Quand le diable sortit de la salle de bain, par Sophie Divry

divryQuand on regarde le roman de Sophie Divry, on réalise qu’il s’agit d’un objet à part. La couverture est éloquente quand on y prend garde : deux apostrophes renversées face à face pointent sur fond rouge une paire de cornes noires. Simple, efficace, révélateur du jeu typographique qui va se donner au récit du relief et une originalité certaine. On plonge dans le quotidien de Sophie lorsqu’elle reçoit une facture d’EDF pour le moins pas arrangeante du tout, car c’est la fin du mois, qu’il faut attendre les allocations, et que son frigo est vide.

Heureusement, son ami Hector est là pour empêcher l’héroïne de se noyer dans ses idées de « contemplage de plafond » et d’inventaires en tous genres. Il va insérer un humour cru, complètement rentre-dedans (car hormis à son amie, il ne pense qu’à ça), tout en dérangeant l’ordre littéraire initialement établi par la narratrice. Mais il n’est pas seul : Lorchus, démon extraverti et débridé charge les personnes de critiques acerbes et les pages de vulgarités sardoniques qu’il déverse avec délectation, comme un M. Toutlemonde qui pète les plombs, tout simplement. Ce décalage nous fait réaliser que Sophie n’est ni sarcastique, ni désabusée, mais porte sur sa société un regard critique et quelque part amusé.

Ni léger ni noir, ce récit ouvre à une certaine forme d’évasion pour mieux porter notre regard sur la réalité.

 

« Ma relative discrétion à l’égard de son personnage – il est vrai, pour l’heure, tenu à l’écart – venait du fait que la plupart des amis d’un écrivain préfèrent ne pas apparaître dans ses romans, ils disent que c’est inconfortable…

– AH OUI ? Et rester pendant cinquante pages, comme un corbeau sur un poteau à guetter le facteur, sans avoir la possibilité de baiser la fille dont on est amoureux, tu t’es demandé si c’est une position confortable ?

– Peut-être. Mais mon livre n’est pas un baisodrome dans lequel on peut intervenir à volonté.

– Fais tomber Belinda dans mes bras.

– Hors de question. Tu n’as pas à m’imposer tes oukazes.

– Tu l’auras voulu. Je demande à Lorchus de dessiner une bite dans ton livre. LORCHUS ! FAIS QUELQUE CHOSE !

– Non, Hector, pas lui ! »

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