L’anglais volant, Benoît Reiss, Quidam éditeur

Pluriel, L’Anglais Volant ne cesse d’osciller entre paradoxes et transparences. Dans ce récit de Benoît Reiss, la réalité pragmatique se confronte et à un univers fantasmagorique des plus déroutants. Avant même la lecture s’impose à nous une couverture : l’esthétique du livre bien que sobre est plaisante, composée pour l’essentiel d’un dégradé de couleurs qui attire le regard. Au-delà de la satisfaction visuelle ressentie, un graphisme n’est bien évidemment pas toujours gage de qualité. Il s’agit alors de se demander pourquoi ce livre nous attire plus qu’un autre, s’il existe un élément déclencheur à sa lecture : pour ma part, cette dernière a été motivé par le titre en lui-même. Je me suis demandée si cet Anglais Volant avait un quelconque rapport avec le mythe du Hollandais Volant, un marin condamné à errer perpétuellement en pleine tempête sur son navire pour avoir osé défier les cieux. Je me suis cependant vite aperçue qu’il n’existait aucune connivence entre ces deux figures et que je n’avais pas non plus sous les yeux une réécriture.

Passée cette première désillusion, une nouvelle curiosité a perturbé ma lecture : l’absence presque totale de suspens. Lorsque l’on me demandait de quoi parlait le livre que je lisais, je répondais : «Tout est dans le titre ». A croire que l’intitulé de cet ouvrage était pour moi véritablement synonyme de confusion. A la vérité, ma réponse était aussi exhaustive que lacunaire. Cet entre-deux, cette incapacité à choisir, je l’ai retrouvé dans la trame même de L’Anglais Volant. Le livre de Benoît Reiss repose sur de nombreuses analogies qui, si elles se répondent entre elles, ne parlent pas tout de suite à un lectorat quelque peu décontenancé. La dualité naît dans la remémoration permanente qu’ont les habitants de Fayolle du jour où cet homme sans nom et sans âge a défié le commun des mortels. Eux, à la vie si rationnelle, ne peuvent envisager une issue surnaturelle. Cette scène sans cesse revécue est illustrée par les nombreuses répétitions et parallélismes du texte, et ce des les premières lignes : « Ce n’est pas une rumeur ; on est nombreux à l’avoir vu, on est nombreux ici à Fayolle à pouvoir le raconter. On l’a vu faire, on l’a bien vu faire ». Le réel et l’irréel s’entremêlent et déroutent le lecteur, le poussent à se questionner en permanence. La frontière entre l’éveil et le sommeil est elle aussi bien mince, à tel point qu’il est aisé de se perdre dans ce récit fantastique – pour celui qui ne s’abandonnerait pas pleinement à l’imaginaire de l’auteur.

Les échos, nombreux dans le roman, n’ont pourtant pas éclairé ma lecture que j’ai d’abord jugée décevante. Il m’a fallu du temps pour comprendre que j’avais en réalité mal lu L’Anglais Volant. Je n’ai pas su saisir pleinement la portée du livre. Le suspens ne manquait pas, il n’avait juste pas sa place dans le récit. En effet, l’enjeu du livre était ailleurs. Les nombreuses reprises anaphoriques confèrent aux mots un rythme presque musical, comparable à un refrain mélodique. Cette poétisation de l’écrit va de pair avec le personnage principal. Il n’y a besoin d’aucune clé de lecture pour déchiffrer la figure énigmatique de l’Anglais, sa présentation allusive permet au contraire de renforcer le caractère mystérieux et dérangeant de ce livre aux allures de conte philosophique. Lire L’Anglais Volant m’a au fond permis de formuler quelques conclusions qui me semblent importantes en littérature : se donner une chance d’apprécier une œuvre, c’est se départir de toutes attentes en ne négligeant jamais la valeur salutaire d’une seconde lecture.

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