liberté se ressent d’autant plus lorsque l’auteur nous décrit la pureté des paysages du Montana. La neige s’impose alors comme une page blanche, comme si le héros avait enfin le droit d’écrire sa propre histoire. « Un pays esseulé, qui renforçait l’impression d’avoir atteint à la géographie incommensurable, où les termes de limites, de frontières n’avaient plus de sens. »

Lucille Josse

Sources :
Critiques Libres : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/2529
Krinein : http://livres.krinein.com/homme-voulait-vivre-vie-l-/

Le cercle des menteurs

Le cercle des menteurs c’est l’histoire de la sagesse. La sagesse du temps, des cultures, de l’histoire. A travers une multitude de contes du monde entier, Jean Claude Carrière retrace l’évolution du questionnement humain. Plus simplement, ce sont une multitude de contes, souvent drôles, parfois émouvants mais jamais pessimistes. Une bouffée d’air frais !

L’avantage de ce livre est qu’il convient à tous les types de lecteurs, les passionnés comme les réticents. Les contes excèdent rarement 3 pages et la plupart sont longs de quelques lignes. La lecture ne se fait pas d’une seule traite, mais petit à petit. On peut le prendre, le poser et recommencer à le lire 3 mois plus tard. Le cercle des menteurs se laisse découvrir à notre rythme. Il est divisé en 21 parties qui portent toutes des titres plus ou moins énigmatiques tels que «  le pouvoir est fragile, donc inquiet, donc hésitant, donc incohérent, donc contesté, donc fragile. » Ces contes donnent une réponse aux questions que l’on s’est tous posées un jour, « ils disent des vérités que seuls les menteurs connaissent » car comme l’exprime la maison d’édition Plon : « les conteurs sont arrivés et ont inventé les histoires. Ils furent les premiers menteurs, suivis de beaucoup d’autres. ». Ces histoires permettent de répondre aux interrogations des hommes et sont « pareilles à des vers de terre qui, dit-on, fécondent la terre qu’ils traversent aveuglément, les histoires passent de bouche à oreille et disent, depuis longtemps, ce que rien d’autre ne peut dire » exprime Jean Claude Carrière dans son œuvre.

Ce livre au titre intrigant révèle des histoires philosophiques pleines de tolérance et d’humour. C’est un livre qui fait du bien à soi et au monde. Et rien que pour le plaisir, voici un conte extrait de l’œuvre de Jean-Claude Carrière :

« Un rabbin demande à ses étudiants :
– Comment sait-on que la nuit s’est achevée et que le jour se lève ?
– Au fait qu’on peut reconnaître un mouton d’un chien, dit un étudiant.
– Non, ce n’est pas la bonne réponse, dit le rabbin.
– Au fait , dit un autre, qu’on peut reconnaître un figuier d’un olivier.
– Non, dit le rabbin. Ce n’est pas la bonne réponse.
– Alors comment le sait-on ?
– Quand nous regardons un visage inconnu, un étranger, et que nous voyons qu’il est notre frère, à ce moment-là le jour s’est levé »

Poutier Clara

Communardes! de Wilfrid Lupano

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Commune de Paris et féminisme, c’est une association qui semble rare, d’abord parce que la Commune en elle-même, bien que lieu de mémoire important de l’histoire du socialisme, échappe souvent à la connaissance approfondie de quiconque ne s’intéresse pas à la question. L’histoire du féminisme est une porte d’entrée d’autant plus originale dans cet épisode historique.

Voilà de quoi générer de belles attentes quant aux Bds scénarisées par Wilfrid Lupano, Communardes ! : Les éléphants rouges et L’aristocrate fantôme (la première illustrée par L. Mazel, la seconde par A. Jean). Les livres sont beaux, les illustrations présentent des couleurs chaudes et un trait « esthétisant » ; l’on peut alors prévoir le parti-pris des auteurs, aux dépends d’un réalisme cru qui aurait aussi pu rendre compte des aspects plus sombres de la Commune.

En effet, si l’on aurait pu craindre le didactisme d’une leçon d’histoire, il n’en est rien : les repères contextuels prouvent, certes, un travail de documentation satisfaisant de la part des auteurs (on note Marx et Engels en « guest stars » au début de L’aristocrate fantôme). Mais, de mon point de vue, les personnages nous sont donnés à voir, non pas dans leur caractère fonctionnel au sein d’un processus historique, mais bien comme des êtres humains complexes.

