Communardes! de Wilfrid Lupano

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Commune de Paris et féminisme, c’est une association qui semble rare, d’abord parce que la Commune en elle-même, bien que lieu de mémoire important de l’histoire du socialisme, échappe souvent à la connaissance approfondie de quiconque ne s’intéresse pas à la question. L’histoire du féminisme est une porte d’entrée d’autant plus originale dans cet épisode historique.

Voilà de quoi générer de belles attentes quant aux Bds scénarisées par Wilfrid Lupano, Communardes ! : Les éléphants rouges et L’aristocrate fantôme (la première illustrée par L. Mazel, la seconde par A. Jean). Les livres sont beaux, les illustrations présentent des couleurs chaudes et un trait « esthétisant » ; l’on peut alors prévoir le parti-pris des auteurs, aux dépends d’un réalisme cru qui aurait aussi pu rendre compte des aspects plus sombres de la Commune.

En effet, si l’on aurait pu craindre le didactisme d’une leçon d’histoire, il n’en est rien : les repères contextuels prouvent, certes, un travail de documentation satisfaisant de la part des auteurs (on note Marx et Engels en « guest stars » au début de L’aristocrate fantôme). Mais, de mon point de vue, les personnages nous sont donnés à voir, non pas dans leur caractère fonctionnel au sein d’un processus historique, mais bien comme des êtres humains complexes.

D’un côté (Les éléphants rouges), nous avons le portrait d’une petite fille, Victorine, qui a un rapport indirect avec les mouvements féministes qui agitent Paris lors du siège par l’armée prussienne (hiver 1870), au travers de sa mère. Malgré une mise en scène subtile de la misère en toile de fond (page 44…), ses préoccupations restent celles d’une petite fille. Même lorsqu’elle s’engage pour la défense de Paris, c’est avec ses armes d’enfant. À cet égard, le dessin de Lucy Mazel participe à colorer la perception des événements de merveilleux. S’ajoute à cela le caractère très touchant du duo mère-fille :

« Ne me mens plus jamais, Victorine. Parce qu’alors, ce serait terrible. Tu aurais tout cassé entre nous. La confiance, on n’a que ça, tu comprends ? »

lui dit sa mère. C’est ce qui, pour moi, rend sa place à l’émotion à côté du factuel.

D’un autre côté, L’aristocrate fantôme, Liza Dmitrieff, ne provoque pas un attachement aussi immédiat : j’ai redouté, d’abord, qu’elle ne se réduise à une icône féministe épique, idéalisée (à voir l’illustration de la couverture), ce qui m’aurait ennuyé. Mais, si dans ce volume l’aspect historique est plus présent, ce n’est jamais aux dépens du caractère initiatique du parcours de l’héroïne au sein de l’Union des femmes pour la défense de Paris. L’assurance qu’elle doit afficher face aux hommes pour se faire entendre est à plusieurs reprises ébranlée par les décisions qu’elle doit prendre (sa cause justifie-t-elle la torture ?). Elle n’est pas infaillible, c’est ce qui la rend humaine et finalement appréciable.

Au-delà de ce travail soigné des personnages, l’esprit des deux combats dont il est question (socialisme et féminisme) est également rendu avec force, notamment à la conclusion de chaque album, mais je ne vous raconterai pas la fin, je vous conseillerais plutôt de lire ces albums…

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