D’un côté (Les éléphants rouges), nous avons le portrait d’une petite fille, Victorine, qui a un rapport indirect avec les mouvements féministes qui agitent Paris lors du siège par l’armée prussienne (hiver 1870), au travers de sa mère. Malgré une mise en scène subtile de la misère en toile de fond (page 44…), ses préoccupations restent celles d’une petite fille. Même lorsqu’elle s’engage pour la défense de Paris, c’est avec ses armes d’enfant. À cet égard, le dessin de Lucy Mazel participe à colorer la perception des événements de merveilleux. S’ajoute à cela le caractère très touchant du duo mère-fille :

« Ne me mens plus jamais, Victorine. Parce qu’alors, ce serait terrible. Tu aurais tout cassé entre nous. La confiance, on n’a que ça, tu comprends ? »

lui dit sa mère. C’est ce qui, pour moi, rend sa place à l’émotion à côté du factuel.

D’un autre côté, L’aristocrate fantôme, Liza Dmitrieff, ne provoque pas un attachement aussi immédiat : j’ai redouté, d’abord, qu’elle ne se réduise à une icône féministe épique, idéalisée (à voir l’illustration de la couverture), ce qui m’aurait ennuyé. Mais, si dans ce volume l’aspect historique est plus présent, ce n’est jamais aux dépens du caractère initiatique du parcours de l’héroïne au sein de l’Union des femmes pour la défense de Paris. L’assurance qu’elle doit afficher face aux hommes pour se faire entendre est à plusieurs reprises ébranlée par les décisions qu’elle doit prendre (sa cause justifie-t-elle la torture ?). Elle n’est pas infaillible, c’est ce qui la rend humaine et finalement appréciable.

Au-delà de ce travail soigné des personnages, l’esprit des deux combats dont il est question (socialisme et féminisme) est également rendu avec force, notamment à la conclusion de chaque album, mais je ne vous raconterai pas la fin, je vous conseillerais plutôt de lire ces albums…

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Ma technique de lecture

Comment je commence à lire ? Comment je commence un livre ?

→ Comment je commence un livre?

Ma technique de lecture varie en fonction du livre que je lis. Si je l’ai déjà lu, je commence par le début, mais il y a toujours un moment pendant ma lecture où je vais sauter quelques pages pour lire un passage qui m’avait plu pendant ma ou mes lectures précédentes. Si j’ai jamais lu le livre, je commence évidemment par le début. Si j’accroche bien, il n’est pas rare que je lise la dernière phrase du livre pour savoir comment il finit. Je ne peux pas m’en empêcher et je finis toujours par le regretter car ça me gâche la fin. Mais je lis comme ça.

→ Comment je commence à lire ?

Ma position de lecture est toujours la même : couchée sur mon lit. Il est rare que je sois autrement quand je lis. La raison principale est que le seul moment où je lis c’est le soir quand je suis couchée. Il peut arriver, cependant, que je lise assise devant ma bibliothèque. C’est le cas quand je cherche un livre à lire. J’en prends un, je le commence. Si je dépasse les dix première pages, je le garde pour le lire et dans ce cas, je vais me coucher. Dans le cas contraire, je le repose et en prends un autre. Ce manège peut durer entre une à trois heures avant que je me décide.

→ Pourquoi je commence un livre ?

En ce qui concerne le « pourquoi » je commence un livre, j’ai plusieurs critères à prendre en compte. Le premier et plus important est mon humeur du moment. Si je suis de bonne humeur, j’aurais tendance à lire un livre des genres que je préfère : les dystopies, la science-fiction et la fantasy. Si je suis de moins bonne humeur, je lirais un livre que je connais déjà et qui m’apportera le réconfort dont j’ai besoin, qui me rappellera des bons souvenirs. Le deuxième critère est le résumé. Avant de choisir un livre, je regarde son résumé. Je ne me fie pas seulement à la première de couverture contrairement à une amie qui choisit ses livres qu’en fonction de la première page de couverture. Elle ne lit jamais le résumé. Il peut aussi arriver que je demande l’avis d’autres personnes pour choisir un livre, mais il est rare que le livre me plaise.

 

Andréa